gruyeresuisse

03/07/2022

Quentin Dallorme : se devenir

Dallorme.jpgQuentin Dallorme fuit à vélo ou à pied, sur les routes exsangues de Sardaigne, les arêtes calcaires de Marseille, jusqu’aux plateaux desséchés de l’Aubrac. Puis se tait, se repose pour sortir, Carnet à la main, la poésie de sa métrique et de ses gonds afin de trouver une autre langue qui s'écarte d'un pas du monde.
 
Le poète a parcouru les paysages brûlés jusqu'à y déceler, corps et cœur battants, quelques lézardes d’absolu, de paix ineffable, d’éternité. Se concentrant sur le souffle, il lui abandonne dans un premier temps sa fatigue, sa hargne, sa fureur.
 
 
Dallorme 2.jpgDans le sillage des thèmes qui lui sont chers (le corps, le feu, la quête spirituelle au travers des sens), l'auteur  raconte sa propre autobiographie, élaborée à partir de ses notes. Tout avance par touches à la conquête d'une forme de paix là où par petites touches se dit l'indicible. Au-delà l'effort de ses "courses", l'auteur exprime par la force qui demeure, sa liberté.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Quentin Dallorme, "Plein sud", Editions de l'Aire, Lausanne, 2022, 104 p., 24 CHF.

30/06/2022

Mary-Laure Zoss le long de nos racines

Zoss.jpgMary-Laure Zoss vit à Lausanne. Son premier livre, "Le noir du ciel" fut publié  en 2007 aux éditions Empreintes.  Elle a publié ensuite chez Cheyne éditeur des recueils :"Entre chien et loup jetés", "Où va se terrer la lumière", "Une syllabe, battant de bois", "Au soleil, haine rouée" qui - à les lires à l'aune de son nouveau livre en  trois temps - en paraissent comme des esquisses
 
Zoss Bon 2.jpgToute une rythmique se crée en un subtil montage lui-même "tenu debout parmi ; dans une façon de vestibule – ciel // ramifié, claire-voie des oiseaux; d'où peut s'élancer quoi ; // avant l'irrecevable – dès lors qu'ainsi seulement on // évalue ce qui vient ; avant les feuilles, leurs rudiments frais //qu'on déplie". 
 
La vie ne cesse de se poursuivre en quête de ce qui finalement nous reste :  une âme trouée et un vieux corps à la recherche d'une pensée frêle (en rien idée courte) qui paradoxalement se muscle au fil du temps. D'une matière cahoteuse, la poétesse atteint des  escarpements sur lesquels il faut parfois buter. Mais le jeu en vaut la chandelle. C'est la bonne (ou la seule) manière de faire corps avec ce qu'il advient.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Mary-laure Zoss, "seul en son bois, dressé noir", éditions Fario, 2022, 80 p., 15,50 €

29/06/2022

Corps nus et vérité du monde : Stéphane Fretz 

Fretz 3.jpgStéphane Fretz, "Mondes", In Media Res, n° 12, artfiction, mai 2022, Genève- Lausanne.

Reprenant l'idée de  Valéry ("ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est sa peau") et avec  un texte inédit de Michel Layaz, Stéphane Fretz réinterprète le thème de la nudité.  Et dans son aspect post-warburgien il continue son travail de rassembleur et de créateur.

A chaque regardeur (plutôt que voyeur) d'interpréter ce qu'il voit. Fretz.jpegL'artiste ne cherche pas à prouver : il propose des lignes et des surfaces de "réparation" qui sont des "marges" à suivre. La nudité telle qu'elle apparaît ici efface le temps ou le retient. Existe une magie suprême  d'une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée. 

Stéphane Fretz sait comprendre sans s’emparer, traduire sans réduire. Mettre à nu sans déflorer. Renaît la  lutte - entre les corps et le Corps, le monde et les mondes, entre l'Esprit et les esprits - un désir peut-être de réconciliation entre vues et voyeurs. Un rien dénaturalisée l’apparence apprend à se méfier de sa propre séduction. Le réalisme ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’amour dont on ne saura jamais rien sinon ce que Fretz en suggère à travers une histoire revisitée du nu dans la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret