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13/08/2019

Étienne Krähenbühl : plasticités

Krahen.png« Plastiques, Étienne Krähenbühl », CACY, Yverdon du 16 août au 20 octobre 2019

 

Le mouvement de l'Imaginaire dans cette exposition de Krähenbühl dépasse les présupposés traumatiques dont elle est issue. Il existe ici tout un jeu de transpositions et de déplacements d'un processus de perte. De septembre 2017 à septembre 2018, l'artiste a collecté tous les plastiques de sa consommation quotidienne pour produire des estampes. Du conditionnement de sa nourriture, en passant par les sacs à usage unique, l’artiste a réalisé plus de 700 impressions. Elles deviennent un compte-rendu de sa propre utilisation d'un tel matériau afin de permettre une réflexion sur l’écologie. Ce travail est certes engagé mais le résultat est poétique au sens premier du terme.

 

Krahen 3.jpgD'où la valeur fondamentalement héroïque d'une oeuvre qui transpose un état de fait mieux qu'un discours pourrait le faire. Contre le gaspillage et l'extinction de ce qui détruit l'artiste propose des images transmissibles et comme en a parte d'une perte programmée. C'est une manière de danser devant le temps pour lui demander qu'il soit autre que ce qu'il devient.

 

Krahen 2.jpgDans ce corpus lacunaire et silencieux un vacarme demeure. Au sein de l'image demeure ce qui émerge, ce qui fait surface, pour un long temps encore, car ces traces désespérantes remplissent jusqu'au vide océanique qui se remplit d'une sorte de sentiment de douleur : celle d'une fin probable ou d'un profond sommeil sans réveil mais dont l'oeuvre présente un appel à la survie pendant qu'il en est encore temps.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

01/08/2019

Les fables de Jasmin Joseph

Jasmin Joseph.pngPas très loin de la frontière (à Aix les Bains) sont présentées des oeuvres parfois inédites du céramiste et peintre haïtien Jasmin Joseph (1924-2005). A mi chemin entre sa culture première animiste et chamanique puis chrétienne à la suite de sa conversion au protestantisme, l'artiste offre une interprétation du conte haïtien du Hibou. Jaillissent - à travers un bestiaire poétique - l'amour et l'effacement des différences physiques et sociales.

Jasmin 2.jpgUn chant s'élève dans le jeu des formes et des couleurs tendres là où Jasmin Joseph repasse les jupons des non-dits irremplaçables que les mots ne peuvent atteindre mais que la peinture émet par les vibrations douces des présences animalières. Artiste conquérant le peintre rappelle à un devoir non seulement de solidarité mais de partage au service de l'esprit.

Jasmin 3.jpgC'est aussi une manière de récrire la philosophie de l'Histoire de l'esclavagisme, de la pauvreté, du racisme et ce de manière poétique. Les destins qui jusque là n'ont pu être surmontés, l'artiste leur offre une issue. Les dualités "officielles" se réduisent pour apaiser l'angoisse infinie des vies spoliées et des âmes méprisées. L'artiste produit du mouvement et de la pensée libre. Elle dépasse les cartographies du tragique et offre des possibles immédiatement applicables à qui veut s'y engager.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jasmin Joseph, "Le conte du hibou", Editions de la FACIM (Chambéry) et exposition "Jasmin Joseph, le conte du hibou", Musée Faure, Aix les Bains du 15 juin 2019 au 5 janvier 2020.

 

13/07/2019

Etti Abergel : révisions des images

Etel 4.jpgEtti Abergel, "Decodage", Galerie Mezzanin, Genève, du 13 septembre au 11 novembre 2019

Toute l'oeuvre de Etti Abergel navigue entre solitude et appartenance, déracinement et ré-enracinement. L'artiste crée des images mythiques mais tout autant "réalistes" (dans une révision de l'art abstractif et conceptuel). Le tout à la jonction de deux mondes - d'un côté, celui de sa propre solitude et, de l'autre, de la communauté d'appartenance nouvelle. Afin d'y parvenir, elle trouve un nouveau langage indépendant nourri de ses expériences, de ses études, de sa mémoire intime et collective et de ses mythes - judaïques en l'occurrence.

Etel 3.jpg

Par ce qu'elle a vécu et appris l'artiste invente un langage visuel subjectif et transgressif. Il s'agit de reprendre diverses approches afin de rectifier le réel tel qu'il est par une vision expérimentale. Celle-ci  ne manque jamais de grâce, de majesté, de force même lorsque le réel tel qu'il est semble pris à la gorge.

 

 

Etel 2.jpgA travers des sédiments de différents niveaux (textes, images, objets, etc.) Etti Abergel ouvre une narration personnelle mais à caractère général. Tout est construit afin de créer une monstration plurivoque qui se veut une lutte contre divers traumatismes là où les différentes déconstructions deviennent la voie d'une création où le mythe est renouvelé en érections intempestives.

Jean-Paul Gavard-Perret