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24/07/2021

Petite fabrique du syncrétisme : Namsa Leuba

Neuba 3.jpgIssue d’une double culture occidentale et africaine, par son père suisse et sa mère guinéenne, Namsa Leuba fait dialoguer la cosmogonie africaine avec ses origines. Pour se rapprocher de la culture maternelle en 2011  en Guinée-elle participe à des cérémonies et des rituels religieux. Cette expérience est déterminante. Elle est la source de son projet "Ya Kala Ben". Ces premières approches la poussent à aller géographiquement et intellectuellement plus loin - en Afrique du Sud par exemple - et à étudier et mettre en images des mécanismes de syncrétisme.

 
Neuba.jpgAvec "Inyakanyaka" (trouble » en zoulou), elle désacralise les fétiches et leur charge mystique en les figeant dans une construction occidentale.  Tous ces travaux sont une manière d’interroger l’ambiguïté de l’ethnocentrisme, et de faire converger cultures africaine et occidentale. Le tout à travers  un récit culturel que la photographie incarne en un dialogue entre l’identité africaine et le regard occidental. Elle ménage un équilibre là où la présence humaine devient ambiguë et selon divers projets personnels ou commerciaux.
 
Neuba 2.jpgL’expérience sensible de la photographe "dévisage". Elle reste un acte plus de foi plus que de la raison. Mais une foi non dans la religion : dans l’art. L'artiste envisage la plénitude de vie de l'image contre le vide du langage. Toutefois elle va encore plus loin : pour elle, l'obscur et la clarté restent insécables. L’artiste ne veut donc en aucun cas chasser la prétendue  animalité de la nuit noire pour la remplacer par la majesté du Dieu occident. Elle joue de l’entre deux en refusant fusion ou confusion.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

24/06/2021

Richard Meier, Jean Gabriel Cosculluela et le livre "érotique"

Meier Bon.jpgAvec Richard Meier - et c’est ce qui fait la force de son travail  – la littérature en finit avec l’idéal trompeur - que Nietzsche dénonçait - de la prétendue transparence. Le secret à l’oeuvre dans l’oeuvre s’il n’a pas pour  but de rester caché ne peut que montrer le bout de son nez. Il garde « forcément » toujours sa part d’ombre. Toutefois avec le créateur un "pas au delà" se franchit dans une aventure qui dépasse tous les rêves crépusculaire. Preuve que le déshabillé du livre  reste toujours une nécessité plus que compulsive.

 
 
Meier.jpgEn effet, avec Cosculluela,  il démontre que, dans son strip-tease - le livre  - pour reprendre le nom d’un ready-made de Duchamp - révèle le "bruit secret " du silence. Dès lors que devient un livre qu’on ouvre ? Sa nudité comme l'écrivait Bataille, "égale à l’exhibition de celle qui fut une nuit et pour toujours Madame Edwarda » (in  "Le renversement éternel").
 
Meier 2.jpgDans le sillage de la partition de John Cage "4' 33" et de la pièce de Shakespeare "Beaucoup de bruit pour rien", Cosculluela et Meier exhibent la nudité du livre. Elle ne s'oppose plus au dévoilement. Car en plus beau fils du monde et contrairement à Madame Edwarda, il donne plus que ce qu'il est, plus que ce qu'il a. Tout lecteur s'y engage à l'image de Meier intervenant sur les textes du poète comme il le fit récemment sur le "Comment c'est" de Beckett. Dès lors les deux livres deviennent des pieuvres littéraires à ventouses graphiques. Ils créent des ouvertures dans l’intégrité d’un organisme livresque. Là le vrai "érotisme".
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Jean Gabriel Cosculluela "Le livre nu", "Beaucoup de bruit pour rien &...", Encres de Richard Meier, et Richard Meier "Pour rien Beaucoup de bruit", Les deux : Voix Editions, Elne.

22/06/2021

Sandra Moussempès : la vie n'est pas un songe

Moussempes.jpgAvec Sandra Moussempès se découvrent  autrement les femmes de l'histoire. Il s'agit d’outrement voir  le féminin en le dégageant du flot du noir comme celui du rose de la couverture afin d’imaginer la lumière que les égéries en permettant de soulever bien des cothurnes. Il faut comprendre le vide du portait de couverture au sens latin : "vois". Découvrir de la sorte une machinerie obscure et détraquer les glas que les mâles font vibrer. Un tel féminisme poétique n'est constitué ni d'abstractions, ni de métaphores. Il projette au fond de l’impasse où la femme est réduite à un fantasme. Ici il s'écroule pour une autre histoire loin des mélancolies d'usage.
 
Moussempes 3.jpgRien dans ce texte si ce n’est l’attente de ce qui dresse à travers le passé vers un  ailleurs.  Sandra Moussempès remet en scène le féminin  sans se laisser séduire par les gentlemans farmers du "Bonheur est dans le Pré". Des rubiconds elles soupèsent la bêtise. "Nobody’s here but me" peut écrire la poétesse pour se définir tout autant que ses soeurs. Se  croisent Cindy Sherman et  Sylvia Plath.  Mais aussi une poupée de porcelaine qui lui ressemble et qu'Annie Besnard, liée à son père et amie d’Antonin Artaud lui offrit.
 
Moussempes 2.jpgElle réapparaît bien plus tard en mascotte d’exorcisme, en Barbie à peine défraîchie mais aussi en femme électrique comme Messaline et Salomé. Se forge la force collective des femmes, même des plus mythiques comme les plus anciennes sirènes et sorcières sans oublier la soprano Angelica Pandolfini, sa parente qui comme elle a défini le féminin. D'autres égéries perdurent : Lilith, Iphigénie, Artémis, les Emily  (Brontë et Dickinson).  Toutes deviennent pour elle des miroirs non de la vie en rose mais de la volonté d'être femme au-delà des traumatismes. Néanmoins la poétesse ne prétend pas s'en débarrasser par le seul effet d'un livre. Car si pour elle, la poésie est "une forêt remplie de songes précieux",  la vie n'est pas un songe. 
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sandra Moussempès, Cassandre à bout portant, Flammarion/Poésie, Flammarion, Paris, janvier 2021, 174 p., 18 e..