gruyeresuisse

16/10/2020

Joan C. Williams : l'Amérique des nègres blancs

Unes.pngÀ travers une série de questions sociétales sur le travail, l'éducation et les valeurs, Joan C. Williams restitue les modes de vie et le parcours d'une classe ouvrière blanche en déclin démographique, touchée par la crise économique et épidémique, abandonnée par le Parti Démocrate.

 

 

Unes 2.jpgAprès avoir publié un essai dans la "Harvard Business Review" pour expliquer comment le mépris pour la classe ouvrière contribue à la montée du populisme, elle souligne ici l'importance des problématiques de classe et rappelle que la lutte pour les pauvres blancs d'Amérique n'est en rien incompatible avec la lutte pour l'égalité raciale ou le féminisme.

Unes 3.jpgTémoin du monde postmoderne, Joan C. Williams met en lumière le fossé de rancœur qui sépare les classes populaires blanches rurales ou périurbaines des cadres supérieurs des grandes métropoles. Cette polarisation touche une grande partie de l'Occident dont entre autre le "gilet-jaunisme est un symptôme. Cela implique un nécessaire effort de médiation afin qu'une dangereuse tectonique des classes glisse dans une opposition frontale et l'arrivée des totalitarismes selon un processus qu'Orwell avait parfaitement décrit.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Joan C. Williams, "La classe ouvrière blanche - Surmonter l'incompréhension de classe aux États-Unis", Traduit de l'anglais par Carole Roudot-Gonin, Collection Unes Idées, Editions Unes, Nice, 2020, 152 pages, 20 E..

13/10/2020

Paul Graham : on the road again

Graham.pngPaul Graham est un des grands photographes du temps. Il a inspiré bien des photographes couleurs britanniques. De Nick Waplington à Anna Fox, de Richard Billingham à Tom Wood beaucoup ont trouvé en lui le maître d'un paysage et portraitiste capable de donner un impact politique et social à tout ce qu'il suggère.

Graham 2.pngL'Anglais a aujourd'hui plus de 50 expositions à son actif dans le monde entier. Et Mack réédite "A1 - The Great North Road" son premier livre. Celui-ci reste le creuset séminal de toute son oeuvre. Ce livre fut autoédité en 1983. Tout est déjà en germe dans cette oeuvre qui est devenue le booster de la nouvelle photographie "réaliste" anglaise. La photo s'y fait document mais pas seulement.

Graham 3.pngLes êtres, les paysages, les constructions des années 80 deviennent l'occasion d'un reportage passionnant et désormais historique entre l'archaïque et le moderne des années Thatcher et du déclin industriel de l'Angleterre - principalement du nord. Cet album fut complété par "Beyond Caring" (1985) et "Troubled Land" (1986). Une telle trilogie reste sans doute le chef d'oeuvre de ce maître de la photographie"engagée" capable d'exprimer beaucoup plus que des milliers de discours.

Jean-Paul Gavard-Perret

Paul Graham, "A1 - The Great North Road", Mack, Londres, 2020

01/07/2020

"La Pièce Manquante" ou les disparitions

Polla bon.png"La Pièce Manquante" (The Missing Piece), Analix Forever, Genève, du 7 au 25 juillet 2020.

Pour sa nouvelle exposition et sous la curatelle de Paul Ardenne, Analix Forever se consacre à un art de témoignage. Le sujet précis en est la guerre en Syrie. C'est l'occasion de voir comment les artistes disent cette guerre qui est devenue un non-évènement médiatique vue sa perpétuation et le besoin de nouveautés que les médias dits d'information entretiennent sans se préoccuper de ce qui tue au delà des évènements les plus récents.

Polla bon bon.pngGuillaume Chamahian, Frank Smith, Julien Serve et Randa Maddah donnent ainsi leurs échos du front de la guerre civile et ouvrent à de nombreuses interrogations sur le "sens" de la guerre et comment on y vit et y meurt. Ce qui reste pour le moins complexe à qui veut éviter de souverains poncifs. Guillaume Chamahian, à partir de photographies de presse de la famille Bachar el- Assad, créé des puzzles dont il a retiré une pièce centrale : Bachar lui-même. Polla bon 2.pngExiste aussi la maison détruite que montre Randa Maddah et le flot ininterrompu de dépêches AFP que dessine Julien Serve et qui sont devenues lettres mortes. Frank Smith par sa poésie forensique interroge la valeur de preuve des témoignages.

Polla bon 3.pngL'exposition illustre de la sorte la manière que l'art doit employer pour évoquer un tel conflit. Il s'agit de s'abstraire de toute spectacularité des clichés racoleurs et morbides dont l'effet est purement factice. Dès lors plus qu'une exposition documentariste sur la guerre (même s'il existe de nombreux et nécessaires documents), cette monstration permet d'évoquer comment se construisent ou se distordent les images d'information ou de communication. Tout concourt finalement à cette évidence "crasse" et terrible : la guerre (et qui plus est civile) n'est que mort et destruction. Le reste à cette aune n'est plus qu'une commodité de la conversation avant une conversion au silence.

Jean-Paul Gavard-Perret