gruyeresuisse

18/11/2021

Le média-activisme de Tony Conrad

Conrad.jpgTony Conrad, "Exposition", Mamco, Genève, du 5 octobre 2021 au 30 janvier 2022.

L'exposition Tony Conrad organisée par Balthazar Lovay, est une collaboration avec le Kölnischer Kunstverein, Cologne et Culturgest, Lisbonne et se fonde sur la rétrospective de la Albright-Knox Art Gallery, Buffalo. Elle retrace un parcours de près de 60 années d’activisme culturel. L'artiste décédé en 2016  a apporté des contributions discrètes mais essentielles à la culture contemporaine en musique, cinéma, vidéo, peinture, enseignement ou encore média-activisme.
 
Conrad 3.jpgL'œuvre de l'artiste nord-américain est protéiforme. Tony Conrad explore les thèmes des structures du pouvoir, de l'isolation, de la surveillance et de la transparence. Depuis les années 1960 il a influencé et redéfinir les pratiques musicales et filmiques, le minimalisme, la performance et l'art conceptuel.
 
Conrad 4.jpgSon film expérimental The Flicker (1966), une succession d'écrans noir et blanc, et les Yellow Movies (années 1970), série de peintures abstraites en constante évolution, comptent parmi ses œuvres les plus remarquables. Conrad fut membre du "Theater of Eternal Music"  avec John Cale, Angus MacLise, La Monte Young et Marian Zazeela. Sa collaboration musicale avec le groupe de krautrock "Faust" pour "Outside the Dream Syndicate" (1972), demeure un classique du minimalisme et de la musique drone.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/10/2021

Le chant des "sirènes" - Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler

Sirènes.jpgComposé de Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler, créé en 2018, "Les Sirènes"  est un collectif d’intervention protéiforme sur la critique sociale du son. Il a pour but d'analyser et de questionner les mythes auditifs qui traversent notre monde, les formes de domination ou de résistance construites par le son et la façon dont ce dernier peut produire ou détruire du commun. Le groupe présente son livre au 20 ème LUFF de Lausanne du 20 au 24 octobre 2021.
 
Le groupe utilise des outils artistiques aussi bien que théoriques. Son objectif est aussi  à susciter des expériences d’écoute distanciées et spécifiques à l’espace dans lequel elles s’inscrivent. Si bien que le chant de telles "sirènes" est moins un piège qu'une alarme.  
 
Pour preuve ce livre "Fiche technique". Son texte est fait pour être  lu dans un micro pour être diffusé par des haut-parleurs. Il s'agit d'une boucle. Il décrit la chaîne électroacoustique dans laquelle est pris ce discours. À chaque nouveau tour de boucle, le texte entre de plus en plus dans la description détaillée de chaque composant comme du contexte institutionnel, économique, politique et social de cette énonciation. Existe là une expérimentation des plus pertinentes de ce qui est donné à lire et entendre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Francisco Meirino, Jérôme Noetinger, Matthieu Saladin  et Juliette Volcler, "Les Sirènes" coll. Rip'on/off,  "Fiche technique", Van Dieren éditeur, Paris, 2021, 15.00€. Le Luff, 20ème édition, Lausanne, octobre 2021.

30/07/2021

Henri Lefebvre : petite fabrique sonore pour un détachement

ours 1.jpgC'est après avoir découvert "Études aux objets 2"de Pierre Schaeffer et "Prologue 3 "de Gérard Grisey, que Lefebvre a écrit ce texte en s'inspirant d’un procédé musical. Passant de ce genre  à la poésie l'auteur transpose forcément les objets dans la scansion d'un chant particulier de la Renaissance nommé "neumes". L'auteur fait parler par ce biais un "corps bavard qui se raconte".
 
Ours 2.jpgL'accumulation dans ce long poème prend un sens particulier. L'auteur, inspiré librement par le neume, en privilégie l’idée de "silhouette mélodique". Dans ce texte chaque bloc de mots, numéroté de 1 à 45, l'auteur "répond à un neume qui renvoie à un détail ou deux se rapportant à la femme détachée" et par essence inaccessible.
 
Ours 3.jpgLes 45 neumes deviennent les éléments de son portrait en une succession de reprises. "Chaque  mot écrit est un mot prononcé et je corrige ensuite le texte jusqu’à obtenir ce que j’appelle le « bon son », c’est-à-dire le son que je ne regrette pas, qui me semble juste, qui épouse le bon rythme. Moins par élégance que pour une adéquation sonore." précise l'auteur. Le tout dans une histoire en cours mais qui ne sera jamais une histoire concrète d'amour. Tout demeure en état d'abstraction en écho au plus abstrait des arts (si l'on en croit Schopenhauer) : la musique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Henri Lefebvre, "Neumes", L’Ours Blanc n° 30,  Éditions Héros-Limite, 2021, CHF 5, 24 p.