gruyeresuisse

18/11/2020

Victor Burgin : révision des poncifs

Burgin 2.pngCe livre est le fac-simil" du livre historique de Victor Burgin. L'auteur fut nominé pour cet ouvrage au "Turner Prize" en 1986 mais celui-ci restait introuvable depuis plusieurs décades. "Between" marque le passage chez le photographe d'un art conceptuel fondé sur la critique et de l'appropriation de l'imagerie des mass-médias à une série de prises chargées des découvertes ouvertes sur les images par la psychanalyse, la sémiotique, le féminisme et les études cinématographiques.

Burgin.pngCe livre mêle les créations de l'artiste à des fragments d'interviews, de conférences et de lettres. Existe donc là un lien étroit entre théorie et pratique. De plus, Burgin crée des photographies comme aucun autre artiste même si ses motifs et dessins sont le fruit d'expériences communes à chacun d'entre eux : la ville moderne, la vie de famille, le pouvoir des images et des mots dont les formes déforment.

 

Burgin 3.pngTout cela est montré  de manière subtile. S'il est selon Burgin "facile d’entrer dans" la photographie et dans le réel", c’est la sortie qui est délicate" précise-t-il. C'est pourquoi il nomma ces oeuvres des "appropriated images" dans lequel le monde est recyclé dans une déconstruction et un (re)montage des plus réussis.

Jean-Paul Gavard-Perret

Victor Burgin, "Between", Mack Publishing, Londres, 2020, 190 p, 40 E..

29/09/2020

Stefanie Renoma et les jardins des délices

Renoma.jpgL'érotisme devient pour Stefanie Renoma l'isolant exceptionnel pour mettre un leurre dans le réel. C'est pour elle une manière de faire espérer quelque chose qui pourrait apparaître - ou non. Pour cela elle choisit modèles féminins et masculins propres à générer une beauté voluptueuse qui fait de ce livre un journal en image ou se mêlent propositions pour des commandes publicitaires, séances de shooting qui deviennent une critique des standards de représentation par le traitement de ses prises.

Renoma 2.jpgStefanie Renoma est devenue une portraitiste reconnue internationalement. Elle y renouvelle entre autres la photographie de mode. Ses modèles (dont elle-même) semblent parfois des égéries mais aussi des égaré(e)s propres à usiner bien des fantasmes mais juste en deça d'une limite infranchissable maissuggérée. Dans les supplices solaires des spotlights l’idée de la femme ou de l'homme devient l'image pieuse d'un ordre sublimé de manière charnelle.

Renoma 3.jpgL’artiste scénarise avec précision non seulement la modèle mais le contexte où son image va prendre corps. D’où de piquantes alchimies d'où jaillissent pics et vallées de l’onirisme. Le désir s'envisage et se dévisage là où les mannequins deviennent à diverses variétés de fleurs. Il y à là des brebis non innocentes et égarées juste ce qu'il faut dans un champ d’émeraude et surtout des Lilith qui se lèvent dans des alcôves égrainant leurs syllabes plastiques pour illuminer les gueux. La maison de l'être des premières reste une forteresse. Les ogres et ogresses n’y sont reçus que s'ils font pattes de velours. Et encore... Regarder n'est pas toucher.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stefanie Renoma, "Remember Your Future", Normal Editions, 2020, 300 p.

17/09/2020

Le salace lave plus blanc - Christopher Makos

Makos.pngFasciné par les cultures marginales et les figures qui les animent Makos a fait du "sale" sa marque de fabrique et reste un des photographes majeurs de la punkitude. Influencé par Duchamp et Molinier il a créé un univers de l'altérité sexuelle et plastique. Il ne cherche pas pour autant les figures surjouées. Dans les maquillages et outrances il ne voit que posture et préfère fixer celles ceux qui s'assument  et s'affichent sans besoin de kitsch ostentatoire.

Makos 2.jpgSon travail appartient aux prémices de la photographie « trans ». Aux photos noires et sombres de Man Ray et Duchamp répond la diaphanéité de celles de leur descendant 60 ans plus tard qui laissa des photos célèbres. Entre autre de Warhol ou de Debbie Harris, la chanteuse punk de New-York la plus célèbre des 70'. Et ce au nom de ce que Makos souligne « ils étaient les personnes les plus blanche que j’ai jamais rencontrées. Tout est devenu clair d’un coup : les photos seraient aussi blanches que leur peau ! ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Christopher Makos, "Dirty", Daniel Cooney Fine Art, New-York, du 17septembre au 17 novembre 2020.