gruyeresuisse

03/10/2019

Robert Franck de la Suisse aux USA

Franck 3.jpgRobert Franck - récemment décédé - est né en Suisse avant de devenir citoyen méricain en ayant parfois des mots durs ou plutôt ironiques sur sa terre première. Intéressé par les êtres humains il les a saisis  en tant que "documentariste du moi" mais un moi qui n'a rien d'égotique. Arrivé à New-York il fut d'abord photographe de mode mais s'en dédouana très vite. Connu grâce au Moma dès le début des années 60 ses photos vont faire le tour du monde par ce qu'elles montrent l'éternité de l'éphémère.

Franck.pngParrainé par Walker Evans, admirateur d'Edward Hopper, il va influencer l'histoire de la photographie à travers sa vision des U.S.A.. "Les Américains" (préfacé par Kerouac) devient un des premiers best-sellers de la photographie d'abord refusé par les éditeurs du pays. Ses prises existentielles saisies au cours de son périple à travers 48 états et publiées par Delpire à Paris, ne cherchent pas la performance, la virtuosité mais l'atmopshère et la sensation un peu tristes. Elles restent d'une totale modernité poétique dans une expressivité assumée mais au service d'une vérité par rapport au réel.

Franck 2.jpgRigoureux le photographe se disait capteur de "juste une image" mais elle est toujours juste et précise. Après "Les Américains" l'artiste n'a pas voulu se répéter. Le Suisse qui portait un regard si triste sur son pays d'adoption (on le lui reprocha) quitta pratiquement son art pour le cinéma avant d'y revenir dans un travail plus expérimental et graphique afin de rester fidèle à son désir premier : toujours "sortir du cadre" et saisir la vie même dans des détails que d'autres ne percevaient pas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

01/08/2019

Les fables de Jasmin Joseph

Jasmin Joseph.pngPas très loin de la frontière (à Aix les Bains) sont présentées des oeuvres parfois inédites du céramiste et peintre haïtien Jasmin Joseph (1924-2005). A mi chemin entre sa culture première animiste et chamanique puis chrétienne à la suite de sa conversion au protestantisme, l'artiste offre une interprétation du conte haïtien du Hibou. Jaillissent - à travers un bestiaire poétique - l'amour et l'effacement des différences physiques et sociales.

Jasmin 2.jpgUn chant s'élève dans le jeu des formes et des couleurs tendres là où Jasmin Joseph repasse les jupons des non-dits irremplaçables que les mots ne peuvent atteindre mais que la peinture émet par les vibrations douces des présences animalières. Artiste conquérant le peintre rappelle à un devoir non seulement de solidarité mais de partage au service de l'esprit.

Jasmin 3.jpgC'est aussi une manière de récrire la philosophie de l'Histoire de l'esclavagisme, de la pauvreté, du racisme et ce de manière poétique. Les destins qui jusque là n'ont pu être surmontés, l'artiste leur offre une issue. Les dualités "officielles" se réduisent pour apaiser l'angoisse infinie des vies spoliées et des âmes méprisées. L'artiste produit du mouvement et de la pensée libre. Elle dépasse les cartographies du tragique et offre des possibles immédiatement applicables à qui veut s'y engager.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jasmin Joseph, "Le conte du hibou", Editions de la FACIM (Chambéry) et exposition "Jasmin Joseph, le conte du hibou", Musée Faure, Aix les Bains du 15 juin 2019 au 5 janvier 2020.

 

29/07/2019

Les voyages au bout de la nuit de Malick Sidibé

Sidibé 3.jpg"Sous l’oeil de Malick Sidibé Et un chant contre le sida", Musée Barbier-Mueller, Genève du 19 juin 2019 -au12 janvier 2020.

Malick Sidibé donne à travers ses photographies une chronique des nuits de Bamako dans les années 50 à 70, à savoir lors de l’époque de transition où le Mali - état colonial français - prend son indépendance. Regardant toujours vers l’occident la jeunesse en cultive souvent les colifichets et les pauses. D’où les photographies faussement candides et pleines d’humour, de vie et de monde nocturne. Sidibé chatouille le réel jusqu’à potron-minet à travers. Les femmes et les hommes sont cools et beaux dans leurs habits de sortie ou leurs tenues de bains.

Sidibé 2.jpgL’humour bienveillant mâtiné d’érotisme donne à tous les personnages une séduction. Peaux et costumes gardent soyeux et brillance. Reste toujours plus d’humanité que de pose même lorsque l’amour est plus ou moins imparfait. Ce dont le regardeur esthète est friand le photographe l’accorde sans jamais se départir d’une certaine retenue. Les jambes féminines sont parfois dégainées mais l’artiste ne va jamais plus loin.

Sidibé.jpgLa griserie tient plus de la suggestion que de la monstration. Si bien que chaque cliché réserve un temps plein, un temps mort, une boîte noire, un bol blanc , un totem sans tabou. Les robes majestueuses ou simples sont dévorées par des belles plantes qui les portent. Dans la chaleur de la nuit tout appelle le plaisir. Le désir fait ainsi un clin d’oeil. Avant que certaines épidémies entravent l'inconscience des fièvres.

Jean-Paul Gavard-Perret