gruyeresuisse

28/03/2019

Janet Biggs et Yapci Ramos : désastre, cadastre.

Uruguay.pngLa Suissesse Barbara Polla (avec Paul Ardenne) propose à Montevidéo un exemple parfait d'un art écologique au sens plein du terme. Les deux artistes - l'Americaine Janet Biggs et Yapci Ramos (née à Tenerife et vivant entre Barcelone et New York) font plus que l'illuster. Elles montrent comment à force de dilapider les richesses naturelles, la "faiblesse" humaine devient la cause de pertes irrécusables. Preuve que le diable n'a pas besoin d'église : il peut se cacher partout. Et les deux artistes en font un tour significatif.

 

uruguay 2.pngLa première avec entre autre "Fade to White" s'intéresse à la disparition de l'articque. L'océan s'y complète mais pas seulement par gouttes. La seconde s'intéresse aux mouvements de la nature et l'interaction que cela entraîne avec les êtres à travers divers portraits. Les deux proposent une vision aussi poétique que politique. Elles sont des éclaireuses et des « éclaircisseuses ». L'art reste pour elles le vecteur inverse de ce qu'il représente pour beaucoup d'artistes. Il ne s'agit plus de se contenter de faire pousser les fantasmes comme un chiendent mais de laisser soudre une beauté plus profonde et en péril.

 

Uruguay 3.jpgA partir de cette double expérience s'engage une réflexion - mais le mot est trop étroit - sur la question du regard, du réel, du devenir non seulement du paysage mais des êtres et du monde. Ce dernier est  saisi en un substrat d'une épaisseur insondable. Existe là un .constat de "ce qui arrive" (pour reprendre les termes de Paul Virilio) : à savoir la catastrophe dont les deux artistes offrent des preuves de ce que les profiteurs - à divers niveaux dont nous ne sommes pas exempts - concoctent sans se soucier de ce qui adviendra après eux, après nous.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Janet Biggs et Yapci Ramos, "Connection", Espacio de Arte Contemporaneo, Montevideo, Uruguay, printemps 2019..

09/02/2019

Abe Frajndlich : obsessions

AbeFrajndlich 3.jpgLa vie photographique d'Abe Frajndlich a selon lui débuté "sérieusement" en 1970 avec une obsession incessante pour ses sujets. "Au début, je vivais avec une danseuse / mime appelée Rosebud Conway, je ne pouvais pas m’arrêter de faire des photos d’elle et j’ai finalement réalisé un livre intitulé Figments en 1975" écrit-il. Il fut été édité et mis en page par Minor White avec lequel il prend un tournant amoureux et qui devient sa nouvelle obsession photographique.

AbeFrajndlich.jpgPuis sa focalisation se tourne vers un autre objet : la ville de Cleveland en Ohio dont elle tire le livre "Cleveland Infrared". Néanmoins perdure en filigrane la passion pour à la fois les portaits de créateurs (Bukowki, Ginsberg, etc.) et le nu féminin déjà illustré en 1999 par "Eros Eterna". Pour un tel artiste et comme la peinture ,la photographie est céleste par la vue, humaine au sens du toucher.

AbeFrajndlich 2.jpgRencontrant Minami Azu dans une station de métro à New York il a un nouveau coup de foudre et ne cesse de la photographier dans le monde entier (Tokyo, New York, Venise, Rome, Cleveland, etc.). Le photographe présente ici l'atelier qu'il a animé avec ses étudiants sur cette "obsession personnelle" envers la maîtresse du Butoh. Dès qu'il ne la voit pas, il pense à son dos car aucun autre ne lui ressemble. Mais son effet de pan ne ramène pas au sol mais  à un point de vue céleste.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2019

Jordan Sullivan : sidérations en épures

Jordan Sullivan.jpgJordan Sullivan donne sa propre réinterprétation du paysage entre le désert et la mer. Il rassemble après "After the Funeral" et dans ce second livre 41 images tirées des déserts de la Californie, de Trinidad et Tobago et de la côte danoise. Le photographe offre sa plénitude à de tels paysages qui a priori pouvaient s'en passer.

Jordan Sullivan 2.jpgMais le support géographique n'est qu'un prétexte à une entreprise plus ambitieuse. Et les oeuvres nous portent là où les jambes ne sauraient le faire. Preuve que la beauté de certains lieux est moins visible dans la cage du réel que dans de telles transpositions.

Jordan Sullivan 3.jpgLes lieux réels ou saisis sont sous un même ciel mais ils ont chacun le leur. Et la photographie devient un miroir particulier. Il creuse la structure du paysage au moment où le roc n'est plus porteur de cité mais de solitude. Elle devient ici la dame capricieuse qui permet au cadre de n'avoir de portrait que lui-même. Ce qui n'empêche pas d'y franchir ce que chacun a dans ou sur le coeur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jordan Sullivan, "Hallucinations", Jane & Jeremy publishing, Londres, 2019.