gruyeresuisse

21/05/2021

Monstres vont : Lauren Greenfield

Greenfield 2.jpgParcourant le monde - des États-Unis à la Russie et à la Chine - Lauren Greenfield fait  assister à la transformation de notre concept du bonheur et examine les idéaux, les stéréotypes, les mécanismes et les codes culturels de la société de consommation moderne.
 
Greenfield.jpg«Generation Wealth» mène à terme une vaste enquête de vingt-cinq ans, comprenant plus de 200 photographies, plusieurs films documentaires et de nombreuses interviews. Le thème principal du projet est de montrer  que la seule valeur qui porte le monde devient la richesse - au moment où elle est un objectif de plus en plus irréaliste pour la plupart de l'humanité.
 
Aux qualités traditionnelles des cultures se substitue celle du bling-bling et de l'égotisme exacerbé. Et faute de la richesse il faut au moins en montrer ses symboles en une popularité basée sur la reconnaissance et "vivre" un fantasme inaccessible dont les Kardashians deviennent l'exemple.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Lauren Greenfied, "Generation Wealth", The Multimedia Art Museum, Moscou,  du 27 avril au 27 juin 2021

17/05/2021

Diane Arbus et ses modèles

Arbus.jpgDiane Arbus explore les profondeurs de la psyché humaine.  Elle a créé une esthétique qui présente une manière unique et intime de voir l’étrange beauté du monde. "Il y a des choses que personne ne verrait si je ne les avais pas photographiées" disait-elle. Issue d’une famille aisée immigrée à New York elle n’a jamais ressenti les effets de la Grande Dépression. Mais elle avait conscience et en a parlé. Face à cet état du réel  "J’ai été confirmée dans un sentiment d’irréalité que je ne pouvais ressentir que comme une irréalité. Et le sentiment d’être immunisée était, aussi ridicule que cela puisse paraître, douloureux.Le monde me semblait appartenir aux autres. Je pouvais apprendre des choses, mais cela ne semblait jamais être ma propre expérience" disait-elle encore.
 
Arbus 2.jpgDiane Arbus a entrepris des études auprès de la musicienne devenue photographe Lisette Model  dont les portraits serrés et déconcertants ont influencé sa vision. "Les camps de nudistes ont été un sujet formidable pour moi" disait-elle. Surtout  les plus miteux. Sa famille nudiste des années 1960 ressemblait à bien des égards à n’importe quelle famille américaine. Pourtant, cette image est engageante et mémorable précisément à cause de la nudité. Les règles tacites de la photographie et de la moralité étaient soudain enfreintes. Et toutes ses photos ont transformé la façon de voir le monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Diane Arbus, "Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride, 2021.

14/05/2021

Les oeuvres majeures de William Klein

Klein 2.jpgL'exposition offre  9 tirages platine de William Klein, photographe, cinéaste, graphiste et peintre américain. Certains  sont les plus connus et furent réalisés pour le magazine Vogue dans les années 50 et 60 . Ils sont considérés comme une étape importante de la photographie de mode. Et le procédé d’impression au platine donne à ces photographies légendaires une profondeur, une netteté et une gamme de tons exceptionnelles. Ignorant délibérément  toutes les conventions, Klein avec sa «fotografia povera» s’est fait connaître par ses contrastes nets et points de vue inattendus. L’imprévu  est toujours de mise et s'oppose  à la photographie de mode rigide de l'époque.
 
Klein.jpgKlein devint accidentellement photographe d'un tel registre. Il y a acquis des compétences techniques et essaya de nouvelles approches qu'il a ensuite utilisées dans son travail personnel. S'il admirait la perfection technique d'Irving Penn et de Richard Avedon, il trouva  la photographie de mode ennuyeuse et sans imagination. Son  portrait emblématique de Barbara Mullen fumant avec un chapeau et voilette changea la donne.
 
Klein 3.jpgEt quand il réalisa son premier long métrage “ Qui êtes-vous, Polly Magoo? ” (1966) , ce fut pour créer  une satire fondée sur ses expériences dans l’industrie de la mode. Diane Vreeland comprise. Et même si la rédactrice en chef de Vogue depuis 1962 fut décrite par Klein comme une  "fondamentaliste de la mode". Existe chez lui toujours une critique implicite  du capitalisme et du consumérisme. Et Klein  considéra finalement la photographie d’une robe comme plutôt inutile. Mais  il révolutionna le genre en sortant les mannequins du studio  : «J’ai préféré que ces femmes imaginaires aient des problèmes – traînant des miroirs dans la circulation, incapables de prendre un taxi" et d'ajouter, "Ce que j’ai fini par faire, était une parodie de la photographie de mode et de ses poses".
 
Klein 4.jpgIl a également introduit de nombreuses innovations techniques. Entre autre  le téléobjectif qu’il utilisa  pour l’une de ses images de mode les plus connues, prise sur la Piazza di Spagna à Rome en 1960 même si le shooting dut être arrêté en raison de l’agitation  provoquée.  Mais l’image reste iconique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
William Klein, "Platinum", Gallery Fifty One Too, Anvers, du 11 mai au 10 juillet 2021.