gruyeresuisse

22/11/2021

Adey - Le corps dans tous ses états et dans de beaux draps

AdeY.jpgAdeY met le corps en remous ou en  fuite pour l'essorer de diverses façons. En ses désirs il semble marcher en avant de lui-même mais le créateur par ses mises en espaces éclaboussantes en retire l’écume comme on retirait jadis la peau sur le lait.
 
Adey 3.jpgA travers les gîtes d’une complicité factice et jouée, insidieusement l’art transforme la lumière en ombre et vice versa. La fenêtre des machines à laver ou autres persiennes ouvrent sinon sur rien du moins sur une feinte.  Et c'est ainsi que dans un vocabulaire tranchant le havre des fantasmes s’égoutte de manière larvée.
 
Adey2.jpgL’éphémère instant d’éternité n’est pas la promesse espérée. De l’intime ne reste que sa châsse. Dedans la carte du tendre - ou du non tendre - reste vacante. C’est donc dans une infinie distance que se touche la proximité. En allant vers cette dernière le voyeur ne découvre que la pauvreté de ses attentes. Les trésors cachés qu’il croit visibles se retournent sur eux même comme un gant. Surgit la transgression de la transgression. AdeY ne cesse de la « caresser, d'absorber les apparences pour mieux les voiler.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
AdeY, "Uncensored", Little Black Gallery, Londres, Galerie XII, Los Angeles, du 4 Decembre 2021 au 26 Janvier 2022.
 

28/09/2021

Julia Scher : souriez vous êtes filmés

Scher 3.jpgDepuis les années 1980,  Julia Scher s'intéresse   aux outils de contrôle, dont  la vidéo-surveillance. Elle a acquis des connaissances précises sur ces différents systèmes. Elle a d'ailleurs longtemps travaillé pour une compagnie  avant de fonder sa propre agence, "Safe and Secure Productions". De manière parodique, l’exposition du MAMCO nous fait pénétrer dans cet univers du contrôle total afin de souligner un trouble induit par des visiteurs autant observateurs qu'objets regardés. Tout joue à la fois sur la puissance des pouvoirs de surveillance et l'attrait voyeuriste et narcissique pour les enregistrements intimes.
 
Scher.jpgD'où le sarcasme face à l’idéologie sécuritaire et les dangers qu'elle induit.  L'artiste présente une nouvelle version de ses "Girl Dogs" - statues en marbre de dobermans femelles. Cette race canine est associée  au maintien de l’ordre et à la férocité. Leur couleur rose (omniprésente dans l’œuvre de Scher) semble par ailleurs les rendre vulnérables et doux.  Censée nous rassurer, cette présence a priori produit un certain malaise.
 
Scher 2.jpgSe découvre aussi   une caméra mal camouflée au milieu d’un bouquet de plumeaux fuchsia. "Hidden Camera (Architectural Vagina)" reprend les contours d’un vagin et rappelle la dimension féministe qui traverse l’œuvre de Scher. Si bien que le symbole féminin est là pour enrober des dispositifs perçus autrement comme intrusifs et liberticides. L’artiste de la sorte les déconstruit avec beaucoup d'humour. Comme pour répondre à ce qu'elle écrit  : « Il est évident que vivre dans l’ombre de ces dispositifs de sécurité en plein essor crée un sentiment constant de paranoïa et d’autocensure et se trouve largement responsable de l’érosion progressive de notre liberté. »
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Julia Scher, exposition, MAMCO, Genève, du 6 octobre 2021 au 30 janvier 2022.

25/09/2021

Lousnak : Vénus en sursis

Lousnak Bon.jpgLousnak propose un transbordement du mythe de Vénus. Non par dérision mais pour montrer que la naissance botticellielle de la déesse est soumise désormais à bien des pièges et avanies. Il s'agit encore pour elle de signifier par son corps la beauté mais pour sa survie celui-ci est contraint à porter des adjuvants que la pandémie a remis à la mode (même si la série de l'artiste a commencé sa série bien avant son arrivée du Covid).
 
Lousnak 2.jpgLe message est à la fois puissant, direct mais non sans poésie narrative. Plus question de s'abandonner à la seule griserie du corps en représentation. Il s'agit d'assister à son combat . Existe  un souffle extrême - parce qu'ici jusque dans sa "cosa mentale"  l'image (du corps) est affaire de muscles et de respiration.
Lousnak 3.jpg
 
Lousnak poursuit ses expérimentations de visualisations dystopiques. Sans forcément avoir besoin de s’appuyer sur le motif, elle crée l’autonomie de plans-surfaces qu’elle fait vibrer au sein même de la fixité. L'artiste exprime une liberté consciente de sa limite dans un monde parcouru de dangers. Elle reste au plus près possible de l’existence. Elle cherche néanmoins l’ouverture  et la liberté tout en évitant les grandes orgues du lyrisme et en cultivant une forêt de questions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Lousnak, "La naissance de Vénus", galerie YellowFishArt , Montréal, Du 7 au 24 octobre 2021,