gruyeresuisse

03/07/2022

Quentin Dallorme : se devenir

Dallorme.jpgQuentin Dallorme fuit à vélo ou à pied, sur les routes exsangues de Sardaigne, les arêtes calcaires de Marseille, jusqu’aux plateaux desséchés de l’Aubrac. Puis se tait, se repose pour sortir, Carnet à la main, la poésie de sa métrique et de ses gonds afin de trouver une autre langue qui s'écarte d'un pas du monde.
 
Le poète a parcouru les paysages brûlés jusqu'à y déceler, corps et cœur battants, quelques lézardes d’absolu, de paix ineffable, d’éternité. Se concentrant sur le souffle, il lui abandonne dans un premier temps sa fatigue, sa hargne, sa fureur.
 
 
Dallorme 2.jpgDans le sillage des thèmes qui lui sont chers (le corps, le feu, la quête spirituelle au travers des sens), l'auteur  raconte sa propre autobiographie, élaborée à partir de ses notes. Tout avance par touches à la conquête d'une forme de paix là où par petites touches se dit l'indicible. Au-delà l'effort de ses "courses", l'auteur exprime par la force qui demeure, sa liberté.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Quentin Dallorme, "Plein sud", Editions de l'Aire, Lausanne, 2022, 104 p., 24 CHF.

02/07/2022

Car casse

Marcel.jpgNe pas trémuler de la lèvre car chacun dit-on ne doit pas dormir sur son aitre - du moins lorsqu'il est soumis à un exercice de rigueur là où l'asticot fils de vices  de tant de pères et de mères s'embroussaille pour s'encanailler dans le carcan.  Et c'est ainsi que les choses se passent jusqu'au doux trépas dans l'aine et son puits sous bedaine - souvent pas si grassouillette que ça malgré le nom.  Au clavier  des sens s'évalue le poids et le plaisir pris au besoin avec les doigts à défaut de lectures spirituelles et de mélancholia. Alors écrire ressemble à ça. Quand on a perdu le fil. Mais pas la main. Il s'agit de coudre les nuages en croyant inventer des jupes qui soulèvent le ciel juste avant ou après l'orage qui défie. Cela n'avance à rien mais ressemble néanmoins à une ombrelle qui protège des émotions dont l'effusion est toujours prête à renaître.  Il s'agit de se contenter de l'absence et son goût poivré qui pèse sur la langue. Plus tard certains voudront te réveiller. Ils te tireront par la manche.  Surtout n'accède pas à leur demande. Car si l'action est soeur du rêve (si l'on croit Baudelaire), contente-toi du second comme filet mignon.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sculpture de Marcel Warmenhoven
 

09:08 Publié dans Humour, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0)

30/06/2022

Mary-Laure Zoss le long de nos racines

Zoss.jpgMary-Laure Zoss vit à Lausanne. Son premier livre, "Le noir du ciel" fut publié  en 2007 aux éditions Empreintes.  Elle a publié ensuite chez Cheyne éditeur des recueils :"Entre chien et loup jetés", "Où va se terrer la lumière", "Une syllabe, battant de bois", "Au soleil, haine rouée" qui - à les lires à l'aune de son nouveau livre en  trois temps - en paraissent comme des esquisses
 
Zoss Bon 2.jpgToute une rythmique se crée en un subtil montage lui-même "tenu debout parmi ; dans une façon de vestibule – ciel // ramifié, claire-voie des oiseaux; d'où peut s'élancer quoi ; // avant l'irrecevable – dès lors qu'ainsi seulement on // évalue ce qui vient ; avant les feuilles, leurs rudiments frais //qu'on déplie". 
 
La vie ne cesse de se poursuivre en quête de ce qui finalement nous reste :  une âme trouée et un vieux corps à la recherche d'une pensée frêle (en rien idée courte) qui paradoxalement se muscle au fil du temps. D'une matière cahoteuse, la poétesse atteint des  escarpements sur lesquels il faut parfois buter. Mais le jeu en vaut la chandelle. C'est la bonne (ou la seule) manière de faire corps avec ce qu'il advient.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Mary-laure Zoss, "seul en son bois, dressé noir", éditions Fario, 2022, 80 p., 15,50 €