gruyeresuisse

15/02/2020

Peter Wüthrich la lecture par l'image

Wuttrich bon.jpgPeter Wüthrich, "Literary Ghost", Galerie Bernhard Bischoff & Partner, Berne, du 17 janvier au 22 février 2020.

Passionné depuis toujours par les livres qu'il a traités - certains diront maltraités ...- de diverses façons, Peter Wütrich recherche toujours à travers eux et leurs mises en espaces des perspectives poétiques et altières en diverses structures et envols.

Wuttrich.jpgCelui qui n'est pas pour autant un "ghostartist" comme il existe des "ghostwriters", enclenche ce qui tient de la performance ou plutôt de l'installation.

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D'une part à travers des livres "d'images" qui donnent le titre à l'exposition se fomentent un autre esprit et une autre histoire de la littérature en ce qui devient des "portraits" de mots. D'autre part la galerie propose des objets en trois D :  maquettes d'architectures construites de différents livres anonymisés par leur couleur mais qui suggère le travail des écrivains dans leurs maisons et lieux respectifs.  Celui qui fut d'abord architecte offre une lecture particulière de la littérature : l'image lui accorde une subjectivité supplémentaire là où la poésie visuelle joue à plein.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/02/2020

Alain Freudiger : gloire où est ta victoire ?

Freudiger.jpgAlain Freudiger, ""Le Mauvais génie - une Vie de Matti Nykänen", éditions La Baconnière, Lausanne, 2020.

Cette biographie devient le pendant "réaliste" qu'Alain Freudiger accorde à sa belle fiction "Liquéfaction". Certes ici l'inondation est individuelle plus que générale mais la société représente elle-même  une entreprise de liquidation. L'écrivain et critique de cinéma. Membre des revues "Décadrages" et de "La Distinction", grâce à sa curiosité et son travail d'archiviste à la Radio suisse romande, Freudiger crée ici un livre qui tient de l'apologie, de la farce et  de la tragédie.

Le livre retrace la vie du sauteur à skis finlandais Matti Nykänen. Il s’imposa comme prodige ovniesque dans les années 80 en tant que quadruple champion olympique à Sarajevo et Calgary. Mais la suite n'est pas du même tabac : mariages, ruptures, violences jalonnent une descente au enfers. De mascotte Nykänen devient "idiot national" qui flirte avec le rock’n’roll, le striptease, la prison tant il est entraîné dans une valse médiatique où l'alcool tient lieu de démon pour un champion sportif réduit à une icône trash et pathétique en Finlande.

Freudiger 2.pngA la suite du protagoniste l'auteur fait partager l'errance d'une aventure qui passe des lauriers au comique et à l’apocalyptique dans un parcours initiatique à l'envers. Le livre prouve combien la gloire n'est en rien un salut. De l'approbation générale le héros tombe dans le "buzz" de ses dérives. Elles l'écrasent sous la tapette des médias. Le scandale est suivi par l'auteur dans tous ses mécanismes peu propices à la survie du héros dont les plumes d'oiseau des cimes n'auront permis de planer que quelques années avant qu'il retourne à l'état larvaire. Preuve que la gloire est ambivalente. L'avènement de son royaume terrestre demeure bien hypothétique. Le texte le démontre de manière aussi plaisante que rigoureuse. Elle emporte en montrant tout ce que le prestige peut induire et cacher.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/02/2020

Philippe Thireau : parfum de poudre à la violette

Thireau.pngReprenant une situation chère à Rimbaud et Ramuz, Philippe Thireau - en une suite de fragments et reprises - raconte l'histoire du soldat et de la jeune fille violette. L'auteur joue de situations et d'un langage qui mêle de l'ancien et du neuf. S'y rejoue ce qui s'est passé pour beaucoup de jeunes français appelés sous les drapeaux lors de ce qu'on eut du mal à nommer "Guerre d'Algérie".

 

Thireau bon.jpgL'écrivain mêle épopée et exorcisme dans une histoire d'eaux : celle des oueds du Magrheb comme des torrents qui ravagent les campings lors des orages d'été. Ces fragments sont eux mêmes propres aux tremblements et débordements. Ecrire sur les gestes devait être l'intention de l'auteur au départ. Puis sont venus en foule tant d’images et d’instants, tout en même temps : les poteaux télégraphiques, le son des corbeaux, la pluie et le soleil.


Thireau 3.jpgSynchronicité ou dissonance, plusieurs niveaux s’enchevêtrent, les voix relient des contraires. Des histoires se rencontrent pour un récit subjectif : c'est voir quelque chose comme autre chose, regarder quelque chose avec une certaine distance, y voir non pas l’éternité de la mort mais l’éphémère, l’impermanence de l'amour. Il s’agit peut-être de se laisser perdre. Puis la danse est venue dans un silence de mort , clic et claque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Thireau, "Mélancholia", coll. Tinbad fiction, Tindbad 2ditions, Paris, 2020, 52 p., 11,50 E..