gruyeresuisse

25/09/2021

Lousnak : Vénus en sursis

Lousnak Bon.jpgLousnak propose un transbordement du mythe de Vénus. Non par dérision mais pour montrer que le naissance botticellielle de la déesse est soumise désormais à bien des pièges et avanies. Il s'agit encore pour elle de signifier par son corps la beauté mais pour sa survie celui-ci est contraint à porter des adjuvants que la pandémie a remis à la mode (même si la série de l'artiste a commencé sa série bien avant son arrivée du Covid).
 
Lousnak 2.jpgLe message est à la fois puissant, direct mais non sans poésie narrative. Plus question de s'abandonner à la seule griserie du corps en représentation. Il s'agit d'assister à son combat . Existe  un souffle extrême - parce qu'ici jusque dans sa "cosa mentale"  l'image (du corps) est affaire de muscles et de respiration.
Lousnak 3.jpg
 
Lousnak poursuit ses expérimentations de visualisations dystopiques. Sans forcément avoir besoin de s’appuyer sur le motif, elle crée l’autonomie de plans-surfaces qu’elle faire vibrer au sein même de la fixité. L'artiste exprime une liberté consciente de sa limite dans un monde parcouru de dangers. Elle reste au plus près possible de l’existence. Elle cherche néanmoins l’ouverture  et la liberté tout en évitant les grandes orgues du lyrisme et en cultivant une forêt de questions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Lousnak, "La naissance de Vénus", galerie YellowFishArt , Montréal, Du 7 au 24 octobre 2021,

24/09/2021

D'où  repartir - chanson de deuxième étage

Kalle 2.jpgKalle l'esprit en fuite pour ramasser le réel pusillanime, débordant, versatile. Qu'il soit encore un Arto, un Momo des actes. Le mis aux bancs de l'humanité se fixe à sa folie, ne sachant pas qu'à sa manière il était grand poète. Son gros corps supporte mal sa tête. A la poursuite de son être. Pas plus que lui je ne sais qui il est, qui je suis. Kalle 3.jpgJe  cherche au milieu de mon désordre, au dedans de son tumulte. Pas plus que lui je sais qui je suis, si je suis.  Je retourne des mots à la recherche d'un centre. Je ne sais pas où il est mais il faut traduire la séparation qui éloigne le à dire du dire, le à voir du voir. Cela mérite de l’articulation. Néanmoins les êtres sont dans leur nature inaccessibles aux mots et aux images. Leur proximité absolue n’offre pas plus de prise.  Roy Andersson pourtant a essayé d’amener à la lumière l’être en tant que forme.  Je cours à travers la course de son Kalle. C’est une situation particulière, qui ne m'appartient pas. Elle est discours d’animal en action.  Kalle bon.jpg Je suis tombé comme lui en une région méconnue, isolée, dépressive. J'y cours en perdant pieds, armé des grigris et des crucifix de Kalle qui eux aussi sont une farce. Mon langage est bien trop court.  Le sien aussi court moins vite que sa pensée au sein même de ses zigzags, mais je marche comme lui, même si selon Roy Andersson il faut savoir que seul est heureux l'homme assis.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

23/09/2021

"Racines" - du ciel ou d'ailleurs

Racines.jpgCollectif, "Racines", Musée Jurassien des arts, Moutier, du 18 avril au 14 novembre 2021.
 
Partant du simple mot racine, l'exposition permet la glissade de sa signification botanique (partie inférieure d'une plante) à des dérivations plus ou moins métaphorique pour ouvrir à différents types d'enracinement ou de son contraire. Il y a là divers rhizomes et résonances entre un démon avec Hiromi Myamoto et des monts et marées.
 
Racines 3.jpgPlus d'une vingtaine d'artistes - dont les oeuvres présentées sont tirées des collections du musée - illustrent ce mouvement de fond. Guido Baseglia, Joël Tettamanti, Emmanuel Wüttrich, Rémy Zaugg, etc. ouvrent bien des champs. Ils font sortir du confinement et de manière parfois solaire le terme polymorphe.
 
Se retrouvent la terre, l'enfance, l'érotisme, la mer, l'origine dans une nébuleuse où la racine peut par exemple remonter vers le ciel pour être attrapée par le monde lui-même où pour certains migrants les territoires se déplacent. Existe un passage du moindre au cosmique par l'attention autant à ce qui ne bouge pas qu'à ce qui fait la vie de tous les jours. Demeurent des espaces moteurs de l'imaginaire dans la faille du temps. Elle lui donne consistance  entre émerveillement et blessures.
 

Jean-Paul Gavard-Perret