gruyeresuisse

19/06/2021

Barbara Ellmerer : flowers power

Elllm.pngBarbara Ellmerer, "Sense of Science. Paintings", Scheidegger & Spiess, Zurich, 2021.
 
La monographie de Barbara Ellmerer rassemble ses peintures et travaux sur papier de la période 2010 - 2020. L'auteur y capte en coloriste les splendeurs de ce qu’on prend pour l'amorphe. Elle articule traits et taches, pans et attaches jusqu'à trouver une combinatoire qui fait d'éléments disparates une unité. Ces "fresh flowers" ont une autre ambitions que celles de David Hockney même si les deux artistes voient la vie en rose.
 
Elm 2.jpgTraits et taches, pans et attaches creént une combinatoire fait d'éléments disparates pour créer une unité. Surgissent de ses toiles une délicatesse et une fragilité. De l'obscurité et l'ombre qui fascinent  l'artiste retient avec les couleurs une nouvelle inflexion. Le poids se dissipe au profit d'une sorte légèreté : celle de l'être peut-être qui devient ici une sorte de tissu printanier et primesautier.
 
Ellm.jpgNéanmoins cette peinture reste grave : Barbara Ellmerer crée d'étranges plastrons pour un espace renouvelé au sein d'une recherche capitale : l'artiste y explore l'espace et le "fond" du tableau en un même plan, elle joue de la précision mais aussi du flux dans un raffinement brutal mais calculé. Les toiles ont la capacité de retenir une douceur lasse, un murmure, une accalmie et une trêve au sein même de ce que le mouvement de peindre engage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

18/06/2021

Claudio Moser : chiennes de vies

Moser.jpgClaudio Moser, "Chien errant", Centre de la Photographie de Genève, du 23 juin au 22 août 2021
 
Cette exposition se présente comme une rétro-prospective sur la base de l’archive sous forme de bibliothèque. Elle met l’accent sur des notions de temporalité dans une œuvre qui est plutôt identifiée à la représentation photographique de toutes sortes d’espaces. Elle est constituée de trois composantes propres à son œuvre : une "walking meditation" en format vidéo, ses livres et la série en cours "nothing to do nowhere to go".
 
Moser 3.jpgClaudio Moser y reste fasciné par la fluidité de la verticalité et son attention portée aux infinis reflets de l’attente. Les étendues paisibles des paysages comme des architectures brillent de leur souffle ascendant comme aboutissement même s'il existe des risques de tempêtes. Le réel est néanmoins expurgé de ses méandres et donne à l’extase visuelle l’odeur  pénétrante des senteurs d’épure et d’effluve. Pour autant rien n'est donné pour acquis.
 
Moser 2.jpgDès lors l’immensité rejoint ce qui la raccroche au monde. Des lignes se fixent pour gagner sur le chaos ou sur la liberté. Le réel - fléché vers le haut  mais parfois comme "empêché" - n’opte pas pour autant vers  une révélation mystique. Simplement au sein de l'errance l'espace se  rebâtit selon une vision où la sérénité tente de remplacer l'angoisse qui néanmoins filtre ça et là. Un front avance et s'élève. "Atmosphériquement" suspendu, immobilisé par la photographie il est reconstruit par une force d’érection qui invente une poésie de l'espace plutôt rare dans la photographie et l'art du temps. D'où les fables composites de tels lieux là où le créateur signale toujours un passage au sein des entraves.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Marios Fournaris : l'un et le multiple

Fournaris.pngMarios Fournaris, "Together Alone",  Anlix Forever et Sharing Perama, Genève, exposition jusqu'au 18 août 2021.

 

Le concept de "TogetherAlone" est mis en évidence par la propre poésie de Marios Fournaris : " Seul, entouré de tous / Seul, au milieu de vous / Je suis seul mais jamais seul / Le monde vit en moi, à l’intérieur de vous / Nous sommes ensemble". Bref chacun est séparé mais tout autant avec les autres. C'est pourquoi  à l'occasion de cette exposition  Marios Fournaris  a invité sept artistes : Lydia Dambassina, Ninar Esber, Nicolas Etchenagucia, Ali Kazma, Nikias Imhoof, Robert Montgomery  et Curtis Santiago. 

Fournaris 2.jpgL'artiste grec né en 1981 est aussi un curateur et un intellectuel. Son travail est profondément enraciné à Perama où il vit et travaille, et se réfère à des questions humanistes et écologiques. Ses principaux intérêts théoriques et artistiques sont l’environnement et  l'"Arte Povera" qui le rapproche de Michelangelo Pistoletto et son "Nouvel Humanisme". Et ce dans une époque de confusion dont la base est la rupture entre choses, paroles, idées et signes qui en deviennent la représentation.

Fournaris 3.jpgOxymoriques les oeuvres de Fournaris  relient  souvent "l’amour à l’emprisonnement, le multiculturalisme à la vie et aux objets locaux, la connaissance de l’histoire de l’art aux préoccupations sociales". La perception constante de Fournaris reste la complexité du monde ainsi que de sa beauté . Cela conduit à de véritables représentations d'une réflexion  générale qui ne se contente pas des images admises et de leur écume. Fournaris 4.jpgTel un kaléidoscope vivant, l’ensemble embrasse de nombreux regards et considérations : d'où la présence des sept alter-ego. Le tout pour  défendre une culture multiple et une. Non forcément mondialiste  mais dans un souci d'union pour sauver ce qui peut l'être encore.

Jean-Paul Gavard-Perret