gruyeresuisse

20/05/2019

Claudie Laks : imbroglio et passementerie

Laks 2.jpgClaudie Laks, "Colorigraphies", Espace Nicolas Schilling et Galerie., Neuchâtel, à partir du 25 mai 2019.

Claudie Laks invente un monde coloré fait de taches marquées avec intensité sur la toile. Le geste est donc essentiel même si, contrairement à d'autres artiste, c'est pour la plasticienne, le résultat qui compte. Jaillissent des lignes qui se fracturent en des mouvements circulaires et un assemblage de points dont la matière colorée suinte.

Laks.jpgSur d'autres surfaces blanches les couleurs deviennent des sortes de bourgeons ou de graines de différentes tailles. Tout explose et semble jailir des profondeurs de la matière. Les couleurs semblent se battre les unes contre les autres dans leurs constellations. Dans un tel imbroglio une passementerie prend la forme d'un louvoiement poétique. L’artiste crée bien plus que de simples abstractions de quintessence. Surgissent des espaces chancelants, des lueurs d’ornières où un réel sauvage se tatoue. Les pelotes de couleurs deviennent les fleurs brèves écloses au bord glacé de la neige du support. La nostalgie de l’irréel tombe en chute libre. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/05/2019

Hreinn Friofinnsson : murs et murmures de la pensée

Frioff.pngHreinn Friðfinnsson, "To Catch a Fish with a Song: 1964 - Today", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 24 mai au 25 aout 2019.

Le Centre d’Art Contemporain Genève présente la première exposition personnelle de Hreinn Friðfinnsson en Suisse. L'Islandais fait preuve autant d'austérité que de lyrisme en une série de transfigrations abstraites de la nature.  L'expression  - trop pompeuse peut-être - "une sorte d’alchimiste idiosyncrasique". pour le définir met néanmoins  l'accent sur les transformations fabuleuses que l'artiste propose afin de mêler l'art et le temps, la raison à une certaine folie créatrice d'émotions puissantes.

Frioff 2.pngInstallé à Amsterdam depuis 1971 le plasticien est un artiste majeur du temps. Photographies, dessins, vidéos, installations, ready-made : tout passe par une économie autant sémantique que de moyens.  L’univers, commencé en une soupe chaosmique, est remis sinon sur pied dans une vision contre toute attente. Elle remet les pendules du monde et de l'art à l'heure. D'intempestives vues de l’esprit prennent corps en un mixage de repères qui interceptent la lumière et la communique à l’autre dans une magie visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/05/2019

Vicky Martin: jambalaya

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Inspirée par la Dorothy de l’histoire du "Magicien d’Oz" Vicky Martin offre un voyage dans des espaces interlopes où la femme - dont ne sont vues que les jambes - va à la découverte d'elle-même, en tentant de surmonter ses doutes, sa peur, sa solitude. Nous passons de la fonction des gestes à leur fiction.

 

 

 

 

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Ce voyage ( en absurdie ?) entre réalité et fantasme est aussi sérieux que ludique. Une figuration vintage souligne l'obsolescence possible d'une telle dérive. Les poses ne renvoient qu'à elles-mêmes au sein  d'une plénitude en partie désimagée par le hors champ qui devient quasiment une réalité concrète dans un leurre du leurre.

 

 

 

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Rien n'a lieu sinon  les lieux de passage et de feinte là où tout voudrait s'ouvrir à un accomplissement qui tarde à voir le jour. La théâtralité est constante à travers des images compactes. Elles dissimulent une réalité qui est peut-être une absence d'être, un vide - peut-être plus  métaphysique qu'affectif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret