gruyeresuisse

25/01/2021

A l'épreuve du jour : Moritz Herzog

Herzog.jpgMoritz Herzog, "Chambre jaune", Gisèle Linder, Bâle, du 23 janvier au 3 mars 2021.

Qui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie  ici une forme de hantise de l'air dans des espaces en effacement. L’arbre n’est plus le totem phallique. Non qu'une végétation l’habille mais parce qu'il devient une présence au silence d'un  monde dont il devient le symbole. Nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps.

 
Son existence trouve là un autre rôle. Quelque chose se conjugue entre lui et ce qui l'entoure en une lente infusion et un transfert propres à modifier nos axes de référence. La photo devient le corrigé du temps plus ou moins revenant au moment où l'arbre représente un manque et un accomplissement.  
 
Herzog 3.jpgMoritz Herzog trouve là un moyen de pousser plus avant sa recherche photographique. Il quitte un certain confort technique pour s'aventurer vers le rempart d'un monde premier au sein de silhouettes affolées de silence qui brisent le ciel lui-même brouillé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/01/2021

Romina De Novellis en haute basse-cour

De Novellis.jpgAu delà même de l’émergence de l'art du "Care", Romina de Novellis s'élève contre les formes d'expression des mâles où tel dieu le père ils exercent main mise et contrôle. Comme Marina Abramovic elle revendique par sa nouvelle performance un état d’anonymat,  d’effacement, de don, et d’abandon. Existe là  ce qu’on peut appeler  "le complexe de la Pythie" :  l’idée que l’oeuvre est plus importante que la personne qui existe derrière et qu’au fond avec ou sans signature elle demeure. Si bien qu'avec ou sans marqueur temporel, tout ce qui gomme les origines et l’appartenance amène à un regard autre sur le monde.
 
Romina DeNovellis.jpgL'artiste reprend un rituel intime de l'Italie du Sud, selon lesquels les femmes mettaient leurs poules sur leurs genoux pour leur boucher les oreilles afin qu'elles n'entendent pas leurs cris de colère et ce afin d'éviter la stérilité. Cette vision peut paraître très déstabilisante, mais c’est en acceptant d’affronter ce qui change nos repères que nous pouvons donner du jeu et du champ   à ce que nous faisons et à l'état d'une société qui méprises êtres humains et animaux.
 
Romina 3.jpgL’émergence de quelque chose de nouveau passe donc parfois par l'ancien. Cela ne diminue en rien la prédominance de l’invention sans éliminer certains rituels du passé. Une frange de la culture traditionnelle persiste  non par conservatisme ringard mais pour se dégager de certains rites de destruction contemporaines - celui où par exemple les poulets sont tués dans des bains d'eau électrifiée.
 
Jean-Paul Gavar(d-Perret
 
Romina De Novellis, "Si tu m'aimes, protège moi",  Performance et Video-Projection, Galerie Alberta Pane, 22 janvier au 6 février 2021.

Inflexions des semblables : Alec Soth

Soth 2.jpgReconnu pour ses portraits de solitaires quelque peu déjantés dans "Sleeping by the Mississippi" et "Broken Manual", Alec Soth s'est intéressé aussi à diverses communautés des USA. Il s'est transformé en reporter photographe de ces groupes. Fragmentaire, drôle et triste, son livre est une représentation lyrique d'un  périple par les annales qu'il en tire au sein d'une immanence ex abrupto.
 
Soth.jpgDe 2012 à 2014, Soth  a en effet traversé les états du pays tout en auto-publiant son propre journal "The LBM Dispatch" mais aussi en travaillant pour  le New York Times et autres organes de presse. De New-York à la Californie il a assisté à des centaines de bals, festivals, rassemblements communautaires et fêtes populaires champêtres ou suburbaines à la recherche de divers types d'interactions sociales mais aussi de fêlures dans des moments de suspension du temps.
 
Soth 3.jpgAvec Songbook, Soth a dépouillé ces images de leur contexte d'actualité évènementielle afin de mettre en évidence le désir de connexion des participants avec leurs racines. Surgit de la sorte un "sur la route". S'y dessine une double postulation où se traduit une tension entre l’individualisme américain et le désir d’être unis. Il y a là ordre et chaos au sein de dissidences aussi proches que lointaines.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Alec Soth, "Songbook", Mack, Londres, 2021.

10:29 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)