gruyeresuisse

24/01/2022

Dana Hoey :  quatre boules de cuir

Hoey.jpgDana Hoey, “American Smooth”, Galerie Analix Forever, Chêne-Bourg, 29-30 janvier
 
Dana Hoey est une artiste visuelle. Elle utilise l'appareil photo pour révéler la vie intérieure des femmes, en particulier des jeunes femmes. Ses photographies sont souvent ambiguës et possèdent de multiples significations.
 
Hoey 2.jpgUtilisant à la fois la photographie de performances ou de pure mise en scène, ses images méticuleusement construites combinent souvent la lumière du jour ensoleillée et la couleur des intérieurs le tout  amélioré numériquement avec parfois le souci de l’iconographie et du cadrage de la peinture religieuse.
 
Hoey 3.jpgSes premiers travaux revendiquent des influences aussi diverses que "L’extase de sainte Thérèse" du Bernin et la Pastorale américaine de Philip Roth et révèlent une fascination pour l’idéalisme corrompu et le pouvoir des actions insouciantes. Plus récemment, Hoey a exploré des scénarios dans lesquels les femmes  jouent des rôles centraux au sein d'activités typiquement masculines comme la boxe. Elle le double ici d'un combat-performance avec Mimiko Türkkan car les deux sont photographes et boxeuses et elles intègrent leur sport dans leur art.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Rohner : fantômes-masses

Rohner 3.jpg"Patrick Rohner - Mouvements de masse", 29 janvier – 19 mars 2022 Exposition personnelle, Galerie Mark Müller, Zurich.  "Mouvements de masse Patrick Rohner", Monographie 2004 – 2021, Vexer Verlag St. Gallen/Berlin
 
Rohner 2.pngLa monographie de l’artiste suisse Patrick Rohner rassemble tous ses groupes importants d’œuvres des vingt dernières années et montre pour la première fois l’ensemble de sa palette médiatique. S'y retrouvent la peinture, le dessin, la photographie, le film, l’installation, l’espace public, l’action, la vidéo et les nouveaux médias.
 
 A la galerie Mark Müller le créateur poursuit son  travail effectué de la Biennale de 2020 . Ses douze « dessins sur pierre » créés dans le Carnusatobel , montagne difficile d’accès sont visibles au plus grand nombre. Tout comme de grands papiers blancs faits à la main et disposés dans le paysage de la gorge du lieu alpin. Alourdi d’une grosse pierre chacun fut exposé aux intempéries pendant près de cinq mois. Les feuilles ont été ensuite relavées et les travaux de processus ont été terminés. Les silhouettes des pierres sont clairement visibles, causées par les sédiments lavés des pierres  et mélangés avec des matériaux provenant de la forêt environnante, de la roche et du fond de la rivière.
 
Rohner.jpgL’artiste a mis un cadre, la nature a guidé le pinceau pour un "Ready Made Naturel". Se retrouvent aussi  deux autres blocs de travaux : les "Inspections" et les "Prélèvements d’eau".  Au moyen de vidéos, de vitrines matérielles, de bibliothèques de référence, de diagrammes et de textes  - de salles en salles les différents cycles et étapes de la création sont rapprochés du public.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

23/01/2022

" En Y"  et en isthme

En.pngMariana Isler /ivanlavague /Emmanuel Mascolo, "En Y", Standard/Deluxe, Lausanne, du 22 janvier au 13 février 2022
 
Cette exposition explore les jointures entre cultures hip hop et queer par le prisme des choses vues et du grand public.  Tout semble a priori opposer ces deux mondes, ces deux cultures ou champs alternatifs qui  restent encore frappés de discrédits même s'ils bénéficient d’une réception médiatique inévitable. Mais les trois artistes montrent comment ils s’alimentent autant qu’ils se rejettent. Jean-Rodolphe Petter de standard/deluxe a  donc décidé de montrer ces tensions qu'il retrouvait dans ses propres travaux. Il a fait pour cela appel à celle et ceux qui habitent et habillent cette exposition "En Y" - titre symbole d'une jointure et d'une ambiguïté.
 
Isler.gifSensible à cette thématique autant sur le plan sémantique qu’esthétiques ils se sont appropriés ce titre et l'ont indexé à leur recherche spécifique pour l'exposition. Mariana Isler à travers son mixage de la peinture au graphisme et sa pratique du graffiti. Ivanlavague quant à lui souligne l’ambivalence des codes de notre société : ses sujets violents qui souligne les enjeux de l'époque  jouissent d'une prestation  toujours élégante. Par ces collisions, l'artiste nous confronte à ces mondes, leurs enjeux sociaux et leur image. Quant à Emmanuel Mascolo ses expérimentations textiles, performatives et sculpturales prouvent son intérêt pour les matériaux, leur résistance, leurs possibilités esthétiques et leurs projections sur le sociétal.
 
Un.pngLes trois ont donc su répondre aux exigences des cultures et codes hip hop et Queer par leurs propositions qui à la fois construisent et déconstruisent l'imaginaire collectif afin de  le désenclaver. Ils prouvent que l'art est d'abord une question de corps et de ce qu'il montre et dit en se passant de mots. Ces trois recherches déplient en conséquence mais chacune à leur manière la même jonction. Elles montrent comment l'image peut rendre ou créer la sensation d'un monde avec des fulgurances, des images chocs ou des empreintes qui saisissent les visiteurs.
 

Jean-Paul Gavard-Perret