gruyeresuisse

17/08/2019

Les douceurs de Laurence Jenkell

Jenkell 3.pngC'est à Chambéry, après New-York, Venise ou Shangaï, que 7 des œuvres monumentales de Laurence Jenkell prennent place au cœur du centre historique de la ville. Sont exposés dans son Musée des Beaux-Arts des travaux plus anciens. Entre autres ses différents « tableaux - pièges » où de véritables bonbons sur toile sont emprisonnés dans de la résine et mis sur plexiglass.

Jenkell 2.pngLes délices accueillent les promeneurs et les citadins pour le plaisir des sens excités par de tels rappels à l'enfance ou au plaisir. Se produit de manière quasi inconsciente une appropriation secrète de la douceur par la présence de tels bonbons "arrêtés" et qui s'érigent démesurement pour faire sourire sur divers places de la ville savoyarde dans une perspective que Jeff Koons ne dénigrerait pas.

Jenkell.jpgChaque bonbon est tendu dans une étonnante tranquillité, une poussée ardente et un pliage noueux. L'humour est léger tant les bonbons produisent d'ardentes floculations suspendues entre la chaussée et de ciel. Se retrouve la luminosité d'un plaisir suggéré. Elle s'ouvre à tout ce que les gourmands disent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jorinde Voigt et la nature des images

Voigt 2.jpgL'artiste allemande Jorinde Voigt est connue pour ses dessins en grand format composés de lignes, d’annotations et de formes colorées. Elle est toujoiurs à la recherche d'un système complexe de reférénces à la fois théoriques et plastiques. Avec "Immersion" elle explore le processus de perception dans son essence et à travers ses propositions visuelles et ses cristallisations de leurs substances "imageantes".

Voigt.jpgSans tomber dans la mythologie de l’altérité forcée de la matière, de la quête de l’exotisme par la forme ou encore de la croyance en un art engagé, l'artiste cherche à préserver une nature primitive des la perception. Le tout dans une certaine floculation et l'aspect phosphorescent de son approche. La réalité se retrouve métamorphosée pour que le mental retrouve une communication avec ce qu'il saisit par les images. 

Voigt 3.jpgDe telles oeuvres sont dressées sans faux-fuyants et dénuées de romantisme. Autour de zones colorées qui peuvent rappeler certains jeux de surface jaillissent des visions bien différentes de ce qui est souvent donné à voir en fausse dilution. L'image ne se réduit plus à une peau de chagrin. L'artiste ouvre les archives du temps et de l’esprit des images en perpétuel mouvement. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Jorinde Voigt, "Immersion", Hatje Cantz, Berlin, 2019.

16/08/2019

Le "free art" de Ramaya Tegegne

Tegegne.jpgRamaya Tegegne, "Sherman", Istituto Svizzero, Milan, du 13 septembre au 26 octoble 2019.

Les oeuvres de Ramaya Tegegne hantent le théâtre de l'art pour l'ouvrir à ses propres propositions. Sans vraiment vouloir "faire carrière" d'artiste, la créatrice, par son travail,  met à disposition du public des matériaux oubliés, délaissés. Elle renonce aux gestes du graphiste en tant que producteur de sens pour transmettre images et mots par d'autres formats de médiation pour offrir ce que Laurence Schmidin nomme "un art de la conversation".

Tegegne 2.jpgPour sa première exposition individuelle en Italie, l’artiste genevoise présente des installations, vidéos et performances afin d'approfondir la narration de l’histoire de l’art telle qu’elle s’est établie. Elle la remodèle par la citation et la révision des biographies d'artiste, leurs histoires et leurs anecdotes.

umstatter 2.jpgComme avec son livre d'artiste ‹Bzzz Bzzz Bzzz› où elle réunissait des images et des extraits de textes permettant de livrer une réflexion sur la notion de commérage et de cancan, elle montre ici comment l'art peut faire le "buzz" loin des chemins battus et sans recherche forcée d'exactitude. L'artiste ne prétend en rien à s'annexer le travail des autres ni même le détourner. Elle se contente d'amasser des anecdotes pour nourrir un "free art" très personnel plus amical que destructeur.

Jean-Paul Gavard-Perret