gruyeresuisse

27/07/2019

Les abbés gores de Labégorre

Labégorre.jpgLes portraits "religieux" de Serge Labégorre ne seront pas pris en odeur de sainteté. Par leurs figurations, papes, évêques et autres dignitaires suggèrent des âmes troubles, souvent perdues et certainement secrètes. Les visages, les postures et les mains trahissent ce que les êtres sacrés cachent d'impitoyable. La piété : ils l'ignorent. Sous les apparats de leur pompe les prélats sont des fauves. Ils soignent tous leurs (im)postures mais leurs visages les dénoncent.

 

 

Labégorre 2.jpgCeux qui viennent trouver la paix de l'âme seront surpris. Qu'ils fassent comme les visiteurs de l'Enfer de Dante : renoncer à tout espoir. En ce sens la peinture de Serge Labégorre est impitoyable. Un abbé assis sur une sorte de banc des accusés reste impassible. Nul regret pour ses fautes commises. La dissimulation est évidente. C'est un verrouillage de maison close.

 

 

 

Labegorre 3.jpgChaque dignitaire se contrôle comme il le peut tel un expert en dessous de table dont Labégorre esquisse parfois le plateau. Les cardinaux sont au mieux impuissants au pire, sous leur visage cireux pas le moindre signe vertueux. Le crucifié est soumis au même régime sec. Son visage ressemble plus à celui d'un des deux larrons du calvaire qu'à l'image christique "officielle". Le visage est sans grâce et c'est peu dire. Ailleurs, il regarde assommé la cruauté et l'ignominie de ses mandataires aux fragrances secrètes. Et avec son "Evêque noir" le peintre nous propose moins un saint qu'un tueur. Il y a là de quoi satisfaire Francis Bacon tant par la forme que le fond. Ici le monstre noir avance encore vers nous face avec ce qui lui reste de force. Courage, fuyons. Le dard d'un tel faux bourdon peut piquer encore.

 

Jean-Paul Gavard Perret

 

Serge Labégorre exposera en 2019 en Haute Savoie puis sera celui qui inaugurera  "La Maison Forte", Vallée de l'Arve

25/07/2019

Lionel Vinche : rougets de l'île

Vinche.jpgLionel Vinche et André Pieyre de Mandiargues, Fata Morgana, Fontfroide le Haut.

 

La brève nouvelle inédite d’André Pieyre de Mandiargues prouve que la littérature peut toujours aller plus loin en traitant le sujet apparemment le plus anodin. Le maître du surréalisme a trouvé en Lionel Vinche un sacré compagnon d'inconduite entre les eaux plus ou moins profondes et les marchés continentaux (lyonnais dans le cas présent).

Vinche 4.jpgLa connaissance poétique bascule dans la déraison que cultive les deux créateurs. Ils font plier la pensée de courts-circuits en courts-circuits et  traversent les eaux mentales ou usées pour atteindre un fond inconnu dont les images sont les alluvions. Elles élargissent la compréhension et l’intellect là où la poésie a déjà fait le ménage pour traquer un monde lumineux et drôle loin de toutes les piges mystiques héritées de Platon.

Vinche 3.jpgAvec Vinche le regardeur apprend à se perdre et se retrouver même lorsque le rouget rejoint la solitude et qu’il doit l’adopter comme on adopte un jeune chien au poil frisé. Il existe peu de peintures aussi vivifiantes. Surgit une dynamique dans cette façon de faire surgir le réel dans ce qui le lie au dépouillement en une texture particulière, aussi drôle qu’indicible et sans noyer le poisson.

Vinche 2.jpgLe beau texte de de Mandiargues est magnifié par la scansion personnelle de l'artiste. Son approche ouvre une extrapolation à l’alchimie du verbe, ses suspensions d’ellipses et la farce dont le hors champ permet paradoxalement de pénétrer cette intrigue. Quite à enduire le rouget d'une sorte de mascarat.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2019

Les dérisions représentatives de Jean-Frédéric Schnyder

Schnyder 2.jpgJean-Frédéric Schnyder, Galerie Eva Presenhuber, Zurich, du 1er septembre au 5 octobre 2019.

Jean-Frédéric Schnyder (né en 1945) reste un des artistes suisses contemporains les plus importants. Il est connu sur la scène internationale au moins depuis "Wanderung", un cycle de peintures petit format montrant des vues d’autoroute (Biennale de Venise, 1993). Il a entamé son travail artistique dès la fin des années 1960, en fabriquant d'abord des objets opiniâtres et fantastiques en fil de fer, bambou, étain ou céramique propres à suggérer des cultures populaires et des contes.

Schnyder 3.pngL’exposition propose un voyage à travers ses oeuvres. Elles déconcertent par leur dérision et les jeux qu'elles engagent sur le sens de leurs monstrations. La peinture comme Volonté et comme Représentation entame soudain bien des détours. Les œuvres sont le plus souvent des petits formats et zn séries. La technique semble le fait d'un amateur naïf tant elles sont "mal" peintes en des palettes plâtes, pâles. S'y retrouvent des références à Van Gogh, Anker, Hodler voire Malévitch.

Schnyder 4.jpgParfois certaines séries rappellent la peinture la plus surfaite et décorative (chiens , couchers de soleil, paysage) volontairement kitsch et onirique dans laquelle derrière les petits chalets de la forêt apparaissent les signes d'un champignon atomique, d'une croix gammée  pour créer le désenchantement ironique. Tout repose sur le décalage entre ce qui est représenté et le protocole choisi. Dès lors le regardeur est obligé d'engager une réflexion sur ce qu'il voit afin de cacher ce que de tels "clichés" suscitent. Existe là toute une critique de la peinture et du monde.

Jean-Paul Gavard-Perret