gruyeresuisse

15/05/2019

Clément Lambelet : théâtre de guerre

Lambelet 2.jpgClément Lambelet, "Two donkeys in a war zone", Editions Centre de la Photographie de Genève, 2019.

 

Dans ce travail de Clément Lambelet, et en une sorte de négatif de l'image, ne restent prLambelet.jpgesque que le blanc, le noir, l’à-peine coloré. Surgit le silence là où tout est bruit et fureur. L'évidement devient soudain la seule évidence.

 

 

 

 

La circulation en zone plus que dangereuse est proche de l’absurde. Les présences animales/humaines anonymes fuient ou meurent dans un endroit inconnu presque vide : désert plus que désert mais qu’on ne peut nommer. Et où il faut pourtant bien enfoncer nos visions. Nous savons bien que le terrain où le hasard de la guerre les a plantées n’est rien que néant. Néanmoins pourraient repousser des valeurs humaines au moment où l’inanité les caresse en pénétrant l’être et en le délitant violemment.

Lambelet 3.pngL’art à ce point devient celui du souffle encadré, un souffle qui détruit à la limite du réel et de l’irréalité. Nous sommes dans la région des tremblements mais où tout se découpe de manière trouble et irradiante. Il y a là le double registre de la fiction et de la réalité pour qu’à la fois résonnent la voix du passé et les appels à venir loin de ce qui rend le monde plus bestial qu'humain.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

21/04/2019

Passages et paysages de Hélène Peytavi

Peytavi.jpgHélène Peytavi propose une réécriture d'un paysage frontière (entre la France et l'Espagne) d'après "l'Exode d'un peuple" de Louis LLech. Différentes strates de paysages et d'histoires se mêlent. L'artiste les associe aux photographies du temps qui passe et divers types de productions plastiques dans ce qui devient un paysage d'écho entre le passage des réfugiés espagnols au Perthus en 1939 et son œuvre.

Peytavi 2.jpg"Grains" est donc composé de photogrammes du film documentaire, de photos d'aujourd'hui, de dessins (papiers huilés et fusains) et de textes. Il s'agit non de prétendre reconstruire le visible mais d'analyser ses périphéries. Mis en récit le temps et l'espace sont revisités en un ensemble kalédoscopique. Le mixage ne se veut pas forcément un principe mais un fait qui s'impose en un tel projet et une pratique artistique, sans hiérarchie entre divers supports, manières et outils.

Jean-Paul Gavard-Perret

Hélène Peytavi, "Grains", Editions Voix (Richards Meier), 2019.

27/03/2019

Willy Spiller et Fred Mayer : Zurich, années 70

Mayer 2.jpgWilly Spiller "Zurich 1967-1976", Fred Mayer, "Le Zurcher 1971" Bildhalle, Zurich du 28 mars au 11 mai. Livre "Willy Spiller "Zurich 1967-1976", Editions Bidhallle, 2019, 200 p..

 

Cette double exposition présente la ville de Zurich et ses habitants au cours de la décennie 1967 - 976, au moment où les revendications de la jeunesse et la révolution sexuelle battaient leur plein, affrontaient et affolaient la morale bourgeoise. Willy Spiller et Fred Mayer proposent certains de leurs célèbres clichés témoins absurdes et intenses de cette époque.

Mayer 4.jpgLe premier photojournaliste international, a capté des célébrités suisses et internationales au cours de ces années les plus mouvementées (dont Alfred Hitchcock présent ici). Fred Mayer propose des tirages de sa série "Zürcher Panoptikum", publiée à l’origine dans l’édition de week-end du "Neuen Zürcher Zeitung" en 1972, accompagnée d’un texte de Hugo Lötscher.

Zurich se retrouve ici dans tous ses états : la ville semble brute, sauvage, mais tout autant conservatrice et sexiste. Les deux photographes ont su exprimer ses zones grises où deux sociétés coexistaient tant bien que mal. Tout est saisi avec un regard amusé, complice et complexe.

Mayer.jpgLes voyous" sont plutôt tendres et les "réactionnaires" débonnaires. Tout un monde - souvent aujourd'hui disparu - s'agite : il y a là des éditeurs, des artistes, des balayeurs, des livreurs de bière, des chaudronniers mais aussi des trainards qui parfois sortaient de la rue pour rejoindre le temps d'une pose le sudio de Mayer au moment où Spiller les saisissait au sein du décor urbain. Chaque fois c'est moins la discorde que le plaisir de liberté qui est au rendez-vous dans une fête hybride et renaissante grâce à cette exposition.

Jean-Paul Gavard-Perret