gruyeresuisse

12/07/2021

Peter Fischli  : la peinture et son "après"

Prada.jpgPeter Fischli a conçu pour la Fondation Prada  de Venise ce qu'il définit comme comme la "sculpture d'une exposition de la peinture". Il a divisé la  mostra en dix cessions et une pluralité de narrations pour illustrer les questions qui ne cessent  de se reposer : assiste-t-on à l’histoire de la fin de la peinture ou cette idée est un problème fantôme ? Et si oui, les fantômes peuvent-ils être réels ?

 
Prada 3.jpgPour répondre il souligne cinq ruptures capitales causées par des changements techniques et sociaux qui correspondent à la mutation du paradigme de l'art à travers la peinture dans les 150 dernières année.
 
Prada 2.jpgLa première est causée par l'invention de la photographie. Elle fit affirmer en  1840 à l'artiste  Paul Delaroche en 1840 qu' "à partir d'aujourd'hui la peinture est morte". La deuxième apparaît avec l'invention du ready-made et du collage. Ils contraignent la peinture à trouver un nouvel espace à travers les objets. La troisième est provoquée par la mise en discussion de l'autorité de l'art et du créateur à la fin des années 60. La quatrième crise arrive lorsque que la peinture est critiquée en tant que bien de consommation. Enfin la cinquième lorsque à partir des années l'idée d'avant-garde devint obsolète.
 
 
Prada 4.jpgPeter Fischli  crée de la sorte un kaléidoscope de "gestes répudiés" en explorant cette série de moments de rupture. Et ce  en relation avec l'émergence de nouveaux facteurs sociaux et de nouvelles valeurs culturelles par l'arrivée  de la révolution numérique actuelle. En brouillant les cartes, elle peut devenir soit l'origine d'une nouvelle crise de la peinture ou, au contraire,  son renouveau.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

“Stop Painting”,  Fondazione Prada, Venise, du 22 mai au 21 novembre 2021.

02/04/2021

Les tournantes de Jakob Lena Knebl

Kneb.jpgJakob Lena Knebl, "Marcher sur l’eau", Musée d’art et d’histoire de Genève, jusqu’au 27 juin 2021
 
Le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) a donné  carte blanche à l’artiste et performeuse autrichienne Jakob Lena Knebl. Son directeur  Marc-Olivier Wahle l’a invité après avoir découvert au Mumok de Vienne en 2017 son "Walking on Water".
 
Kenb 2.jpgCette nouvelle exposition propose une traversée dans l’histoire des collections du musée selon une scénographie surprenante. Jakob Lena Knebl pour investir une collection a toujours besoin d'une œuvre clé et celle de Schwabe fut parfaite. Ses femmes en colère et effrayantes lui rappelèrent les couvertures des magazines d’horreur qu'elle aimait enfant. Ces images qui à la fois l'horrifiaient et la fascinaient l'ont donc inspirée.
 
Knebb 3.jpgA partir de là la plasticienne-curatrice, dans des scénographies pleines d'humour,  pose des questions et change nos perceptions en traitant l’histoire de l’art, du design, du corps dans l’espace et de la façon dont les identités sont façonnées par les personnes, les choses, les événements, les théories et les genres. Elle a pu  choisir parmi des couverts, des vêtements, des montres, des peintures à l’huile et des sculptures  du musée afin de faire "tourner" différents récits et présenter des œuvres de la haute culture en même temps que des choses de la vie quotidienne. Et ce dans la joie et le désir de reconstruire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

31/03/2021

Philhelm et le déclin des temps

Philhelm 2.jpgL'approche de Philhelm est le fruit d’une révélation : « les Dieux sont venus un jour à ma rencontre ! Ils daignèrent me présenter leurs messagers en héros accompagnés de leurs sphinx : Qu’ils me pardonnent si j’ose les citer dans la joie de mon cœur, même si je ne mets nulle mauvaise honte à leur demander grâce ». L’œuvre devient ainsi une remontée. Mieux : une régénérescence. Philhelm fait revivre des légendes, des connaissances perdues et des civilisations parfois ensevelies. 
 
 
Philhelm.jpgSa manière de les aborder vaut mieux que tous les traités d’archéologie même s’il leur emprunte quelques bribes. « Je décline les couleurs dans une correspondance avec les images et les écritures originelles pour retrouver une infime histoire du passé dans laquelle mon monogramme aurait toujours été présent tel un archétype » précise encore le créateur. Chaque monogramme cadre et décadre les repères proposés même par la postmodernité.  
 
Philhelm 3.jpgHabité et totalement "hors cadre" l'artiste alsacien est le  modèle parfait d'un irrégulier de l'art. "Derrière ma vie de reclus demeure la quête du Graal du XXIème siècle. On l’a soigneusement enveloppé et caché, on s’est bien gardé d’allusions à la chanson de gestes. On a voulu faire des êtres l’inverse de héros humains ou animaux.  On a fait détester les légendes. Il faut pourtant un orgueil intellectuel pour prendre les armes et retrouver la direction du vol  de l’oiseau" dit celui qui offre l’éclosion des mondes enfouis, perdus, oubliés, estropiés. Philhelm n'en signale pas la perte mais accompagne leur renaissance "réactionnaire" au sens premier du terme. Dès lors - par son graphisme particulier bien plus moderne qu’il l’imagine lui-même - ces lieux, plus qu’un retour, signalent une avancée. Du temps où les dieux étaient les hommes, l'artiste prouve que leur puissance passait par des symboliques aujourd'hui anéanties par fausse superbe et ignorance. Cela permet en outre de prendre la mesure de l'espace et du temps. Ils sont soudain ouverts à un cosmos auquel l’artiste reconduit  dans l'espoir que les hauts esprits des cultures oubliées nourrissent une science-fiction inédite et inversée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret.