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16/02/2021

De Bâle à Paris - Jean Tinguely

Tinguely bon.jpg"Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au coeur de Paris", Museum Tinguely, jusqu'au 9 mai 2021
 
Dans l'oasis de l’impasse Ronsin, au milieu du quartier Montparnasse de Paris, qui regroupait  une colonie d’artistes uniques, fut connue comme un lieu de fête, d’innovation, de création. Jean Tinguely y a eu son premier atelier, à partir de 1955. Il y jeta les bases de toute son œuvre, ses premières sculptures en fil de fer motorisé comme les "Meta-Herbins" et ses sculptures sonores cinétiques comme "Mes étoiles". Il y collabora avec Yves Klein et y rencontra Niki de Saint Phalle. Il s'y sépare d’Eva Aeppli, qui avait déménagé avec lui de Suisse à Paris en 1952.
 
Tinguely.jpgAvec «Impasse Ronsin. Meurtre, amour et art au cœur de Paris », le Musée Tinguely consacre la première exposition à ce réseau insolite qui faisait souvent la une des journaux. S'y redécouvrent   plus de 200 œuvres d’artistes divers :  Constantin Brancusi, Max Ernst, Marta Minujin, Eva Aeppli, Niki de Saint Phalle, Larry Rivers, Andre Almo Del Debbio et Alfred Laliberte. Le plan de l’exposition est basé sur le plan architectural d'une telle colonie non pénitencière et creuset d'un art cosmopolite.
 
Tinguely 2.jpgL’impasse Ronsin est connue aussi en tant que théâtre de l’Affaire Steinheil, mystérieux crime passionnel. Le double meurtre, commis en 1908 dans le seul grand bâtiment formel de l’impasse. Il créa des liens avec une histoire salace sur la mort du président français Félix Faure près d’une décennie plus tôt et alimente toujours la légende de l’impasse. Cet espace d’ateliers prit fin en 1971 avec le départ du dernier artiste, le sculpteur Andre Almo Del Debbio, laissant la place à la construction d'une extension de l’hôpital Necker adjacent. L’exposition du Musée Tinguely vise à refléter cette diversité d'un  lieu souvent décrit comme minable, sale et précaire, mais qui offrait aussi la liberté totale aux artistes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

05/02/2021

Les chassées de Claire Genoux - nuit et brouillard

Genoux 1.jpegClaire Genoux est née à Lausanne.  Elle y publie en 1997 son premier livre de poésie, Soleil ovale, aux éditions Empreintes. Elle poursuit une œuvre qui explore le deuil et la mémoire, entre présences fugitives et évocations des lieux de l’enfance, marquées par l’hiver et la tombée de la neige. Elle publie aussi des fictions dont le superbe "Lynx" en 2018 aux éditions José Corti. La créatrice n'admet pas les flétrissures voire bien plus que les maîtres laissent aux femmes.  
 
Genoux.jpegEt "Les seules" sont les prisonnières d’un paysage d’hiver, entre les baraquements, les barbelés, les coups, la neige, les arbres, les corps tombés des wagons. Elles disparaissent, entre les cris des hommes, les fusils et les chiens de guerre. Privées de mère deviennent les jouets de l’Histoire et de sa violence. L'auteure n'ignore rien de leurs supplices, de leur angoisse. Toutes restent à peine des rescapées : juste des survivantes de glaçantes épures aux lueurs d'incendie là où bien des rois Lear n'ont que faire de leurs diphtongues meurtries.
 
Ces femmes renvoient bien sûr à la Shoah mais l'auteure en étend le cercle. Fantômes que fantômes, les hommes les traversent et "Les seules restent là, à ne peser plus rien que le poids des âmes oubliées entre les arbres." Mais dans une sorte de sourde résistance là où les hommes "ne viennent jamais rechercher ce qui reste" et veulent les arracher à la mémoire, à leur enfance, violer leur passage, franchir leurs sexes et leurs langues, Claire Genoux leur redonne voix. Elle rappelle une porosité pour les chassées de l'histoire générale du monde et la valeur d'usage que celle-ci leur accorde. Existe donc le chant des échouées de divers camps où sont exécutés des sentences en un hiver qui a tant duré que nous ne savons plus dans quel passé gît la honte à venir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Claire Genoux, "Les Seules", Editions Unes, Nice, 2021, 136 p., 21 E..

10/12/2020

Entre Lyon et les pays de Savoie : Philippe Mugnier attentif biographe

Mugnier.jpgDe son grand-père, le Haut-Savoyard Philippe Mugnier ignora longtemps jusqu'au prénom. On le nommait "Le Lyonnais" tant dans la région de Taninges et des Gets il paraissait fringant. Son élégant costume trois pièces, sa montre à gousset en imposaient et signalaient une condition bourgeoise plus que montagnarde.

Munier 2.pngLa chambre de l'aïeul disparu (en 1907) fut pour l'enfant un refuge. Il y cohabitait avec tous ses "fantômes mis sous cadre", si bien que ce grand-père devint un "tuteur déroutant", une présence bien plus qu'une absence. Il fit son héros de celui qui roula sa bosse par villes et montagnes. Il en retrace l'existence au moment où la ferme du fantôme doit disparaître.

Munier 3.jpgSon livre en devient le miroir (illustré) et ramène aux origines de l'écriture du petit-fils et à ses émotions d'enfant puis d'adulte conséquent. Au sein d'une histoire économique, politique et sociale, entre réussites et errances, l'auteur recrée une de ces "vies minuscules" (Pierre Michon) qui font l'histoire. Et celle du "Lyonnais" devient ici une existence (presque) imaginaire et une méditation sur le temps.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Mugnier, "L'homme au balcon", 272 p., 39,90 E., 2020. Commande : voir Facebook de l'auteur.