gruyeresuisse

29/06/2022

Corps nus et vérité du monde : Stéphane Fretz 

Fretz 3.jpgStéphane Fretz, "Mondes", In Media Res, n° 12, artfiction, mai 2022, Genève- Lausanne.

Reprenant l'idée de  Valéry ("ce qu'il y a de plus profond dans l'homme c'est sa peau") et avec  un texte inédit de Michel Layaz, Stéphane Fretz réinterprète le thème de la nudité.  Et dans son aspect post-warburgien il continue son travail de rassembleur et de créateur.

A chaque regardeur (plutôt que voyeur) d'interpréter ce qu'il voit. Fretz.jpegL'artiste ne cherche pas à prouver : il propose des lignes et des surfaces de "réparation" qui sont des "marges" à suivre. La nudité telle qu'elle apparaît ici efface le temps ou le retient. Existe une magie suprême  d'une face cachée mais lumineuse d’avalanche ou d’Ascension incarnée. 

Stéphane Fretz sait comprendre sans s’emparer, traduire sans réduire. Mettre à nu sans déflorer. Renaît la  lutte - entre les corps et le Corps, le monde et les mondes, entre l'Esprit et les esprits - un désir peut-être de réconciliation entre vues et voyeurs. Un rien dénaturalisée l’apparence apprend à se méfier de sa propre séduction. Le réalisme ou plutôt la figuration rapproche inconsciemment d’un souffle de l’amour dont on ne saura jamais rien sinon ce que Fretz en suggère à travers une histoire revisitée du nu dans la peinture.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/06/2022

Loïc Riom et Marc Perrenoud : approches sociales de la musique en Suisse

Riom.pngC'est parce qu'il n’existait en Suisse que peu de recherches en sciences sociales sur la musique et que les connaissances sur ce sujet restent très éclatées, ce livre a été conçu afin d’esquisser un panorama du fait  musical helvétique à travers la contribution de nombreux chercheurs.
 
Ils soulignent combien la vie musicale est foisonnante dans tous les cantons.  Et une des particularités des pratiques d’écoute dans le pays tient au fait qu’elles s’inscrivent dans les modes de consommation de ménages qui bénéficient souvent d’importants moyens d’accès à la culture.  En conséquence la Suisse importe beaucoup de musiques et constitue un marché  non négligeable malgré la taille réduite de la population. Mais la production locale n'y est pas négligeable. S'y cristallisent parfois des mouvements des  luttes urbaines et des grandes manifestations dans différentes villes du pays et notamment à Zürich.
 
Riom 2.jpgLe fort taux de pratique musicale a pour conséquence de fournir aux professionnels des opportunités supplémentaires en termes de rémunération, mais aussi d’insertion professionnelle. En cela, le marché de l’emploi musical suisse possède une structure tout à fait particulière. Le tout dans une pluralité d’embranchements : de la musique classique à la musique populaire. Cet éclatement traduit le caractère diversifié des  genres musicaux et ce non sans ressemblance avec ce qui se passe dans les pays occidentaux.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Loïc Riom et Marc Perrenoud, "La musique sous le regard des sciences sociales", Editions Université de Genève, 2022, 190 p., 15 CHF.

18/06/2022

Vincen Beeckman et les teenagers

Vincen 3.jpgVincen Beeckman, "Teen Spirit", Espace Jörg Brockmann, Genève.
 
Dans la série "Teen Spirit" prochainement exposée à l'Espace Jörg Brockmann à Carouge avec l'aide des étudiants de la filière artistique du Centre de formation professionnelle Genève, Vincen Beckman  présente un corpus passionnant.
 
 
 
Vincen 2.jpegBeeckman travaille avec des adolescents qu'il essaie de comprendre et de retranscrire le quotidien. Ce projet est autant documentaire que collaboratif puisqu'il intègre les jeunes dans ce travail et leur donne "voix". Et cette collaboration des plus participatives avec des populations souvent inaudibles et invisibles constitue une composante centrale du travail de Beeckman.
 
 
De tels échanges entrainent une relation de proximité qui souvent se construit à travers des institutions de formation ou de soins. L'artiste devient ainsi autant photographe que  médiateur et éducateur émancipateur des voix multiples loin des clichés communs.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret