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14/04/2021

La peinture comme voyage en solitaire - François Aubrun

Aubrun.jpgFrançois Aubrun, "Oeuvres sur papier", galerie LIGNE treize, Carouge - Genève, du 17 avril au 31 mai 2021.
 
François Aubrun (1934-2009) a défini son  travail dans une phrase essentielle :  "L’acte de peindre se passe seul et il ne faut jamais souffrir de solitude si on veut peindre. La peinture n’est pas un métier, c’est un cheminement qui se conduit uniquement dans la solitude." Fidèle à son principe il a peint pendant soixante ans dans son atelier  à côté de chez Cézanne, face à la montagne Sainte-Victoire.
 
Aubrun 3.jpgToute son oeuvre montre l’indicible et par exemple  la transparence de la brume "quand le matin elle pèse plus lourd que le ciel" écrivait encore l'artiste. Il a toujours cherché une liquidité du paysage, liquidité qu'il concevait comme "le féminin, la rivière, la Seine, la brume de Sainte-Victoire".. De ces lieux il a tiré un trouble, une lumière et le silence.
 
 
Aubrun 2.jpgIl en a restitué la lumière, voire le silence. Le tout attiré par le regard qui le poussa à la création. Elle donne à voir comment les choses  se font en suffisant d'attendre : " à force de regarder les choses, elles vous regardent."   Celui qui fut directeur de l’École des Beaux-Arts de Toulon de 1974 à 1980, puis professeur de peinture à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1992 reste un artiste autant majeur que discret et dont l'oeuvre reste saillante par le trouble qu'elle génère.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

12/04/2021

Espèces d'espace Philippe Giacobino

Gioacco bon.jpg"Nouvelles encres" de Philippe Giacobino,  Galerie Marianne Brand, Genève, 17 avril au 7 mai 2021.

 
Philippe Giacobino vit et travaille à Genève. Il a exercé la psychiatrie en conciliant cette pratique avec l'art et en cherchant à développer leur complémentarité. Ses encres sur papier sont inspirées des forêts, des plaines, des montagnes ou des arbres. Ces paysages sont filtrés par son imaginaire pour le porter vers une forme d'abstraction particulière.
 
Gioacco.jpgL'artiste rappelle la certitude qu'il existe dans l'image comme sous la"peau" de  l'inconscient quelque chose que nous ne voyons pas. Nous faisons ici l'expérience d'une sorte d'infini dans cette paradoxale proximité. Nous éprouvons au contact de telles images que sentir est affaire d'espace et de lieu.
 
Le regardeur éprouve des courants d'air, leur hantise, leur piège. Leur pendaison aussi. Souvenons nous alors de la fameuse histoire écrite par Pierre Bettencourt : un bourreau installa un homme sur un gibet. Mais le premier trouva la corde trop froide et givrée. Elle coulissait mal. Il dit au condamné de l’attendre puis partit prendre un café avec une amie de passage. Le temps filait et le bourreau ne revenait pas. Lassé, la victime finit par se passer la corde autour du cou et du pied il fit basculer la trappe…
 
Giacco 2.jpgEt ici les encres dans leurs vagues laissent toujours en état second ou tiers. Existent par exemple des plans inclinés jusque sur des jardins abstraits. L'artiste agite des images en oscillations, sauts grenus. Tout est volontairement incomplets, bancals en des paysages insolites dont il donne des versions minimalistes. Elles sont autant de trouvailles aussi  sournoises que traîtres. Mais il faut les croire, en épouser les sillons, les fractures. Le créateur feint d’aimer le lisse. Mais beaucoup d’accidents surgissent. Pullulation après l’éclipse. Nous percevons l’inattendu, le rarement visible.  Il n’y a plus d’arrêts, de répits.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
 

08/04/2021

Le "Living Theatre" de Gianni Motti

Motti.jpgGianni Motti est un artiste contemporain suisse iconoclasme. Dessins, installations, performances, actions, vidéos, photographies lui servent très souvent de ce qu'il nomme ses "revendications" qui marie une forme d'appropriation à un terrorisme ludique et l'humour acerbe.Motti 2.jpg
 
Il fut un temps (1986) où il revendiqua l’explosion de la navette spatiale Challenger. Elle passa même par les agences de presse, auxquelles il envoya la photographie de son visage couvert d’une cagoule noire, tenant la une de La Repubblica titrant sur l’accident mortel. La photographie s’accompagne d’une lettre de revendication, en majuscule, avec une étoile noire cerclée en guise de logo.
 
 
 
 
Motti  4.jpgMais il ne s'est pas arrêté  en si bon chemin. En 1992 il revendique un tremblement de terre californien ainsi que plus  des tremblements de terre alpins. Se définissant comme autodidacte son oeuvre reste en prise sur le réel non seulement tectonique et technologique mais économique, politique et même sportif.
 
 
 
Motti 3.jpgSon actionnisme indirect provoque comme conséquence directe  ses œuvres d’art. En 1996, il se présenta  comme candidat, depuis la Suisse, aux élections présidentielles américaines. Un an plus tard il s’invita à la 53e session de la Commission Internationale des Droits de l’Homme à Genève où il parvient à occuper le siège vacant du délégué indonésien et prend la parole en faveur des minorités culturelles. Mais ce ne sont là que quelques exemples de ses bienfaisantes mauvaises actions. Elles prouvent que l'art garde toujours quelque chose d'intéressant à dire et montrer en le transformant en un "living theatre" espiègle et engagé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
De l'artiste : Gianni Motti, Monographie, Presses du Réel  et Migros Museum, Zurich, 264 p..