gruyeresuisse

19/01/2020

Mariette chamane et cat-woman

Mariette.jpgMariette , une nouvelle fois , répare le disjoint dans une oeuvre de piété athéologique qui est une résistance à tous les enfermements. . Descendante de Borée et de son souffle, elle ne cesse d’ouvrir les champs des possibles dans des opérations à coeurs ouverts ou ravaudés.Une force primaire, vent ou Titan, souffle sur cette oeuvre qui redonne aux arts dits singuliers une beauté qui n'a rien de bricolage.

mariette 2.jpgPour autant Mariette ne se prend pas pour une démiurge .  Elle taquine le sacré et sa relique avec fantaisie mais sans flagornerie au nom d'une scansion vitale : l’inerte est remplacé par le vivant dans la justesse de tangage que l'artiste lui attribue. Son travail de fourmi mais aussi de cigale va et vient pour transformer les vanités classiques en monstres opérationnels.

 

 

 

 

Mariette 3.jpgDes anges coulent des pampres et ceux-là deviennent des cornes d’abondance. S’y traduit le mélange des genres au sein de morceaux décomposés, renoués, tordus, enchevêtrés. La fantaisie visuelle propose des anamorphoses poétiques inédites. Et Mariette réinvente à sa main des hauts lieux de l’imaginaire. Il perce le réel tout en déployant ludiquement l’effacement de tout but étroitement religieux. L’art se réinvente par harnachements et rébus d'une virtuosité exceptionnelle là où tout reste en vibration, commotion, chocs, braises et brandons magiques.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mariette "Substances d'immortalité", Bibliothèque Jules Vernes, 7éme biennale des z'arts singuliers et innovant, Saint Etienne, février 2020. Et voir le site de l'artiste

18/01/2020

Jacques Monory : écran bleu pour nuit blanche

Monory.jpgEvocatrices de la folie quotidienne ou meurtrière les œuvres bleues (mais parfois roses) de Jacques Monory ont conjugué depuis les années 60  la reproduction fidèle du réel - notamment à travers des images traditionnelles et stéréotypées de la vie américaine - et toute une fantasmagorie onirique. Cette percussion opère une indéniable impression de malaise, un sentiment de fin du monde, comme si les choses, et surtout la lumière et le soleil, étaient soudain devenus fous.

Monory 2.jpgOn se souvient par exemple d’un paysage pour une fois non "made in USA" mais un paysage égyptien avec sphinx et pyramides et comportant un texte comme "dactylographié" dans la toile. Il s'intitule "L’observateur et l’observé". C’est à un renversement ironique des rôles, exploité dans son ambiguïté, que nous convie toutes les œuvres de l'artiste. Elles retracent la position d’un homme qui peint dans le bonheur de sa solitude et qui se figure en peinture pour ne pas mourir de la folie du monde.

Monory 4.jpgSes tableaux miroitent d'une réflexion incisive sur la planète et ses figures à prendre et à jeter, comme l'amour qui dans ses oeuvres se prend et se jette comme un kleenex. C’est pourquoi il faut aimer le bleu de banquise des travaux de l’artiste. Mais il ne faut pas se contenter de glisser dessus. Il convient de regarder ce qui se passe à l’intérieur et de comprendre comment les choses émergent des toiles. Elles donnent au jour une apparences nocturne. Si bien qu'elles demeurent des écrans bleu (ou mauve) de nos nuits blanches.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Monory, Fondation Maeght, du 28 mars au 14 juin 2020.

07/12/2019

Melodie Mousset : extensions

Mousset 2.pngMélodie Mousset, "L'épluchée", Centre Culturel Suisse, Paris, décembre 2019 - février 2020.

Mélodie Mousset utilise son propre corps pour cartographier, indexer et narrer un "je" dont la narration implique le surgissement d'un "moi" mais aussi d'un "ça" car son corps paraît lui échapper tant il est en métamorphose lorsqu'elle cherche à en prendre possession. Afin de le capter elle utilise vidéos, sculptures, installations, performances ou réalité virtuelle.

Mousset.pngTout se passe dans un monde contemporain où la réalité numérique trace, enregistre et analyse les déplacement et désirs de ceux qui deviennent dit-elle des «citoyens transparents». L'univers qu'elle imagine est une surexposition : les corps s'y heurtent, difformes, estropiés, remplis d’organes.

 

Mousset 3.pngToute son oeuvre (dont la vidéo "Intra Aura" (2019) présentée pour la première fois au C.C.S. accompagnée d’éléments sculpturaux disposés dans l’espace d’exposition) est une manière d'échapper à la schizophrénie (peut-être héréditaire) de sa mère. L'art crée  la désincarnation du corps en utilisant des matières détournées de leur fonction première afin que l'artiste se déconstruise elle-même dans le but de se retrouver. Elle a fait  répliquer ses organes vitaux en 3D et en cire en les insérant dans l’histoire de la médecine et la tradition religieuse des ex-votos.

Mousset 5.pngElle s’engouffre parfois dans un réseau de caves souterraines à la recherche de vestiges antiques là où une stalagmite devient l'image minérale-organique d’un corps en construction. Elle a aussi créé un jeu vidéo interactif ("HanaHana") où un désert est peuplé  de mains et ou chacun peu laisser sa marque de passage. Tout s’apparente à une expérience schizoïde de l'espace et du temps au moment où l'artiste devient primitive de son futur en une sur-voyance et une sur-vie.

Jean-Paul Gavard-Perret