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01/10/2022

Les maisons de l'être  de Françoise Magnier Giraud

Giraud 1.jpgFrançoise Magnier Giraud est née à Annecy entre lac et montagne. En cet espace alpin elle a appris à apprivoiser les courbes et la lumière pour les transférer dans ses sculptures où corps et esprit se rejoignent par le travail de deux  matières élues  : "La terre et mon esquisse, mon vertige est dans le bronze" dit-elle.
 
Les personnages qui sortent de l'imaginaire et les mains de l'artiste possèdent une poésie particulière. Parfois ce sont des figurines de cirques ou de contes qui suggèrent autant de jovialité qu'une certaine nostalgie. Giraud 2.jpgCe sont souvent des femmes créées dans la lueur du matin à l'éveil des sensations, "corps en tension, corps en extension, vertèbres toutes déployées à s’en rompre le cou, le dos, les cervicales" pour mieux éprouver et faire ressentir le vertige de la femme. Et sans doute aussi de l'amour qui ainsi se partage pudiquement mais non sans majesté.
 
Giraud 3.jpgLa Haute Savoyarde ne cesse donc dans un travail de perfection  d'exprimer le corps, ses multiples sensations sans avoir besoin de jouer d'une quelconque provocation. Il s'agit de créer au plus juste et loin d'effets d'emphase là où le toucher crée le mouvement Il arrive souvent que comme dans sa série "Vertige" de telles pièces deviennent des confidentes de l'artiste. Elles demeurent autant - par la rigueur d'un tel travail - la maison de son être. Et du nôtre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

23/09/2022

Nature et abstraction : Stéphane Spach

Spach.jpg

Sté­phane Spach par ses pho­to­gra­phies, sug­gèrent com­bien le jar­din comme la forêt sont pro­pices à dif­fé­rents types de chants et champs visuels. Sous leur appa­rente immo­bi­lité hié­ra­tique, bouillonne un rema­nie­ment que l'artiste travaille. Il est spé­cia­liste de la pho­to­gra­phie d’architecture et d’espace, il est donc tou­jours proche de la nature dont la prise crée des pay­sages fan­tas­més et théâ­tra­li­sés par les élé­ments qui le consti­tuent. 
 
Spach 2.jpgDans ce but, il glane et col­lecte avec un souci de sous­trac­tion pour ne lais­ser pré­sent que des élé­ments choi­sis à des­sein. Il s’agit de délier l’objet, de le déga­ger de ses liens, afin de le sug­gé­rer autre­ment au sein d’une célé­bra­tion mys­té­rieuse et poétique. La réa­lité n’existe que par la pro­jec­tion qu’il s’en fait. La sub­jec­ti­vité est donc de mise. Il s’agit non de repré­sen­ter mais de re-présenter jar­dins et forêts dans ce qu’elles génèrent d’imaginaire, de symbolique.

 

Spach 3.jpgStéphane Spach joue d’un mou­ve­ment entre un appa­rent natu­ra­lisme et l’abstraction vers laquelle ses oeuvres tendent et où l’oeil se perd dans une rêve­rie. Car, si rien appa­rem­ment n’est plus éloi­gné du pay­sage que l’abstraction, elle offre ici par elle-même un paysage. Du pay­sage de l’abstraction, Le photographe est donc pas­sée à l’abstraction du paysage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Véro­nique Masu­rel &  Sté­phane Spach, "La nature dans tous ses états", Espace Martiningo, Cham­béry, Expo­si­tion du 24 sep­tembre au 9 octobre 2022. "

29/06/2022

Stéphane Belzère entre le réel et l'imaginaire

Belzere 2.jpgFils des peintres Jürg Kreienbühl et Suzanne Lopata, le franco-suisse Stéphane Belzère après des premières œuvres influencées par le réalisme de ses parents, débute en 1995 une série de peintures, "Les Bocaux anatomiques" où il peint des cerveaux et des organes d’animaux conservés dans des bocaux de formol.  Ce motif source d’attraction et de répulsion est devenu obsessionnel chez cet artiste et lui permet un dialogue entre la chair  et la matière peinture relevée par les couleurs et la transparence du liquide.
 
Belzere.jpegIl poursuit cette thématique de la chair, non sans humour, dans ses "Tableaux-saucisses" notamment, à partir de sa propre collection d'aliments en conserve puis avec ses "Tableaux longs" fruits d'une observation minutieuse des sédiments déposés au fond des bocaux de préparation anatomique. Les strates de matières délitées et agrandies évoquent des paysages glaciaires ou intérieurs, des mondes réels ou imaginaires, entre figuration et abstraction.
 
Son travail révèle un monde qui impacte l’informe et la forme, l’organique et la chair, l’intérieur et l’extérieur. Stéphane Belzère cherche à voir à travers le visible, comme par transparence, la vie des formes et les formes de la vie. Le Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg lui consacre actuellement une exposition, "Mondes Flottants", où sont présentés deux cents "flûtes" (bocaux de mammifères, reptiles, etc.) du Musée Zoologique de la ville, en regard de ses peintures ainsi qu'une installation ("Les Mains des Anges"), œuvre participative et évolutive dans laquelle l'artiste met en bocal le moulage d’une main, en pleine complicité avec les visiteurs du musée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret