gruyeresuisse

26/11/2021

Cathy Josefowitz sans contrefaçons 

Jos.jpgConçue par Claire Hoffmann et Elise Lammer, dans le cadre d’un projet initié par Elise Lammer et réalisé et présenté conjointement par le Kunsthaus Langenthal, le Centre culturel suisse et le MACRO Roma, "The Thinking Body", est l'exposition la plus importante de l’œuvre de Cathy Josefowitz (1956–2014). Est présenté l’ensemble de la production de l’artiste. Peintures et dessins dialoguent avec son travail chorégraphique. C’est le corps en mouvement qui constitue le cœur de son travail. Cette rétrospective met en lumière la contribution de Cathy Josefowitz à l’histoire de l’art et à la danse contemporaine et est l’occasion de découvrir une artiste dont l’œuvre reste encore largement méconnue.
 
 
jose 2.jpgToute sa vie, elle n’a cessé de déconstruire la hiérarchie entre les arts dramatiques et les arts visuels et, grâce à des œuvres dont les dimensions et l’expression reflètent la portée et l’impact de son propre corps, son œuvre personnifie une réconciliation de deux médias souvent traités comme disparates dans l’histoire de l’art. Le corps - en mouvement et par rapport aux autres corps - constitue le cœur de son travail.
 
Jose 5.jpgAyant quitté cette vie à Genève en 2014, Cathy Josefowitz laisse un héritage de plus de 3000 œuvres d’art couvrant une période de plus de quarante ans. Si le travail de Josefowitz a rarement été exposé de son vivant, l’œuvre vaste de l’artiste suisse cosmopolite peut maintenant être repensée dans le contexte des discours actuels : il résonne étrangement à la lumière de la résurgence en Europe et dans le reste du monde occidental des questions identitaires relatives au corps, à son expression et à sa représentation par les autres, ainsi qu’à l’émergence d’une nouvelle syntaxe de militantisme féministe.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Cathy Josefowitz, "The Thinking Body", C.C.S., Paris, du 28 novembre 2021 au 30 janvier 20221.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

02/11/2021

Fabienne Radi autobiographe de Nina Childress

Et9WMeEvKWQ9aB0VIje6OJ (1).jpg«Nina Childress 1081 peintures» et «Autobiographie de Nina Childress» par Fabienne Radi, coédité par l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, le FRAC Nouvelle-Aquitaine MECA et la Galerie Bernard Jordan, 2021, 752 p. et 248 p.
 
Childress 2.jpgFidèle à son esprit frondeur appuyé toujours sur une solide connaissance de ses sujets Fabienne Radi présente l'autobiographie mais à sa propre main de Nina Childress». Insolente et drôle elle revisite un aspect méconnu d'un art lui-même impertinent et longtemps relégué au rang de mineur. Mais les choses changent. 2021 se termine pour l'artiste par deux livres majeurs : l'un énorme rassemble 1081 de ses peintures, l'autre cette "autobiographie" parfois farcesque -mais pas que - où  Fabienne fait dire à l'artiste ce qui sans elle n'aurait jamais pu être avoué. Preuve que le regard d'une autre perfore certains silences.
 
Childresse.jpgCette  "autobiographie" rappelle comment les galères ont précédé les galeries pour l'artiste doublée ici par son ironique hagiographe. Les succès et les échecs alternent pour Nina Childress. Par l’enseignement (à l'ENSBA de Paris) trouve une assise avant que le Mamco  lui donne une reconnaissance. Dans sa rétrospective montée par Christian Bernard l'artiste s'amuse et trouble par exemple avec Sissi, Hedy Lamarr - autre impératrice - et divers tableaux . Le succès de l'exposition va  lui ouvrir des portes. Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris lui achète trois grands tableaux. Ils jouent de l’imagerie populaire fidèle à la créatrice à travers Sylvie Vartan, France Gall et Jane Birkin.
 
Childress 3.jpgAvant il y aura eu le période Punk, la musique puis l'arrimage à une peinture à l'envers des glus stylistiques de l'époque. La boulimique méprise le concept et la théorie. Et la voici embarquée dans des aventures souvent sans lendemain auprès de  "Ripoulin", puis "Présence Panchounette". Dans ces conglomérats  la toujours jeune artiste développe une iconologie populaire où les nains de jardin ne sont pas oubliés. Elle sait qu'elle va dans le "juste" même si elle essuie plus de refus que des plâtres qui l'ouvriraient à la notoriété.  Mais Fabienne Radi donne tout le relief à ce parcours apparemment "non éduqué" et où l'artiste n'adresse des reproches qu'à elle-même dans un monde où le tout à l'égo remplace l'endurance et la patience. L'insolence de Fabienne Radi va comme un gant  à celle qui ne cesse de retourner dans son oeuvre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09/10/2021

Entre angoisse et jouissance - Sarah Battaglia

Battaglia 3.jpegSarah Battaglia sait maintenir son travail sur un fil ténu dans une dialectique entre le montré et le caché. Elle trouve le moyen de perturber toute tangibilité afin de créer une tension, une attention nouvelles. Par son œil, sa technique et son idée de la femme, l’artiste enfante chaque image dans le diaphane et fait de chacune de ses oeuvres une épreuve exemplaire de lumière. Toute pièce (dessin, sculpture, peintures, installations) fomente un point d’ouverture inédit. Dans les glissements ce ne sont pas les fantasmes conscients ou inconscients qui opèrent mais un engendrement de différents types de transparence et de cadrage.
 
Battaglia 2.jpgPar la récupération d'éléments organiques ses collages et dessins  scrutent d'une part les liens de l'inerte et du vivant et de l'autre l'envol des oiseaux. Se crée une mise en scène lascive faite d’abandon et de retenue. Tout se saisit à travers le suggéré et le traitement particulier des volumes au sein de techniques plastiques des plus fines mais solides. A la recherche de l’harmonie l'artiste décline des suites de secondes et de tierces afin d’embrasser du regard ce qui plutôt que de se montrer garde son mystère.
 
Battaglia.jpgNon pas sur le motif mais dedans. Ce n’est plus la femme qui montre son intimité c’est la peinture qui devient intime. D’où la fascination qu’elle suscite. Émerge une plastique décalée qui invite à pénétrer  dans un continent qui n'appartient peut-être qu'à la féminité. Sans la moindre exhibition triviale surgit le plus profond, le plus caché. Et d’une certaine façon le plus sacré : « intima spelunca in intimo sacrario » disaient déjà les Florentins.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
"Présence Volatile",  l'Espace Enchanté, Domaine de Rovorée à Yvoire en duo avec Yuki Aruga jusqu'au 26 novembre 2021, "La montée des os", Galerie du Tournant, Aiguebelette (Savoie) jusqu'au 17 octobre 2021.