gruyeresuisse

25/07/2021

Kira Weber : élargir le réel

Weber3.jpgKira Weber est née à Genève et vit actuellement en Grèce. Par son oeuvre  l'artiste creuse le cœur des choses par effet de surface. Sous  l'apparence réaliste, l’imaginaire domine néanmoins. L’artiste se situe à la charnière entre deux mondes comme elle-même voyage entre sa Suisse natale et la Crête dans une vision aussi momentanée qu'intemporelle qui tient d'une forme de célébration.
 
Weber.jpgPar ses natures mortes et la manière de les façonner selon une grammaire visuelle précise, surgit un univers de tendresse et d’intimité la plus pudique qui soit. L’atmosphère créée accorde une ressemblance à ce que nous ignorons encore. Il ne faut donc  pas chercher l'ailleurs ailleurs mais ici-même,  en une proximité qui provoque néanmoins une forme de distance face à ce qui ne dure pas mais que l'artiste rend non figé mais immuable.
 
Weber 2.jpgSa technique est parfaite. Loin de tout lyrisme Kira Weber se "contente" d’aller vers ce qui, se recréant, ne se pense pas encore et peut s'effondrer aux frontières d'un jour. Sans clinquant son œuvre impose moins un charme décoratif qu'une sidération à qui la contemple véritablement. Existent des connexions implicites avec les parfums du monde voire des respirations discrètement lascives. S'y ressent un frisson là où sous effet de réel tout est régi par une transfiguration poétique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Kira Weber, "Huiles 1994-2007", "Huiles 2007-2009", "Pastels 2003-2011" Editions Patrick Cramer, Genève.

24/07/2021

Petite fabrique du syncrétisme : Namsa Leuba

Neuba 3.jpgIssue d’une double culture occidentale et africaine, par son père suisse et sa mère guinéenne, Namsa Leuba fait dialoguer la cosmogonie africaine avec ses origines. Pour se rapprocher de la culture maternelle en 2011  en Guinée-elle participe à des cérémonies et des rituels religieux. Cette expérience est déterminante. Elle est la source de son projet "Ya Kala Ben". Ces premières approches la poussent à aller géographiquement et intellectuellement plus loin - en Afrique du Sud par exemple - et à étudier et mettre en images des mécanismes de syncrétisme.

 
Neuba.jpgAvec "Inyakanyaka" (trouble » en zoulou), elle désacralise les fétiches et leur charge mystique en les figeant dans une construction occidentale.  Tous ces travaux sont une manière d’interroger l’ambiguïté de l’ethnocentrisme, et de faire converger cultures africaine et occidentale. Le tout à travers  un récit culturel que la photographie incarne en un dialogue entre l’identité africaine et le regard occidental. Elle ménage un équilibre là où la présence humaine devient ambiguë et selon divers projets personnels ou commerciaux.
 
Neuba 2.jpgL’expérience sensible de la photographe "dévisage". Elle reste un acte plus de foi plus que de la raison. Mais une foi non dans la religion : dans l’art. L'artiste envisage la plénitude de vie de l'image contre le vide du langage. Toutefois elle va encore plus loin : pour elle, l'obscur et la clarté restent insécables. L’artiste ne veut donc en aucun cas chasser la prétendue  animalité de la nuit noire pour la remplacer par la majesté du Dieu occident. Elle joue de l’entre deux en refusant fusion ou confusion.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

21/07/2021

Kristin Oppenheim : la voix et l'espace

Opp.jpgKristin Oppenheim, MAMCO, Genève, jusqu'en décembre 2012
 
Pour Kristin Oppenheim, les voix tiennent lieu d'oeuvre d'art. Son installation sonore est  composée de sept séquences musicales. La voix s’approche, éveille l’attention et enveloppe en douceur. Une seconde voix, plus lointaine, se superpose à la première et élargit l’espace sonore. La spatialisation et la réverbération des voix permettent de reconnaître les distances et de prendre ainsi conscience du lieu. Le visiteur se retrouve en conséquence au milieu d'un  espace auditif où la voix a cappella conserve l’essentiel d'un chanson originale réduite à  une courte mélodie et une ou deux phrases.
 
Opp 3.jpgLa créatrice en appelle à la mémoire individuelle et collective en proposant un air déjà entendu et diffusé en boucle. Mais le chant permet de "jouer" sur toute la gamme des sentiments et des sensations primaires, à travers la vibration vocale, le balancement des voix. Le rythme proche d’une respiration crée des hantises vaporeuses. Si bien que les répétitions et les diverses tonalités cherchent à révéler des voix enfouies en chacun de nous. Le corps n’est donc plus un appareil capable de percevoir une voix. Il permet de redécouvrir les propriétés tactiles du son en un savoir vivant en écho à l'évanescence créée par l’absence du corps qui émet ce chant épuré dans l’espace.
 
Opp 2.jpgQuant aux paroles elles signalent aussi un manque et une distance vis-à-vis de l’autre. Suivant les mélodies choisies, l’artiste parfois aperçoit quelqu’un par la fenêtre, parfois elle est délaissée ou en pleurs. Néanmoins elle peut tout autant séduire avec le "Squeeze me tight" (Serre-moi fort) de "Starry Night" et son appel à l'autre et à l'amour dans un filet de voix qui se voudrait nasse enjôleuse.
 

Jean-Paul Gavard-Perret