gruyeresuisse

27/06/2020

Entre elles : Isabella Sommati

Sommati.jpgA sa manière et en photographiant les femmes d'une équipe de football Isabella Sommati leur donne un répit et un autre campement.  Le rôle que la société leur impose est changé grâce à l'aire de jeu.  Les sportives sont saisies ici backstage : à savoir dans le repli de leur vestiaire.

Sommati 2.jpgEt si parfois un dos anonyme est nu l'Italienne ne cherche pas pour autant à théâtraliser des scènes implicitement lesbiennes comme c'est souvent le cas dans le shooting du football féminin - en ce sens plus libre que son grand frère chez lequel l'homosexualité reste un tabou. L'artiste et ses modèles ne cherchent pas plus la pose et la beauté marmoréenne. La sueur au corps le fruit autant de la conquête d'un trophée que le plaisir de se retrouver dans un espace de liberté et de partage entre femmes.

Sommati3.jpgElles viennent des hauts ou des bas quartiers de la ville, de divers milieux et sont d'âges bien différents. Le vernis du glamour éclate. Le temps est à un hors cadre social loin du capot des robes et des fards. Plutôt que d'essayer les recettes de séduction les femmes redeviennent amazones en s'attribuant un sport par essence patriarcal dont elles transforment l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l'artiste.

20/06/2020

Vicky Martin et l'image "saccharine" des femmes

Martin bon.jpgVicky Martin est une photographe reconnue dans son pays d'origine (Royaume uni) comme à l'international. Son travail continue remporter de nombreux prix et nominations. La plasticienne explore l’identité et les émotions qui sont créées par ses scénarios. Ils mélangent le réel et l'imaginaire avec humour. De tels récits explorent l’attitude envers la beauté. Certains soulignent la nécessité de passer ouvre les attentes sociales, d’autres explorent comment ces stéréotypes entrent en conflit avec ce que signifie être une femme.

Martin.jpgDivers conflits entre la réalité et son fantasme forcent le regardeur à se poser des questions. Chacun y apporte ses propres perceptions et grilles de lecture. L'objectif de l'artiste est toujours le même : "Mon intention est de transmettre ces émotions et de les combiner avec des sentiments contradictoires d’ambivalence et de défi, car mon personnage est submergé par la pression sociale pour se conformer à l’idéal féminin." à travers portraits et natures mortes.

 

MarTin 2.jpgVicky Martin illustre la poursuite de cet idéal inaccessible de l’identité féminine. Dans cette série la créatrice ramène aux années 50 qui ont souvent conduit des femmes à ressentir des sentiments intenses de solitude et d’isolement. A cette époque elles ont été façonnées pour devenir "une image saccharine de la femme parfaite, de la femme parfaite et de la mère parfaite." dit-elle. Sa protagoniste et ses clones continuent de ressentir la même pression dans la société actuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vicky Martin, "(great) Expectations", www.vickymartinphoto.co.uk

Annie Leibovitz : éloge dela vie

Leibovitz.jpgAnnie Leibovitz pour sa nouvelle exposition  explore l’importance du sentiment d’appartenance au nom d'un humanisme qui s'oppose à tous les replis identitaires. Il comprend des images d’un projet réalisé par l’artiste avant la pandémie du coronavirus et des photographies récentes prises pendant le confinement. S'y mélangent portraits et photojournalisme avec humanisme et humour.

Leibovitz 2.jpgL'artiste explore en un premier pan des lieux habités par ses "modèles". N'y demeurent que des maisons vides, des paysages et des objets qui appartenaient aux disparus chéris.  Se découvrent les fleurs pressées de l’herbier d’Emily Dickinson, la surface usée du bureau de Virginia Woolf, des spécimensd'oiseaux préservés par Darwin, le squelette de serpent à sonnettes exposé sous verre sur sa table basse de la maison de O’Keeffe. Près de sa maison elle photographie aussi la petite colline rouge qui apparaissait si souvent comme un symbole monumental du sud-ouest américain dans ses peintures.

Leibo 3.jpgElle a photographié aussi pour ce projet les paysages de sa propre maison dans le nord de l’État de New York, où elle vécut le confinement. Tout cela donne un prolongement original à son oeuvre. Annie Leibovitz ne propose pas le théâtre du monde mais son double. A ce titre elle n’a cessé de répondre à l’injonction de Robert Bresson : "Emmenez moi loin de l’intelligence qui complique tout". Mais de fait son oeuvre reste un fantastique réveil pour l'esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Annie Leibovitz. Nature morte", Hauser & Wirth, New York, exposition en ligne, été 2020.