gruyeresuisse

30/06/2022

Mary-Laure Zoss le long de nos racines

Zoss.jpgMary-Laure Zoss vit à Lausanne. Son premier livre, "Le noir du ciel" fut publié  en 2007 aux éditions Empreintes.  Elle a publié ensuite chez Cheyne éditeur des recueils :"Entre chien et loup jetés", "Où va se terrer la lumière", "Une syllabe, battant de bois", "Au soleil, haine rouée" qui - à les lires à l'aune de son nouveau livre en  trois temps - en paraissent comme des esquisses
 
Zoss Bon 2.jpgToute une rythmique se crée en un subtil montage lui-même "tenu debout parmi ; dans une façon de vestibule – ciel // ramifié, claire-voie des oiseaux; d'où peut s'élancer quoi ; // avant l'irrecevable – dès lors qu'ainsi seulement on // évalue ce qui vient ; avant les feuilles, leurs rudiments frais //qu'on déplie". 
 
La vie ne cesse de se poursuivre en quête de ce qui finalement nous reste :  une âme trouée et un vieux corps à la recherche d'une pensée frêle (en rien idée courte) qui paradoxalement se muscle au fil du temps. D'une matière cahoteuse, la poétesse atteint des  escarpements sur lesquels il faut parfois buter. Mais le jeu en vaut la chandelle. C'est la bonne (ou la seule) manière de faire corps avec ce qu'il advient.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Mary-laure Zoss, "seul en son bois, dressé noir", éditions Fario, 2022, 80 p., 15,50 €

28/06/2022

Les perceptions de Silvia Bächli

Bachli.jpgSilvia Bächli, "Lange Linien lang", Weserburg, Museum für modern kunst, Brême,  du 4  juin au 9 octobre 2022

Depuis 40 ans, les œuvres à l’encre, au fusain, à la craie pastel ou à la gouache  de Silvia Bächli enrichissent le plus ancien genre des beaux-arts (le dessin) avec des impulsions nouvelles et inattendues. En témoignent ses "longues files d’attente".

Bachli 2.jpgObservatrice précise et sensible de l'environnement, elle se concentre sur le corps et ses mouvements mais son graphisme ne tente pas d’abord de les saisir intellectuellement.

Sur des feuilles  se trace la représentabilité des choses au-delà de leur reconnaissabilité visuelle.  A la représentation au sens classique se substitue la traduction du perceptible. L’exposition rétrospective met l'accent sur son travail récent : dessins, petites sculptures, collages et petits objets de livre.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2022

Fiona Mozley : Soho hier et le bel aujourd'hui

Soho.jpgFiona Mozley excelle dans le mélange des genres romanesques. Ici dans un Soho en prélude à son changement puisqu'il était voué à mourir. De temps en temps le soleil range l'encre gris du ciel et des ardoise comme sur les façades d'immeubles à ravauder ou plutôt à détruire  afin qu'une riche héritière accroisse sa fortune.
 
Mais là où les vieux murs alignent leurs briques, Précious - travailleuse du sexe en ce quartier promis à la reconversion - tente de faire que rien ne bouge. Et quoi de plus normal pour celle qui pratique le plus vieux métiers du monde ?
 
Soho 3.jpgTout ce roman de fait réinvente un peu la vie et soulève bien des questions en un moment où dans l'Angleterre post Brexit se mêle richesse et pauvreté dans une des grandes veines du roman britannique. Ce thriller - mais bien plus - ne nous rassure en rien : avec les femmes de petites vertu et une cohorte de flics dont l'une cultive une certaine,  nous nous éloignons d'un point que finalement nous allons rejoindre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Fiona Mozley, "Dernière nuit à Soho", traduit de l'anglais par Laetitia Devos, Editions Joëlle Losfeld, 1er septembre 2022, 352 p., 20 E..