gruyeresuisse

20/05/2019

Claudie Laks : imbroglio et passementerie

Laks 2.jpgClaudie Laks, "Colorigraphies", Espace Nicolas Schilling et Galerie., Neuchâtel, à partir du 25 mai 2019.

Claudie Laks invente un monde coloré fait de taches marquées avec intensité sur la toile. Le geste est donc essentiel même si, contrairement à d'autres artiste, c'est pour la plasticienne, le résultat qui compte. Jaillissent des lignes qui se fracturent en des mouvements circulaires et un assemblage de points dont la matière colorée suinte.

Laks.jpgSur d'autres surfaces blanches les couleurs deviennent des sortes de bourgeons ou de graines de différentes tailles. Tout explose et semble jailir des profondeurs de la matière. Les couleurs semblent se battre les unes contre les autres dans leurs constellations. Dans un tel imbroglio une passementerie prend la forme d'un louvoiement poétique. L’artiste crée bien plus que de simples abstractions de quintessence. Surgissent des espaces chancelants, des lueurs d’ornières où un réel sauvage se tatoue. Les pelotes de couleurs deviennent les fleurs brèves écloses au bord glacé de la neige du support. La nostalgie de l’irréel tombe en chute libre. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/05/2019

Vicky Martin: jambalaya

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Inspirée par la Dorothy de l’histoire du "Magicien d’Oz" Vicky Martin offre un voyage dans des espaces interlopes où la femme - dont ne sont vues que les jambes - va à la découverte d'elle-même, en tentant de surmonter ses doutes, sa peur, sa solitude. Nous passons de la fonction des gestes à leur fiction.

 

 

 

 

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Ce voyage ( en absurdie ?) entre réalité et fantasme est aussi sérieux que ludique. Une figuration vintage souligne l'obsolescence possible d'une telle dérive. Les poses ne renvoient qu'à elles-mêmes au sein  d'une plénitude en partie désimagée par le hors champ qui devient quasiment une réalité concrète dans un leurre du leurre.

 

 

 

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Rien n'a lieu sinon  les lieux de passage et de feinte là où tout voudrait s'ouvrir à un accomplissement qui tarde à voir le jour. La théâtralité est constante à travers des images compactes. Elles dissimulent une réalité qui est peut-être une absence d'être, un vide - peut-être plus  métaphysique qu'affectif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/05/2019

Maria Sauze et le burlesque californien

Sauze 2.jpgMaria Sauze hante les boîtes de nuit de Los Angeles pour photographier les danseuses d'un nouveau burlesque. Les saisir "c’est comme écrire de la poésie. Je capture le mouvement comme une métaphore pour exprimer la subtilité de "l’art de taquiner", comme j’utiliserais des mots pour exprimer l’empathie dans un poème." écrit-elle. Et elle y réussit parfaitement.

 

 

 

 

 

Sauze 3.jpgElle fait bouger des ombres jamais appesanties. Loin des sables humides de l'amertume la vie devient un roman photo. Mais pas n’importe lequel : un roman du regard dont les personnages divaguent. Leurs corps semblent n'offrir aucune résistance au plaisir de l'instant. L'effet de nuée contredit le réel. Existent des trajectoires inachevées et en suspens.

 

 

 

 

 

Sauze.jpgLa danseuse se révèle en son essence, elle y affirme sa différence comme présence puissante et immanente dans ses chorégraphies aguichantes et ludiques pour que, pendant un temps, s'oublie le dehors. Il n'y a rien à craindre et tout à rêver dans les courbes baroques de l'écriture photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret