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28/06/2021

Olafur Eliasson à la fondation Beyeler : l'oeuvre au large

Eliasson  1.jpgLorsque Sam Keller, le directeur de la Fondation Beyeler et Olafur Eliasson ont parlé pour la première fois de l’exposition, l'artiste a pensé :  "Pourquoi n’invitons-nous pas tout le monde au spectacle ? Invitons la planète – les plantes et diverses espèces." Car l'artiste depuis  début des années 1990, s’intéresse à la perception et aux conditions cognitives et culturelles qui la façonnent. Pour lui la vie  commence par une rencontre active avec elle et sa perception.
 
Eliasson.jpgDès lors l'exposition présente un modèle pour un paysage futur. C’est hospitalier. Le plasticien a décidé d’enlever les limites structurelles qui empêchent l’extérieur de l’institution. Et Renzo Piano, qui a construit le musée, a autorisé le  créateur à retirer la façade vitrée du bâtiment. L’exposition reste donc en constante transformation, et quiconque visite le parc entourant la Fondation Beyeler à Bâle peut voir l’œuvre au fur et à mesure de son développement.
 
Eliasson 3.jpgAvec un tel lieu  Olafur Eliasson a laissé échapper le contrôle de l’œuvre d’art en la livrant aux visiteurs humains et non humains, aux plantes, aux micro-organismes, à la météo, au climat - beaucoup de ces éléments que les musées travaillent généralement très dur pour empêcher leur envahissement. Au lieu de cela, l'artiste accueille tous et tout. Il a choisi de ne pas offrir un texte explicatif pour accompagner l’œuvre, car dit-il "Il est important pour moi de ne pas partager une perspective finie sur « Life ». Aux visiteurs d'apporter leurs attentes, souvenirs, pensées et émotions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Olafur Eliasson, « Life », Fondation Beyeler, Bâle jusqu'en juillet 2021.

19/06/2021

Barbara Ellmerer : flowers power

Elllm.pngBarbara Ellmerer, "Sense of Science. Paintings", Scheidegger & Spiess, Zurich, 2021.
 
La monographie de Barbara Ellmerer rassemble ses peintures et travaux sur papier de la période 2010 - 2020. L'auteur y capte en coloriste les splendeurs de ce qu’on prend pour l'amorphe. Elle articule traits et taches, pans et attaches jusqu'à trouver une combinatoire qui fait d'éléments disparates une unité. Ces "fresh flowers" ont une autre ambition que celles de David Hockney même si les deux artistes voient la vie en rose.
 
Elm 2.jpgTraits et taches, pans et attaches créent une combinatoire fait d'éléments disparates pour offrir une unité. Surgissent de ses toiles une délicatesse et une fragilité. De l'obscurité et l'ombre qui fascinent  l'artiste retient avec les couleurs une nouvelle inflexion. Le poids se dissipe au profit d'une sorte de légèreté : celle de l'être peut-être qui devient ici une sorte de tissu printanier et primesautier.
 
Ellm.jpgNéanmoins cette peinture reste grave : Barbara Ellmerer crée d'étranges plastrons pour un espace renouvelé au sein d'une recherche capitale : l'artiste y explore l'espace et le "fond" du tableau en un même plan, elle joue de la précision mais aussi du flux dans un raffinement brutal mais calculé. Les toiles ont la capacité de retenir une douceur lasse, un murmure, une accalmie et une trêve au sein même de ce que le mouvement de peindre engage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

16/06/2021

"Supernature" : refondations

Supernature.jpg"Supernature" - Centre d'Art, Yverdon, 27 juin au 12 septembre 2021.

Cette exposition résonne comme un appel face à l'abandon de la nature. Pour autant les artistes réunis ici affrontent ce problème de manière plus métaphorique que fractale, et c'est ce qui est astucieux. Car si la nature reste un  mystère, les artistes s’abandonnent à son mouvement et se laissent prendre par le vent. La fragilité côtoie ici la force de la nature. 
Pascal Berthoud, Sarah Carp, Noémie Doge, David Gagnebin-de Bons, Vidya Gastaldon, Shannon Guerrico, Romy Colombe. K, Miguel Menezes, Nusser Glazova, Stefan Rinck, Maya Rochat, Léonie Vanay, chacun à leur manière et sans bric-à-brac propose divers jeux de motifs qui donnent une perspective autant poétique que symbolique à un problème majeur. Ils  réveillent l’instinct de survie et le besoin de lutter pour le vivant. 
Existe le rapport de l'image et du récit, de l'expérience personnelle et générale.  Tout ce qui a priori semble anodin devient signifiant. Le spectateur se laisse emporter par ce que chaque image propose de partage et dont les créateurs varient les postulations.

Jean-Paul Gavard-Perret