gruyeresuisse

18/10/2021

Thomas Rodriguez dans les Alpes Suisses

Rodriguez.jpgThomas Rodriguez, "Furkart ephemera",   Préface de Patricia Nussbaum. Postface de Paulo Pires do Vale. Exposition au chateau d'Oiron,  du 24 octobre 2021 au 3 avril 2022.

 
Conçu par Thomas Rodriguez, "Furkart ephemera" réunit des documents de communication édités par Marc Hostettler, galeriste à Neuchâtel et initiateur de Furkart. Cartes postales, communiqués de presse, programmes, dossiers de travail, l'ensemble est imprimé à l'échelle 1 et, suivant la logique temporelle,  permet de découvrir la totalité des réalisations et l'engagement de tous les acteurs.
 
Rodriguez 2.jpgTout a commencé le 24 juin 1983 avec la performance de James Lee Byars "A Drop of Black Perfume". De 1983 à 1996, Marc Hostettler invitera pas moins de soixante artistes dans un ancien hôtel : l'hôtel Furkablick, construit en 1903 au sommet du col de la Furka, à 2429 mètres d'altitude. Pendant les trois mois d'été, ce lieu se transforme en un véritable laboratoire artistique, en un lieu de production d'œuvres pérennes ou éphémères, conçues spécialement pour ce contexte inédit. Entre autres celle de Rem Koolhaas et son O.M.A..
 
Rodriguez 3.jpgCette manifestation marquera profondément toute une génération du milieu de l'art.  Le livre donne du corps à cette expérience et permet de comprendre toute sa dimension humaine. Il met par ailleurs en perspective les notions d'archives et de pratiques éphémères dans l'histoire de l'art des XXe et XXIe siècles. Des hommes sans histoire se retrouvent là "au milieu de rien" mais où soudain de rien devient un tout.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

28/06/2021

Olafur Eliasson à la fondation Beyeler : l'oeuvre au large

Eliasson  1.jpgLorsque Sam Keller, le directeur de la Fondation Beyeler et Olafur Eliasson ont parlé pour la première fois de l’exposition, l'artiste a pensé :  "Pourquoi n’invitons-nous pas tout le monde au spectacle ? Invitons la planète – les plantes et diverses espèces." Car l'artiste depuis  début des années 1990, s’intéresse à la perception et aux conditions cognitives et culturelles qui la façonnent. Pour lui la vie  commence par une rencontre active avec elle et sa perception.
 
Eliasson.jpgDès lors l'exposition présente un modèle pour un paysage futur. C’est hospitalier. Le plasticien a décidé d’enlever les limites structurelles qui empêchent l’extérieur de l’institution. Et Renzo Piano, qui a construit le musée, a autorisé le  créateur à retirer la façade vitrée du bâtiment. L’exposition reste donc en constante transformation, et quiconque visite le parc entourant la Fondation Beyeler à Bâle peut voir l’œuvre au fur et à mesure de son développement.
 
Eliasson 3.jpgAvec un tel lieu  Olafur Eliasson a laissé échapper le contrôle de l’œuvre d’art en la livrant aux visiteurs humains et non humains, aux plantes, aux micro-organismes, à la météo, au climat - beaucoup de ces éléments que les musées travaillent généralement très dur pour empêcher leur envahissement. Au lieu de cela, l'artiste accueille tous et tout. Il a choisi de ne pas offrir un texte explicatif pour accompagner l’œuvre, car dit-il "Il est important pour moi de ne pas partager une perspective finie sur « Life ». Aux visiteurs d'apporter leurs attentes, souvenirs, pensées et émotions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Olafur Eliasson, « Life », Fondation Beyeler, Bâle jusqu'en juillet 2021.

19/06/2021

Barbara Ellmerer : flowers power

Elllm.pngBarbara Ellmerer, "Sense of Science. Paintings", Scheidegger & Spiess, Zurich, 2021.
 
La monographie de Barbara Ellmerer rassemble ses peintures et travaux sur papier de la période 2010 - 2020. L'auteur y capte en coloriste les splendeurs de ce qu’on prend pour l'amorphe. Elle articule traits et taches, pans et attaches jusqu'à trouver une combinatoire qui fait d'éléments disparates une unité. Ces "fresh flowers" ont une autre ambition que celles de David Hockney même si les deux artistes voient la vie en rose.
 
Elm 2.jpgTraits et taches, pans et attaches créent une combinatoire fait d'éléments disparates pour offrir une unité. Surgissent de ses toiles une délicatesse et une fragilité. De l'obscurité et l'ombre qui fascinent  l'artiste retient avec les couleurs une nouvelle inflexion. Le poids se dissipe au profit d'une sorte de légèreté : celle de l'être peut-être qui devient ici une sorte de tissu printanier et primesautier.
 
Ellm.jpgNéanmoins cette peinture reste grave : Barbara Ellmerer crée d'étranges plastrons pour un espace renouvelé au sein d'une recherche capitale : l'artiste y explore l'espace et le "fond" du tableau en un même plan, elle joue de la précision mais aussi du flux dans un raffinement brutal mais calculé. Les toiles ont la capacité de retenir une douceur lasse, un murmure, une accalmie et une trêve au sein même de ce que le mouvement de peindre engage.
 
Jean-Paul Gavard-Perret