gruyeresuisse

01/09/2021

Philippe Pache : quand, sans nostalgie, le passé devient présent

Pache.jpgPhilippe Pache, "Un temps pour elles", La Chambre Noire, Lausanne, jusqu'au 25 septembre 2021.

Chez le Vaudois Philippe Pache la lumière du noir et blanc au lieu d'allumer des fantasmes préserve l'énigme  du féminin dans l’impalpable étirement d’instants.  Le corps  devient presque immatériel.  C'est l'occasion pour le créateur d'évoquer  "Des muses, des amours, des partages, toujours des complicités…"
 
Pache 4.jpgDans cette nouvelle série Pache insiste sur les ombres pour les forces de suggestion  qu'elles suggèrent dans la cristallisation de divers moments de trouble et d'abandon. La sensualité est présente mais subsumée. Le nu saisi dans sa plénitude retrouve une aura particulière. Et les volumes physiques autorisent une transparence entre l’innocence et le sacré. Le corps est surpris dans l’impalpable étirement de formes simples mais tout autant complexes. Il est presque immatériel là où les certitudes s’évanouissent dans la fonte du réel.
 
Pache 3.jpgLa tendresse est toujours au rendez-vous en un rayon de lumière, un regard, un visage. Chez lui la nudité est en conséquence toujours insolite, libre, joyeuse et sensuelle. Le mystère demeure là pour, dans sa beauté; "raconter une ancestrale histoire de l'humanité … je ne vois rien de plus beau sur terre que les visages" écrit le photographe.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

31/08/2021

Sophie Bouvier Ausländer ou les mouvements cachés

Bouvier bon.jpgSophie Bouvier Ausländer, "The Financial Diaries", Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, du 9 septembre au 23 octobre 2021
 
Même avec du papier froissé et des bouts de ficelles Sophie Bouvier Ausländer continue à explorer des territoires inconnus ou peu abordés dans un travail radical. Ce qui peut être considéré ailleurs comme matière ou support crée des surfaces selon un humour particulier. Exit toute vision marmoréenne de l'art dont les données sont portées chez elle là où le dérisoire se transforme en signifiante beauté.
 
Bouvier.jpgS'extrayant de tout langage plastique qui met du moi en toute choses, l'artiste pour autant et même en dépit de ses matériaux ne se limite pas à un art de circonstance. Et le plus humble peut écarter toute idée de limitation. Sophie Bouvier Ausländer absorbe la réalité en refusant de se reposer en elle-même et pour ouvrir l'image à des spéculations plus ambitieuses et offrir un état critique du monde.
 
Bouvier 2.jpgD'où la présence de grilles ou de chiffonnages. Ils créent des interstices et des intermittences. Rien n'a lieu que le lieu d'étal de telles modulations. Tout reste de l'ordre de la suggestion qui pour le regardeur devient objet d'interprétation. L'espace quoique "balisé" s'ouvre. Du littéral trituré émane une poésie visuelle à travers la cohérence défaite. L'inconnu transparaît là où la perception dans une sorte de "perdre voir" (Beckett) donne l'occasion de nouvelles occurrences. Le tout dans une fantaisie où le moindre permet de recomposer - à défaut de le rêver - le monde en des traversées d'étendues qui peuvent paraître arides.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

30/08/2021

La poésie visuelle progressive de Catherine Bolle

Bolle.jpgCatherine Bolle, "Eaux nomades"", Fabienne Levy. Lausanne, à partir du 10 septembre au 23 octobre 2021.
 
Catherine Bolle fut à l'origine de ce blog. Elle devint la première artiste qui a inspiré une longue traversée l'art de et/ou en Suisse. Et elle reste une pièce maîtresse de cette accumulation de regards. Son oeuvre parfois monumentale parfois plus discrète reste en absence de toute figuration humaine ou paysagère car l'artiste s'intéresse avant tout aux traces que laissent les humains et ce qu'ils créent dans leur développement.
 
Bolle 2.jpgLa place majeure de Catherine Bolle dans l'art helvétique s'explique par l'exigence de son travail en ses diverses approches de perfections, de matières et techniques. L'artiste cherche toujours à comprendre. Et voir comment au sein de son apparente immobilité une image bouge (d'où le titre de l'exposition)  à la fois par le déplacement de celles et ceux qui la regardent comme par les intentions de la créatrice.
 
Bolle 3.jpgIntéressée - entre autres - par le dessin et la transparence, elle redonne vie à l'image autant dans l'espace publique que dans des travaux plus intimes et quel qu'en soit le format. L'artiste se trouve désormais à la croisée des chemins. Va-t-elle continuer à répondre à des appels (entre autres d'architectes) ou en travaillant seule à seule face à elle-même dans une révélation et réverbération intimistes et selon des expérimentations qui se créent en avançant ? A la fois intellectuel et sensible son travail reste la recherche de nouvelles images en explorant comment font les autres mais aussi en développant leurs propres intuitions sans que la sienne demeure en reste. Bien au contraire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret