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22/11/2019

Le cadastre et le territoire : L'Almanach ECART

Ecart.jpgElisabeth Jobien et Yann Chateigné, "L'Almanach ECART. Une archive collective, 1969–2019", Editions art&fiction (Lausanne) et HEAD -Genève), 2019, 45 CHF.

 

Résultat d’une étude interdisciplinaire entreprise par un collectif de chercheurs, cette expérience éditoriale permet de plonger dans l’univers du groupe genevois Ecart - palindrome du mot "trace" qui fut fondé par John Armleder, Claude Rychner et Patrick Lucchini en 1969.

Proche de Fluxus le groupe constitua tout un réseau international de l'avant-garde avant de se dissoudre en 1982. Pour fêter ses 50 ans ce travail d'ensemble permet de comprendre comment explorer de manière inédite l’art d’une époque, ses remises en question esthétiques et ses inventions poétiques et politiques.

Ecart 3.jpgL'Almanach Ecart le prouve à travers près de 400 documents d’archives accompagnés d’une dizaine d’essais éclairant la richesse des archives Ecart. Ils sont l'oeuvre de Laura Bohnenblust, Lionel Bovier, Nicolas Brulhart, Yann Chateigné, Katarzyna Cytlak, Elisabeth Jobin, Dora Imhof, Adeena Mey, Émilie Parendeau et Reiko Tomii.

Ecart 4.jpgCes textes illustrent et analysent comment "Ecart" - s'appuyant sur l'art conceptuel et le minimalisme - s'ouvrit à la multidisciplinarité en proposant expositions, performances, concerts, conférences.

Armleder et les autres tentèrent de lutter contre les lois du marché, la recherche de moyens alternatifs de production et de diffusion ou encore la place et le rôle de l'auteur. Cette recherche alternative passa entre autre par les publications et mail-art dont le livre fourmille d'exemples. Il s'agissait de réviser les démarches artistiques, leur moyen de création et de diffusion dans ce qui devint un espace original interactif et collaboratif.

Ecart 2.jpgTout fut donc fait d’"écarts" bouillonnants, aussi drôles que glissants, sérieux qu’impertinents. Il y eut là un matelas de publication et une "matelathématiques" de propositions contre l'inertie. Il ne s'agissait pas d'expliquer les ressorts de l'art mais de les faire sortir afin que surgissent des bonds de dedans à travers propositions, calculs, dispositifs et actions. Et ce, pour transformer la tiédeur de l'art en surchauffe

Jean-Paul Gavard-Perret

20/11/2019

Catherine Bolle au salon Page(s): "transparêtre"

Bolle 3.jpgLe Salon Page(s) de Paris est un des hauts lieux d'exposition des livres d'artistes et de la bibliophilie. La Lausannoise Catherine Bolle et ses éditions Traces y ont toute leur place. La plasticienne reste une des rares créatrices à accorder une dimension exponentielle au livre d'artiste par ses approches typographiques et interventions plastiques.

Bolle 4.pngSont présentés à Paris des livres fascinants de l'éditrice : Henri Meschonnic , "Ma vie dans ma bouche", Israel Eliraz, "La lumière est dans les choses", Sylviane Dupuis, "L’ Ascèse de l’ éclair", Michèle Bolli, "Iliennes, Pierre-alain Tâche, "D’ après l’ Obscur" entre autres et bien sur des livres où Catherine Bolle lie son travail de création plastique et littéraire ("Glaces nomades", "L’Agneau-coeur").

Boll 2.jpgLe choix des oeuvres littéraires et la manière dont la créatrice les scénarise créent des engendrements mutuels. Le texte donne naissance à l'image et réciproquement. Catherine Bolle va toujours plus loin dans un "transparêtre" loin de toute simple propension décorative. D'en haut ou d'en bas, du tréfonds ou du ciel, l'artiste crée des perspectives pour marcher au sein de volutes qui flottent dans un ciel bleu ou de glèbe. En jalons dans des proximités communicantes se créent un écart entre le visible et le peint, le langage et sa représentation afin que se crée une jonction nouvelle entre l'image et le signe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Salon de la bibliophilie et du livre d'artiste, Palais de la Femme, Paris, 22-24 novembre 2019.

19/11/2019

Les glossolalies de Pamina de Coulon

Pamina.jpgPamina de Coulon, "Balcon de chalet", Une proposition pot de fleurs / banderoles de Pamina de Coulon avec l’aide de son ami Romain et les géraniums de la commune d’Orbe, Indiana, Vevey, du 1er décembre 2019 eu 2 février 2020.

Pamina de Coulon impose peu à peu sa présence prégnante en Suisse mais pas seulement. Elle pratique la performance​, l'"essai parlé", le storytelling. Si bien que l'art devient un actionnisme non seulement du geste mais de la pratique du sens et de sa distorsion jusque dans ses racines - à savoir la pensée. Elle se répand par la parole affolante qui se déverse en une lave addictive et arborescente. Et ce même si le seul usage des mots empêche le flot plus ample dans la tête et le corps de la créatrice.

Pamina 2.pngAvant la HEAD de Genève l'artiste avait pratiqué le théâtre et c'est à Bruxelles qu'elle a affiné son logos pernicieux avec en particulier sa pièce "Si j’apprends à pêcher je mangerai toute ma vie". A la recherche d'un "de profundis clamavi" mais ici même ici bas, ses grands monologues performatifs qui se prolongent aussi lorsqu'elle grave, brode son une ode à la résistance. Un brassage lexical et syntaxique débaroule dans un flot où la voix mélange et propose une glossolalie fait de mots savants ou batards qui sortent du chalet de son être loin de tout fléchage univoque de la pensée.

Pamina 3.jpgCelle de Pamina de Coulon devient arsenic où au besoin l'art se "nique" pour son plus grand bienfait. A l’exaspération comme aux blocages de l'époque font place les vrombissements d'un jouir verbal. Et lorsque la coupe est pleine la performeuse la remplit encore. Il ne s'agit pas d'entrer mais de sortir de la pensée et ses plâtras d’insectes pour qu'émane du corps fluidique des montagnes et montages verbaux. Ils ramènent à un archaïsme des intensités premières.

Jean-Paul Gavard-Perret