gruyeresuisse

05/12/2019

Catherine Gfeller : abîmes paysagers

gfeller.jpgCatherine Gfeller, "Photographies. Vent sur les Paysages - Flux dans les villes", Galerie Rosa Turesky, Ports Francs et entrepôts de Genève, du 11 décembre au 7 février 2020

Gfeller 2.pngDes villes et des paysages, Catherine Gfeller saisit ce qui échappe au premier regard. Elle cherche à capter l’immobilité dans le mouvement, la contemplation dans l’effervescence. Afin d'y parvenir la plasticienne crée des collages et superpositions d’images pour mettre un effet d'abîme dans le paysage. Tout se mixe et s'hybride en d'immmenses tableaux où l'humain est toujours présent au milieu des territoires urbains ou plus campagnards.

Gfeller 3.pngPar de telles architectures le réel acquiert des résonances imprévues. Fixité et univocité y sont remises en cause. En rebond, existe une beauté particulière et parfois une ironie dans l'approche qui n’a jamais rien de trivial et reste un étrange "hors-lieu" de l'ici-même.

gfeller 4.pngPris en défaut de toute certitude, chaque "pièce" explore le réel dans un écart vital et fragile, une présence complexe au sein de montages qui le sont tout autant. La vie se réinvente, la vie se «réimage» en histoires ou destins loin de tout lyrisme mais avec âpreté. Celle-ci  invite toutefois à la rêverie tant les échelles de mesure, les unités métriques sont distanciées selon divers rapports de position et créent un basculement dans l'onirisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/11/2019

Jacques Saugy et Gérard Genoud : l'atelier des bricoleurs

Im.jpgJacques Saugy, Gérard Genoud, "Dis-voir", Till Schaap Edition, 116 p., 2019.

Les deux créateurs affectionnent les livres et les entreprises dialectiques. Mais plutot que d'asséner une théorie de l'image il propose l'histoire de la recontre de deux arts - la photographie de Jacques Saugy et la peinture de Gérard Genoud. Le volume retrace ce jeu ou plutôt cet échange avec temps forts mais aussi de repli. Les mots "croisés" des deux créateurs servent à partager un travail de rassemblement des forces disponibles afin que se déploie un champ inédit. Les peintures et les photographies d'abord isolées laissent la place aux hybrides qui avancent dans le rêve "d'une formule inédite". Les formules de "refonte des photographies" prennent divers type de superpositions eu égard aux enjeux de ce qui s'y passe et ce qui arrive.

 

Im 2.jpgLe projet était ciblé dès le départ même si son fléchage risquait d'être perdu dans l'abondance du matériel. Et peu à peu l'histoire naît (entre autres) par transferts de fichiers de l'ordinateur d'un créateur vers celui de l'autre et vice versa. Tout se construit dans le respect mutuel des travaux des deux officiants. Leur marche n'est jamais forcée : elle tient compte des accidents de parcours et cela permet des repentirs dont chacun des deux profitent. Le tout, et parce que la vie continue, à travers les expériences de l'existence. Elles nourrissent ce travail et leur montage/montrage là où le thème de l'enfance crée une thématique récurrente et sur plusieurs plans.

 

Genoud Bon.png

Les deux auteurs offrent un livre de gestation double d'un hymen plastique et textuel. Et ce non seulement parce qu'il est créé à quatre mains mais parce que l'oeuvre se double de sa genèse, de son mouvement et de son exégèse. Les textes sont importants car ils montrent les tenants et aboutissements du projet. Mais leurs commentaires restent parfois un "comment taire" eu égard à la limite de tout discours. Et la force des images font ce que les premiers ne peuvent dire. Elles repoussent l'horizon textuel pour laisser place à une poésie visuelle de l'altérité et du partage. Elle ouvre un espace à l'imaginaire du lecteur/regardeur témoin privilégié d'une telle aventure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

24/11/2019

Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond : de l'obscur à la lumière

Gremaud 1.jpgRinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond, "Splendide", galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 30 novembre 2019 au 11 janvier 2020

«Comment savoir quand nos sens doivent se reposer ? À partir de quand en a-t-on marre de voir, d’entendre, de sentir ?» Telles sont les questions sur lesquelles s’arriment Rinny Gremaud et Mathieu Bernard-Reymond dans leurs mises en scène ou en abîme. Elles prouvent que lorsque  "le mal de l'image est fait" il est toujours possible de rebondir. Et les deux artistes proposent des moyens de faire redémarrer leur système.

Gremaud 2.jpgIls l’activent au nom de connaissances et de souvenirs. Celui par exemple d'un vieux pin. "Chaque année, je disais à mon frère : « Dis donc, il penche de plus en plus cet arbre. »"  Il a fini par tomber. Dans sa chute il a ouvert un trou de plusieurs mètres. Et par de tels anthrax il arrive que s'ouvre un imaginaire. Si bien que pour les deux artistes chaque objet devient l'objet d'une fuite dans le cosmos par tout un jeu de lumière impressionniste et expressionniste. Il y a là des collines et des galaxies où le regard se perd.

Gremaud 3.jpgC'est une manière de remonter l'espace entre les temps anciens et les avatars et aventures de la technologie moderne. Des objets anodins dans des parures d'étoiles créent un espace où temps et lieux se mêlent en des déflagrations poétiques optiques. Les plasticiens inventent leur propre ordre dans l’attente d’une assomption ou de la cassure. Et, après tout, qu’importe le sens ? Nulle direction à prévoir : il s’agit de réagir à l’instinct avec le peu qu’on sait et que le temps accumule à mesure qu’il accélère jusqu’au moment où sa sédimentation est emportée avec le vivant. Cela n’a rien de « farcesque » (Montaigne) mais devient la preuve que l’obscur crée la lumière

Jean-Paul Gavard-Perret

10:05 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)