gruyeresuisse

23/12/2019

Paysages et portraits d'Anna Pizzolante

Anna.pngEntre images-vérités et scènes fictionnées Anna Pizzolante crée une photo expressionniste aux couleurs défaites ou recomposées. Celle qui croit aux nuits croit aussi aux jours. Elle est sensible à d'autres chemins que le sien. Qu'importe alors si les fleurs n'apprendront jamais à voler (à moins d'ête attachées à une femme qui n'existe peut-être pas). Mais les photos "disent" à leur manière les blessures de la vérité (par le mensonge de la fiction) et le réel du monde qui se délite (femmes ou paysages) à travers ses reportages.

 

Anna 4.jpgDans de telles oeuvres la lumière ne procure pas que de la chaleur mais elles donnent du courage, de la volonté. En filigrane un message semble serpenter : l'amour est le paradis vécu en un enfer perpétuel. Il s'agit de triompher du temps et trouver peut-être une forme de salut. C'est une manière de se changer  par l'attention aux autres.

 

Anna 3.jpg

Sans cesse Anna Pizzolante jette des indices comme des projectiles pour rattraper ce qui fut détruit ou perdue. L'histoire n'est donc jamais finie. La photographie continue à en remonter la trace et à en donner des états pour rêver un éternel retour. Existe une manière de mesurer le silence quelque part entre les ombres et le jour au sein d'une lente obstination afin de créer une fascination inquiète en un pont entre le passé et le présent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/12/2019

Les émancipations d'Antigoni Papantoni

Papantoni.jpgAntigoni Papantoni est une jeune phorographe grecque qui vit à Lausanne depuis 2011. Après des études en informatique elle travaille dans le cinéma ( entre autre pour le Réel Documentary Film Festival). En 2014 elle est déplomée de l'école de photographie de Vevey. Son travail se concentre sur le portrait humain et ses racines sociales.

Papantoni 2.jpgElle cultive par ce qui est devenu une double culture à la fois athénienne et vaudoise une sorte de distanciation géographique et temporelle. Elle joue moins sur la nostalgie que l’appréhension critique dans des constructions où le corps garde une prégnance incontestable.

Papantoni 3.jpgC’est pour l’artiste une manière de mettre en abîme - sans jamais s'éloigner de l'une et de l'autre - la vie vaudoise et athénienne. Un tel travail ouvre des réflexions non seulement sur la condition féminine, mais sur rapport au corps, sur la transgression, l'émancipation, la liberté, l’enfermement fantasmatique et la présence à la nature.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/12/2019

Blaise Cendrars au-dessus des ténèbres

cendras.jpgLes éditions Fata Morgana ont la bonne idée de republier le livre qu'elles éditèrent en 1997. Ce livre - le premier écrit par Blaise Cendrars (qui n'avait pas encore pris son nom de guerre) - personne ne l'avait jamais vu ou lu dans son édition originale. Le poète en n'eut jamais un exemplaire. Il est vrai qu'âgé de 18 ans il avait d'autres chiens à battre et qui plus est une amoureuse à caresser. Dès lors certains spécialistes de l'oeuvre finissaient par douter de l'existence d'une telle publication.

Cendrars 2.jpgMais des passionnés ne renoncèrent pas à la retrouver. Et c'est en 1995 que le poète et bibliophile bulgare Kiril Kadiisky découvrit en quasi lambeaux ce premier livre écrit en russe sous le titre : "Frederic Sause(r), légende de Novgorod, traduit du français par R.R. - Sozomov - Moscou - saint Peresbourg - 1907". Le livre est restitué en français sous la direction de Myriam Cendras et cela avec une impeccabilité rare. Il est par ailleurs illustré par Pierre Alechinsky qui, après un temps d'hésitation, se ravisa afin de donner une vision astucieusement illustrative à ce texte déjà futuriste et d'amour.

Cendrars 3.jpgTout Cendrars  est déjà présent dans cette oeuvre première. L'auteur s'y affirme ainsi :  "Le poète est un Suisse aux lourdes portes entre le paradis et l'enfer - pour que le bien ne puisse se changer en mal et que le mal soit éternellement contenu". Celui qui se revendique déjà aventurier et vagabond y inscrit  l'art poétique qu'il ne cessera de défendre et d'illustrer au sein des affres du monde :  en Russie "où le ciel renversé comme un baquet inonde tout de lait", comme ailleurs, entre autre chez lui en Suisse, mais bientôt aux USA où il écrira à New York sa première œuvre "officielle".

Jean-Paul Gavard-Perret

Blaise Cendrars, "la légende de Novgorode", editions fata Morgana, Fontfroide le Haut, é019