gruyeresuisse

11/11/2021

Profondeur et transparence : Catherine Bolle

Bolle bon.jpgCe superbe livre grand format (ce qui donne plus de force aux oeuvres présentées) permet de faire le point sur les travaux et expérimentations les plus récentes de Catherine Bolle. Figure majeure de la scène artistique suisse, elle poursuit un travail au delà de toute figuration humaine ou paysagère. Pour autant l'humain n'est pas édulcoré mais la créatrice s'intéresse avant tout aux traces qu'ils laissent à travers ce qu'ils créent. Mais elle leur propose aussi le moyen d'apporter la beauté dans leur existence.
 
 Bolle 3.jpgSes approches sont multiples. graphies sur calque ou verre, verres acryliques, interventions en paysages ou sur des architectures, encres, graphites, pigmentations, illustrations de livres, livres d'artiste, etc.. Deux contours ou deux surfaces n’en font parfois qu’une. L'inverse est vrai aussi. Si bien qu'additionner devient un raccourci vers la soustraction cachée à l’affût.
 
Bolle 2.jpgExiste tout un théâtre des quatre éléments : terre, eau, feu, air interviennent dans la création des oeuvres et selon divers traitements d'autant que l'artiste ne cesse d'en expérimenter seule ou avec des "éléments" extérieurs : poète, industriel, architecte, scientifique. Chaque oeuvre dans une certaine mesure est un décor mais surtout crée des univers de l'étrange dans le jeu des formes, couleurs, biffures, griffures, effets d'opacité ou de transparence par superpositions ou pliages. Ce livre permet de le comprendre comme se crée un espace où se dessine la force des actions que Catherine Bolle imprime. Surgit un invisible rythme dans l’infinité de transpositions.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
Catherine Bolle, "Des eaux nomades à la ruche humaine", Till Schaap éditions, 2021, Berne, 128 p..
 
 
 

09/11/2021

Romane de Watteville :  portraits en pieds

Watteville.jpgPour la Lausannoise l'habit semble faire le moine. A la "visageïté"  (Beckett) où se niche généralement la psychologisation elle préfère décadrer son regard (et le nôtre) pour montrer les imprimés de vêtements, les peaux, les reflets et les images. Si bien que le portait change d'aspect et de dimension, il est révisé en ce qui tient d'une ironisation subtile .

 
 
Watteville 2.jpgExiste tout un jeu d'inserts de différents sujets et contextualisations entre humour et sensualité là où Romane de Watteville reprend tous les ustensiles de la mode. Et ce  jusqu'aux chaussures qui retiennent beaucoup son attention quasi fétichiste - d'où la création de portraits en pieds où tout se dépayse, du haut de véritables échasses où les fashionnistas se changent en hétaïres.
 
 
Watteville 3.jpgDépeignant femmes et décors, l'artiste explore de nouvelles perspectives . La poétique visuelle est insolente : elle fabrique une perspective que tout voyeur espère et vers lequel parfois il rampe. Mais la créatrice le bouscule en laissant par ses cadrages une trace, un rire, une hantise.  Il est ainsi l’ «occis-gêné » là où seule la grâce ne ment pas.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Romane de Watteville, Fabienne Levy, Lausanne. Art021 Shanghai, du 11 au 14 novembre 2021.

 

 

 

 

 

 

07/11/2021

Francis Baudevin & : dans les affres de l'abstraction

Baudevin Bon.jpgFrancis Baudevin &, «Abstract-Contact», Mark Mueller, Zurich, du 5 novembre 2021 au 5 janvier 2022.
 
Francis Baudevin est accompagné ici de  John M. Armleder, Pauline Boudry / Renate Lorenz, Catherine Ceresole, Helmut Federle, Christian Floquet, Christian Marclay, François Morellet, Olivier Mosset, Robert Nickas, Laurence Pittet. C'est l'occasion de souligner l'importance de l’art conceptuel et abstrait.
 
Baudevin 2.jpgFrancis Baudevin en  reste  le maître mais celles et ceux qui sont présents ici avec lui  ne sont pas de simples épigones. La radicalité est de mise dans le lieu même (Zurich) où l'abstraction acquis très vite dans le siècle dernier son droit de citer. Dans de telles approches la géométrie des formes  ne cesse de lutter contre toute forme de viscosité paraphrasante.
 
Baudevin bon bon.jpgLa seule théâtralité est celle de la peinture en ses  sédimentations.  Quoiqu'on en dise l’émotion est là mais latente. A travers des formes et couleurs élémentaires elle sacrifie tout lien  avec un quelconque thème ou narration afin de dégager une force singulière créatrice d’une énergie par l’éclosion des couleurs  que les volumes cernent. Divers effets de bascule se produisent en de tels explorations et leurs propriétés spatiales. Le géométrisme y prend une importance capitale et tout reste en parfaite succession de l’école de Zurich. Les artistes poussent encore plus loin ses arcanes.
 
Jean-Paul Gavard-Perret