gruyeresuisse

19/03/2020

Pascale Lefebvre : poésie et sensations

Lefebvre.jpgA 15 ans  Pascale Lefebvre apprend à Bienne la photographie chez celle (Marguerite Courvoisier) qui lie son art à la philosophie de l'existence. Qu'importe l'antiquité du matériel de prise de vue : au contraire même. Et l'artiste écrit : " rien ne ressemble à un atelier de photo, nous sommes dans un salon privé, presque chez un antiquaire…". Elle se familiarise à la prise, au tirage : "j’apprends également la précieuse alchimie d’anciennes recettes et prépare ces formules magiques pour des papiers argentiques sélectionnés avec soin" ajoute-t-elle. Le tout dans un espace où le mode de vie de son initiatrice est frugal car réduit à l'essentiel.

Levebvre 3.jpgElle aura appris la douceur et la luminosité qui imprègnent ses prises quel qu'en soit le format. S'y retrouve l'essence de la vie sous toutes ses formes. Pascale Lefebvre travaille comme photographe indépendante et a reçu plusieurs prix et distinctions en Suisse et Allemagne . Son livre "Calas" obtint le Prix Kodak à Stuttgart et "SeeLand" le Prix des Plus Beaux Livres du Monde à Leipzig. Elle s'installe à la fin du siècle dernier en Espagne, vit "dans une maison isolée où l’eau et l’électricité arrivent péniblement" et s’initie a à la photographie numérique puis retourne à Bienne en 2014.

Lefebvre 2.jpgPascale Lefebvre transforme les données «objectives» du réel. Tout s'y retrouve lointain et proche. La créatrice casse le piège des contours, crée la débandade des horizons afin de montrer leurs confins pour éviter qu'ils reculent à l'infini. Entre expressionnisme et impressionnisme, ses photos regardent la beauté du monde. Et lorsque la photographe saisit personnages ou objets elle leur redonne des volumes de caresse. Il ne s'agit pas de les emprisonner mais de libèrer les formes de leurs limites et de leurs ombres.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/03/2020

Cécile Wick : exercices de la douceur

Wickt.pngLes photographies, peintures, gravures, héliogravures et impressions jet d’encre de Cécile Wick offrent tout un éventail de tonalités et de reflets. Montagnes, et cascades, fleurs et arbres sont traités en de subtils dégradés entre le clair et l'ombre jusqu'à sembler se perdre dans la brume, l'espace ou le néant.

Wick 3.pngSans se soucier des modes l'artiste crée des paysages qui ne peuvent se situer avec précision dans le temps ou l’espace. Proche d'un traitement du paysage à l'extrême orientale Cécile Wick mène à la jonction du réel et de l’abstraction.

 

Wick 2.pngLe sentiment de la nature (pour elle, les montagnes suisses) semble être celui où le seul soleil que l'artiste retient reste celui - très pâle - des matins d’hiver, quand il avait eu tout le temps de se faire oublier et qu’il n’existe encore, si l’on peut dire, qu’à l’état de promesse.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/03/2020

Isabelle Pilloud : Femmes en lutte et "je" anatomique

Pilloud.pngIsabelle Pilloud, "HEROÏNES", du 23 décembre 2019 au 16 aout 2020. Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle. Fribourg et livre "HEROÏNES", coll. Artt, éditions Faim de Siècle, 112 p, 30 CHF, 2020.

 

Pilloud 2.pngL’exposition « HEROÏNES » d'Isabelle Pilloud présente des peintures, oeuvres graphiques et installations dont la démarche artistique est liée à la condition féminine : "qui sont les femmes ? que font-elles ? sont-elles heureuses ? où vont-elles ?" écrit l'artiste qui souligne :« C’est un work in progress et une oeuvre participative pour le public ». Elle a brodé avec sa mère et sa tante les cinq continents sur une toile à peindre brute qui accueille les visiteurs. Eux-mêmes sont invités à coudre une perle à l’endroit où trouver «leur» propre héroïne.

Pilloud 4.pngIls (elles) peuvent aussi déposer un témoignage en racontant leur histoire. "Le but est que la carte du monde s’illumine grâce à des centaines de perles !" écrit l'artiste. Les oeuvres et leurs genres dépendent des témoignages récoltés. « La technique m’est dictée par le sujet, c’est  un moyen, pas le but » précise-t-elle. L’exposition se décline en six séries : les héroïnes nationales, les visites du chantier, Pussyhat, collages, portraits-souliers et « Elles ont pris les armes ».

Pilloud 3.jpgCertaines rencontres ou témoignages traversent plusieurs séries. Des leitmotivs aussi  et ils  figurent également sur une longue tapisserie accrochée entre les deux étages de l’Espace. L'artiste y évoque des corps atomisés, emplis parfois d'une puissance qu'on a voulu foudroyer. D'autres déversent la souffrance d'organes, concassés, éreintés que la colonne des images relève. Un "je" anatomique féminin s'ose et s'assume. Le corps jusque là gisant s'éloigne des isolements et humiliations et ne se réduit pas à une bouche muette.

Jean-Paul Gavard-Perret