gruyeresuisse

15/10/2020

Jef Gianadda : fiat lux

Gianada.pngJef Gianadda, "Nox Generation Lumen", Espace Murandaz - Nyon, du 29 octobre au 4 décembre 2020.

Jeff Gianadda propose à l'espace Murandaz de Nyon un série de toiles et scupltures arte povera créées pour la plupart cet été et en echo à la pandémie qui a ébranlé le monde. Et ce en réponse à ce que les politiques en charge des responsabilités ont instauré pour nous : " Ils décident d’arrêter le monde. / Et pourtant il tourne… encore. / Lentement certes, mais vivant. / Chaos annoncé. Désarroi. Émois. / Et moi ?" écrit l'artiste qui, depuis son atelier, et dans le silence, a traduit à sa manière les bruits des informations, les états des lieux et les émois des coeur et des corps qu'une telle situation qui devient endémique a engendré.

Gianadda.jpgIl s'interrgoge par son travail sur les mesures et démesures prises: "Trop de tout. Tout est trop" "écrit-il et d'ajouter : "La planète est dans le coma. Étrange karma". Il y aura sans doute un après. Mais pour l'heure, tout avance en pointillé et nul ne peut affirmer de quoi demain sera fait. L'incertitude seule est de mise. Pour autant Gianadda parie pour  un "nox generat lumen" (la nuit génère la lumière). Et ce non sans humour grinçant comme certaines de ses pièces. A bon entendeur, salut !

Jean-Paul Gavard-Perret

10:32 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

12/10/2020

Anaëlle Clot : Ouvrir

Clot.jpgAnaëlle Clot, "Herbier - Donner au petit le grand qu’il mérite", Fresque murale, Lausanne, "L'amour s'écrit à la main", Édition Cric, Collection du sac, n°4: Épistolaire, 2020

Clot 2 bis.jpgEntre une fresque murale et un sac en papier il semble y avoir un monde. Pour autant la créatrice les rapproche dans une sorte de "street-art". Pour la créatrice "Un sac en papier (est) un peu comme le sachet surprise au kiosque du coin" sur lequel et entre autres "L'amour s'écrit à la main". S'y retrouve à l'intérieur, un livret de poèmes d'Anton de Macedo à découvrir à l'aide d'une grille de lecture, un vrai timbre pour recevoir une carte de l’écrivain, des cartes postales illustrées et deux planches de vrais faux timbres. C'est aussi une une manière et une matière de recréer des échanges à travers l'objet le plus coutumier et la créatrice d'ajouter  "partager l’affection que nous éprouvons pour cette pratique  nous avons pensé ce sac."

Clot 3.jpgQuant à sa fresque, elle répond à une autre manière d'entretenir un échange dans la rue. L'artiste a investi l’Édicule de Rumine de Lausanne pour y réaliser une fresque de neuf peintures (un Timelapse de la réalisation de celle-ci est visible sur le site de la ville de Lausanne). Imaginant l'édicule comme "un champignon au milieu des arbres", elle l'a entouré de ses compositions à thématique végétale colorée et gourmande.

 

Clot 2.jpgDès lors un lieu de passage et d'attente pour les passagers des bus, devient un espace soudain d'arrêt car "L'herbier" pictural de l'artiste stimule l'imaginaire. L'édicule se transforme en espace d'expression artistique et donc le socle de rêveries et de repos (ce n'est pas incompatible). Comme l'écrit Annaële Clot "Ces peintures deviennent ainsi des fenêtres sur de mystérieux paysages."

Jean-Paul Gavard-Perret

03/10/2020

Anne Voeffray : ce qui échappe

Voeffray bon 1.pngLes photographies d'Anne Voeffray annoncent la nuit. Mais une nuit aux écailles lumineuses là où le corps reste souvent érotisé dès que l'artiste quitte le portrait "classique" et identitaire (dont elle poursuit la quête) pour laisser pointer un cou offert, un front que couvre des cheveux là où ce qui chute s'élève en rudesse ou douceur pour enlacer les lieux ou les êtres dans leur complexité secrète.

Voeffray bon.jpgLa beauté n'est jamais marmoréenne mais fractale ou à l'inverse suggérée. Quant aux "paysages" eux aussi il perdent une lisibilité réaliste pour se nimber de mystère parfois phosphorescent. L'interrogation vitale est lancinante en passant par ce noir et blanc qui fixe ou tremble mais toujours interroge un moment où le présent n'est plus inaltérable.

Voeffray bon 3.pngMais loin d'être un théâtre d'ombres ou d'illusions, le monde d'Anne Voeffray recouvre une langueur paradoxale. Le moi comme le réel laisse la place à un émoi particulier là où par de telles prises le premier renouvelle ses limites tandis que les êtres - parfois dans leur nudité - offrent leur aura. L'artiste crée dans ce but des transfusions de multiples impressions. Elle laisse au regardeur.euse une liberté d'interprétation là où tout est silence et où la poésie sublime la pesanteur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret