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05/02/2018

La beauté des lignes au musée de l’Elysée de Lausanne

Lausanne1.jpgLa nouvelle exposition du Musée de l’Elysée offre un panorama de l’histoire de la photographie au travers de l’impressionnante collection de Sondra Gilman et Celso Gonzalez-Falla. Les deux collectionneurs ont toujours été guidés par une approche précise de la photographie : le goût des lignes et du formalisme. Cela permet de mettre en exergue la qualité d’un art dont le mérite n’est pas seulement la représentation mais la re-présentation.

Lausanne2.jpgCuratée par Tatyana Franck et Pauline Martin, directrice et conservatrice du Musée du lieu, l’exposition permettra à beaucoup de découvrir un aspect moins connu de la photographie à travers les plus grands noms de l’histoire du médium. A l’illusion mimétique de la réalité fait place l’originalité d’un langage divisé ici judicieusement en trois plans : lignes droites, lignes courbes et abstractions.

 

Lausanne3.jpgCartier-Bresson, Bérénice Abbott, Eugène Atget, Robert Adams, Walker Evans, Rineke Dijkstra, Man Ray, Lee Friedlander, Stéphane Couturier prouvent une infinie variété de champs et de chants en une vision kaléidoscopique d’œuvre parfois empreintes d’érotisme et parfois proches de l’abstraction qui révèlent le « langage obligé » d’un tel art.

Jean-Paul Gavard-Perret

« La Beauté des lignes. La collection Gilman et Gonzalez-Falla au Musée de l’Elysée », Lausanne, 2018.

03/02/2018

Les attentes : Sarah Hildebrand

Hildebrand 3.pngSarah Hildebrand,« Retour à l'image amoureuse », Berlin, « Hope » (chapitre premier), Galerie Focale, Nyon, 11 mars - 2 » avril 2018.

Sarah Hildebrand poursuit son retournement des lois de l’espace. Elle quitte un temps le paysage pour le corps. En s’appropriant le sujet manifeste, l’artiste affirme avant tout sa virtuosité technique et son invention d’effets de rapprochement. Elle s'en démarque en élimant les solutions trop faciles du pittoresque de la représentation. L’artiste met en scène à la fois son idée des mystères de la sexualité et sa conception de l’originalité de la photographie. Shooter ne revient pas à faire un geste pour le charme dans le but de persévérer un illusionnisme.

Hildebrand.jpgCette forme de ruse technique permet la création d’une nouvelle rhétorique de l’image visant  à l’équivoque de la ressemblance en différents types de syncopes. L’artiste préfère le retour à l’image sensorielle selon une iconologie matérielle et allusive. Elle cherche moins à souligner le rêve qui ne cesse de hanter les expressions et les œuvres des artistes de toujours que d’affirmer le principe même du devenir et de la transformation de « l’idée » même du corps et du visuel qui n’est plus considéré - à l’image de la femme dans l’art - comme passif, maîtrisable, malléable.

Hildebrand2.pngPour autant - ou en conséquence - l’artiste refuse une vision mythique ou mystique du corps. Sara Hildebrand fait frémir et basculer ses lisières. Le sujet est hanté presque physiquement par une présence impalpable, qui manque chaque fois d’apparaître comme tel et qui pourtant le saisit par-derrière et par une abolition de toute ligne de séparation entre matières et substances. Man Ray n’est pas loin lorsqu’il présentait le nu féminin ondulatoire comme une chronophotographie des effluves du désir mais tout autant comme une identité désindividualisée. Le corps semble reclus et en attente, entre liberté et nécessité voire comme l’écrit Breton, « résolu de peur d’être mal étreint, à ne se laisser jamais embrasser».

Jean-Paul Gavard-Perret

02/02/2018

Guillaume Pilet : la vie reste une fête

Pilet 1.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Centre Culturel Suisse de Paris, du 24 février au 25 mars 2018.


Dans My Life as a Parade, le Lausannois Guillaume Pilet propose une quarantaine de dessins autobiographiques réalisés au crayon, à l’encre et à l’aquarelle. Il « romance » sa vie comme une histoire pour enfants sous forme de « parade » : ses éléments futiles ou graves prennent une saveur ludique. La vie de l’artiste est donc moins la matière d’une perdition que le fantôme d'une histoire dégagée des ombres appesanties.

Pilet 3.jpgGuillaume Pilet transforme la solitude en prouvant qu’elle n’est pas complète, qu’il peut toujours rester un interstice par où passer. D’autant que la brièveté éparse des dessins permet l'oscillation d’un marteau sans maître qui répond ainsi aux questions : Que faire ? Que dire ? Mais sans se prendre la tête et effacer tout pathos. Chaque dessin devient un moment d’“ ébriété ”en une entente tacite avec l’existence.

Pilet 2.jpgAu besoin des fantasmes jubilent mais sans ostentation. Chaque vignette devient une invitation à ne jamais renoncer. Il ne s’agit pas de finir dans le décor, mais de caresser la dérision comme un chat qui tourne en rond. Bref l’artiste remonte son histoire comme une ombre portée moins sur la splendeur du jour que pour effacer la nuit.

Jean-Paul Gavard-Perret