gruyeresuisse

31/03/2021

Philhelm et le déclin des temps

Philhelm 2.jpgL'approche de Philhelm est le fruit d’une révélation : « les Dieux sont venus un jour à ma rencontre ! Ils daignèrent me présenter leurs messagers en héros accompagnés de leurs sphinx : Qu’ils me pardonnent si j’ose les citer dans la joie de mon cœur, même si je ne mets nulle mauvaise honte à leur demander grâce ». L’œuvre devient ainsi une remontée. Mieux : une régénérescence. Philhelm fait revivre des légendes, des connaissances perdues et des civilisations parfois ensevelies. 
 
 
Philhelm.jpgSa manière de les aborder vaut mieux que tous les traités d’archéologie même s’il leur emprunte quelques bribes. « Je décline les couleurs dans une correspondance avec les images et les écritures originelles pour retrouver une infime histoire du passé dans laquelle mon monogramme aurait toujours été présent tel un archétype » précise encore le créateur. Chaque monogramme cadre et décadre les repères proposés même par la postmodernité.  
 
Philhelm 3.jpgHabité et totalement "hors cadre" l'artiste alsacien est le  modèle parfait d'un irrégulier de l'art. "Derrière ma vie de reclus demeure la quête du Graal du XXIème siècle. On l’a soigneusement enveloppé et caché, on s’est bien gardé d’allusions à la chanson de gestes. On a voulu faire des êtres l’inverse de héros humains ou animaux.  On a fait détester les légendes. Il faut pourtant un orgueil intellectuel pour prendre les armes et retrouver la direction du vol  de l’oiseau" dit celui qui offre l’éclosion des mondes enfouis, perdus, oubliés, estropiés. Philhelm n'en signale pas la perte mais accompagne leur renaissance "réactionnaire" au sens premier du terme. Dès lors - par son graphisme particulier bien plus moderne qu’il l’imagine lui-même - ces lieux, plus qu’un retour, signalent une avancée. Du temps où les dieux étaient les hommes, l'artiste prouve que leur puissance passait par des symboliques aujourd'hui anéanties par fausse superbe et ignorance. Cela permet en outre de prendre la mesure de l'espace et du temps. Ils sont soudain ouverts à un cosmos auquel l’artiste reconduit  dans l'espoir que les hauts esprits des cultures oubliées nourrissent une science-fiction inédite et inversée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret.

26/03/2021

Antoine Martin : éther-nité

Martin.jpgAntoine Martin, "Flugzeug" Xippas, Genève,  du 18 mars au 10 avril 2021.
 
Les pièces d’Antoine Martin faites de câble, de toiles sous-tendues par des structures de bois contreplaqué restent toujours un appel à un envol, à une sorte d'éther-nité. Tout se joue dans un dégradé et des camaïeux de blanc ou plutôt de ce que l'anglais nomme le "blank - à savoir une absence de couleur.
 
Existe dans cette architecture  le souvenir du père de l'artiste , passionné d’aéronefs et rescapé d’une grave chute avec son planeur. Le critique Joseph Farine y voit un rapprochement avec l'oeuvre de Beuys induite elle aussi  à l'origine par un accident. Mais avec Antoine Martin  la volonté de rédemption dans le souvenir paternel, est bien plus efficiente que celle de l'Allemand dont le radicalisme d'origine a fini par se perdre dans les pages désormais tournées de l'histoire de l'art. Chez Martin l'oeuvre tient, se tend non sans la volonté d'une beauté nouvelle qui permet au rêve d'ouvrir ses ailes sans tourner le dos à la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/03/2021

Les variations de Thomas Hauri

Hauri.pngThomas Hauri, "k", Espace d'art contemporain ( les halles ) Porrentruy, mars 2021.

 
L’œuvre de Thomas Hauri échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce.
 
Hauri 2.jpgLa saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. De très larges feuilles de papier sont devenues le support principal de l’artiste Thomas Hauri depuis son changement de médium pictural. Malgré une spécialisation en peinture classique, à l’huile, il se tourne vers la pratique de l’aquarelle lors d’un séjour à Berlin,
 
Hauri 3.jpgCette technique plus directe et spontanée - qu’il considérait jusque-là comme secondaire - devient son champ d’expérimentation afin de représenter des formes architecturales (hall, esplanade, porte et fenêtre) dans des perspectives partiellement abstraites où le motif demeure plus ou moins identifiable. Existe une tension permanente en un processus dynamique au sein des traversées qui proposent un dépassement de la pure contemplation. L’image s’ouvre par des « abandons » successifs que Hauri fomente par sa méthode de création.  L’image est donc soumise à divers systèmes de variations. Elle nous fait face sans qu’il faille chercher forcément à collecter l’authentification de ce qui est présenté.

Jean-Paul Gavard-Perret