gruyeresuisse

27/05/2021

Yves Zurstrassen : hasard et nécessité

Zurs.jpgYves Zurstrassen, "Red, Blue and Yellow", Xippas, Genève, du 29 mai au 31 juillet 2021.
 
Yves Zurstrassen se retrouve à dix ans déraciné de la campagne d'une vallée wallonne  pour Bruxelles où sa famille s'installe à la suite du déclin de l'industrie lainière. Très vite l'adolescent dissipé sait qu'il sera peintre et entame un travail d'atelier en divers lieux (Belgique, France, Espagne). Il expose pour la première fois à Bruxelles en 1982.
 
Zurs 3.jpgAutodidacte (mais passé par une formation en graphisme) il se forme auprès d'autres artistes,  reste attiré par l'expressionnisme abstrait de Pollock, de Kooning , Twombly et Mark Tobey. Il revendique une "peinture peinture" qui ne renonce pas au rectangle du tableau pour y chercher de nouveaux espaces. À partir des années 2000, sa démarche évolue, inspirée par son goût pour le mouvement Dada et  Kurt Schwitters. 
 
Zurs 2.jpgLes petits formats prennent une place plus importante dans son oeuvre. Il y introduit des collages de papiers journaux déchirés, découpés pour ensuite les décoller, en enlevant la peinture. C'est sa manière "d'ouvrir  des fenêtres sur la mémoire du tableau" écrit-il.  Il utilise désormais - comme le prouve sa nouvelle exposition - les techniques informatiques. Les motifs découpés, qui venaient se poser à la surface de la composition, sont désormais à l'intérieur du fond d'oeuvres où se jouent  hasard et nécessité en des jeux monochromes. Ils servent autant d'écran, grilles que d'images.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

26/05/2021

Portrait de Not Vital par Pascal Hofmann

Not Vital.jpgPascal Hofmann, "NOT ME – A Journey with Not Vital", Suisse, 2020, 78 min, Wilde, Genève.

Pascal Hofmann trace les lignes de force de l'artiste suisse et cosmopolite  Not Vital. Il évoque ses travaux en les mettant en rapport avec ses rêves d'enfance et ses influences. Tout comme avec ses passages à Pékin, en Patagonie, au Niger,dans son village de Sent dans les Grisons et New York. Le créateur  poursuit de manière de plus en plus radicale une de ses thématiques majeures : la représentation de têtes humaines au moyen de sculptures, dessins, peintures. 

Not Vital 2.jpgA partir de 2009, prenant pour sujet ses propres assistants chinois, l’artiste a entamé une série de portraits en sculptures. Elles sont à ce jour ce que l’artiste a produit de plus beau - même si ce mot doit être parait-il honni de la critique. Leur force esthétique tient de la puissance de formes qui ferait passer Brancusi lui-même pour un baroque. La monochromie des dessins dans leur exécution rapide, leur aspect flou est métamorphosée en surfaces lisses, parfaites, brillantes "minimalissimes" (dit-il) et qu’il faut scruter de près tant Not Vital les travaille avec une économie de détails. Les « Têtes » deviennent des modèles d’abstractions quasi pures. Et elles imposent leur universalité. 


Not Vital 3.jpgLe revêtement enrobe les reliefs convexes et concaves d’une même pellicule brillante créée par une haute technologie mise au point par l’artiste. Chaque pièce se couvre de reflets en offrant un jeu d’éloignement et de proximité (la première domine), de chaleur et de froideur qui saisissent le spectateur. De telles œuvres sont autant des figures primitives que de science-fiction. Not Vital oblige l’image à revenir à un état premier qui oblige à sa relecture. Elle donne une forme à une avant-forme ou si l’on préfère une forme affranchie dont le spectateur doit «dévisager » les contenus. Dans ce qui peut sembler  gouffre d’ombre  l’éclosion de miracles, l’ascension de merveilles ont lieu et affichent l’absolu de leur évidence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Yongjae Kim : le réel - ou ce qui lui ressemble

Kim 2.jpgYongjae Kim, Dubner Modern, Lausanne, juin 2021.
 
Né en 1985 à Séoul, diplômé au Pratt Institute à Brooklyn, Yongjae Kim peint des intérieurs vides et des personnages isolés dans le paysage urbain,  avec une capacité impressionnante pour capter les subtilités évocatrices de la lumière et de l’ombre. Ses œuvres sont des vignettes d'observations minutieuses qui transforment des scènes quotidiennes, a priori banales, des situations expressives fascinantes. Comme chez  s
Hopper, elles remuent l’attentive excitation du secret. La vie afflue sortie du plus profond  en des rythmes autant retenus que déployés.
 
  
Kim.jpgLe Coréen refuse de sacrifier aux aspects sombres de l'existence. Il avance sans défaillance à la recherche de jaillissements. C'est ce qui donne aux œuvres  une force  froide mais électrique. L’émotion des corps comme des paysages sont toujours retenus   pour toucher un centre jamais atteint mais dont il ne cesse de se rapprocher en refusant une peinture de décor ou psychologique. Soudain les poissons que nous sommes sentent et voient l’eau dans laquelle ils « nagent ».
 
Kim 3.jpgIls ne sont plus des fantômes dont l’âme craint d’être avalé par le ventre de quelque monstre marin. Lignes et formes se doivent au retournement de l’inaltérable réalité. Se  réclamant comme peintre analytique Yongjae Kim l'explore comme il expérimente la structure de l’image selon son rapport à l'espace physique en faux sens de réalisme. Cela n'est pas simple et demande beaucoup de rigueur. Chaque peinture devient un élément de l’alphabet  du quotidien au sein de bribes de sensations propice tant au retournement qu’au dévoilement.  
 

Jean-Pau Gavard-Perret

08:50 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)