gruyeresuisse

15/04/2021

Les offrandes de Giacomo Santiago Rogado

Rogado bon.jpgGiacomo Santiago Rogado, "Kopf herz Bauch", Galerie Mark Müller, Zurich, du 24 avril au 5 juin 2021.
 
Giacomo Santiago Rogado délivre de bien des imbroglios que l'art entretient. Narrateur plastique il construit une légende muette. Nul discours est nécessaire. Résultat :  une liesse minimaliste, la fête de contacts implicites. Aucun incident ne vient déranger l’ordre : tout est accueil là où sous l'uniformité d'apparence se produit moins la sévérité qu’une poésie du diaphane.
 
Rogado 2.jpgDans les formes, disques, taches tout à la fois se divulgue et s'endigue. L'exubérance prend un aspect très particulier presque ascétique mais coloré. Un miracle maraude car le créateur est apte à capter un tumulte sourd. Il permet de rejoindre le flux d'une avancée là où le statique est métamorphosé. Par un contrôle constructif.  Rogado crée ce qui semble soumis à une astreinte.
 
Rogado.jpgIl n'existe pas à proprement parler de trame ou d'horizon mais un porte greffe minutieusement réglé : les éléments à l'identique créent une étrange parade. Elle laisse à la fois sans voix et bavard tant le regardeur ne peut se défaire de ce qui lui est servi sur ce plateau. L'œuvre semble "sans image" et pourtant elles abondent impeccables  et prégnantes en ce qui tient d'un cérémonial aussi discret qu'étrange. L'œil doit apprendre à saisir sa force et sa fantaisie.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

14/04/2021

La peinture comme voyage en solitaire - François Aubrun

Aubrun.jpgFrançois Aubrun, "Oeuvres sur papier", galerie LIGNE treize, Carouge - Genève, du 17 avril au 31 mai 2021.
 
François Aubrun (1934-2009) a défini son  travail dans une phrase essentielle :  "L’acte de peindre se passe seul et il ne faut jamais souffrir de solitude si on veut peindre. La peinture n’est pas un métier, c’est un cheminement qui se conduit uniquement dans la solitude." Fidèle à son principe il a peint pendant soixante ans dans son atelier  à côté de chez Cézanne, face à la montagne Sainte-Victoire.
 
Aubrun 3.jpgToute son oeuvre montre l’indicible et par exemple  la transparence de la brume "quand le matin elle pèse plus lourd que le ciel" écrivait encore l'artiste. Il a toujours cherché une liquidité du paysage, liquidité qu'il concevait comme "le féminin, la rivière, la Seine, la brume de Sainte-Victoire".. De ces lieux il a tiré un trouble, une lumière et le silence.
 
 
Aubrun 2.jpgIl en a restitué la lumière, voire le silence. Le tout attiré par le regard qui le poussa à la création. Elle donne à voir comment les choses  se font en suffisant d'attendre : " à force de regarder les choses, elles vous regardent."   Celui qui fut directeur de l’École des Beaux-Arts de Toulon de 1974 à 1980, puis professeur de peinture à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1992 reste un artiste autant majeur que discret et dont l'oeuvre reste saillante par le trouble qu'elle génère.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

13/04/2021

Markus Weggenmann : collision des surfaces

We2.jpgMarkus Weggenmann, «Ein Bild schreit nach dem nächsten!», Kunstmuseum Appenzell, avril 2021. Galerie Mark Müller, Zurich.
 
A tout ceux qui veulent comprendre comment se fomente le déplacement des formes et des couleurs, existe dans le travail de Markus Wegenmann bien plus qu'une initiation : le travail d'une vie et celui d'une oeuvre qui se poursuit.
 
We.jpgLe tout au sein d'une iconographie parfaite. "La chose perdue" de l'art est retrouvée d'emblée. Les oeuvres sont  des "objets de désir" qui permettent non seulement la traversée de ce dernier mais ils créent une forme d'emprise par une beauté qui n'est pas seulement celle d'un goût mais d'un regard.
 
We3.jpgCeux qui croyaient enterrer l'art abstrait voient à quel point il peut encore  surprendre. L’espace est une boule. L’espace est un carré. Boule ou carré, l’espace est un entre-deux. Il ne se détermine jamais avec exactitude; Certains imaginent qu’ils parviendront à trouver sa clé, d’autres sont convaincus qu’ils ne sauront jamais. Markus Wegenmann continue à  le questionner.
 

Jean-Paul Gavard-Perret