gruyeresuisse

16/01/2022

Michel François : secousses aux paradigmes de ressemblance

Mezza 3.jpgMichel François, Galerie Mezzanin, Genève, du 13 janvier au 26 mars 2022.
 
Par la sculpture, la photographie, la vidéo et les installations, Michel François secoue la réalité qu'il parcourt en nomade. Il prélève, recadre et repositionne des fragments, zoome des situations, fige des instants. Il se dégage - en parfait irrégulier de l'art belge - des modèles uniformes et des schémas préétablis.
 
Mezza bon.jpgSon univers est aussi ludique que poétique. Si bien que tout ce qui nous entoure et que nous connaissons devient exotique. La surprise, l'incongruité sont au rendez-vous mais pour tisser des liens neufs entre l'être et la nature.
 
C'est aussi un travail de "recyclage". Michel François perturbe la notion d'oeuvre d'art en notre monde de marchandise et d'information qui voudrait tenir lieu de paradigme absolu. mezza don 2.jpgIci à l'inverses les pièces sont reprises, réactivées dans des scénarisations des "objets". Le but est de redynamiser par l'oeuvre et l'exposition les rapports entre art et réalité.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

15/01/2022

Valentin Carron Vasistas des vanités

Carron.jpgValentin Carron, "Ovals In The Dark,  Wilde, Genève, du 13 janvier au 4 mars 2022
 
A la "tête boule bien ronde" de Beckett répondent celles ovales de Carron. Manière de retenir sinon le monde du moins de l'être là où ça respire et où peut-être se situe (non sans humour dans le cas de l'artiste) l'essentiel.
 
Carron 2.jpgDans cette esthétisation originale Carron ose la notion d’œuvre en tant qu’objet mais un objet qui fracasse la tranquille continuité du discours artistique qu’il soit iconoclaste ou conservateur. En cela il fait figure d’artiste d’exception et entièrement à part.
 
Carron 3.jpgSes têtes aux couleurs vives et parfois mais plus rarement sombres laissent éclater une sorte de rêverie non dénuée peut-être de sexualité mais en hors champs. Mais c'est surtout un exercice de la « vanité » revue et corrigée. Elle n'est plus souillée par le moindre décor ou artifice dans une imagerie qui a sa manière devient aussi ironique qu'essentialiste.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/01/2022

Guillaume Pilet : l'abstraction et après

Pillet 3.jpgGuillaume Pilet, "No Easy Way Out", Galerie Joy de Rouvre, Genève, 27 janvier au 12 mars 2022.
 
Guillaumet Pilet à partir de la  grammaire du géométrisme et de l’abstraction, s'en est affranchi pour en explorer les possibilités de l’étrangeté nourrie de diverses influences (Leroi-Gourhan, Warburg, Chardin entre autres mais pas seulement sans oublier celle de son père peintre : (Henri Pilet, dit Boutagy.
 
L'artiste se sort de tous les académismes dans un substrat  conceptuel  qui peut ressembler à  un cabinet de curiosité. Il n’a depuis cessé de produire de la céramique mais son oeuvre de peintre le fait entrer dans l’histoire de l’abstraction en Suisse romande qui vient mettre à mal la tradition et la traduction de l'école zurichoise. Ses enseignants (Francis Baudevin, Stéphane Dafflon, Philippe Decrauzat) ne sont pas pour rien dans cette approche.
 
Pilet 2.jpgSes motifs parfois proches de ceux réalisé par Bridget Riley et Philippe Decrauzat rappellent comment l'abstraction évolue au fil du temps. Certaines de ses oeuvres  en leurs effets de murs de briques et dans leur construction évoquent autant le travail de Martin Wong, Cady Noland et Jean-Luc Manz. Reste un aspect aussi complexe que ludique propre à déplacer repères et points de vue à travers des formes rémanentes . L'érudition s'y cache toujours afin de créer une force émotive première. Le langage pictural semble alors tenir tout seul dans des fragments posés les uns près des autres. Les pensées  en naissent et meurent, elles glissent sans que nous en ayons conscience, ou bien c’est nous qui glissons en dérive de telles présences inédites.
 

Jean-Paul Gavard-Perret