gruyeresuisse

24/03/2021

Les variations de Thomas Hauri

Hauri.pngThomas Hauri, "k", Espace d'art contemporain ( les halles ) Porrentruy, mars 2021.

 
L’œuvre de Thomas Hauri échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce.
 
Hauri 2.jpgLa saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. De très larges feuilles de papier sont devenues le support principal de l’artiste Thomas Hauri depuis son changement de médium pictural. Malgré une spécialisation en peinture classique, à l’huile, il se tourne vers la pratique de l’aquarelle lors d’un séjour à Berlin,
 
Hauri 3.jpgCette technique plus directe et spontanée - qu’il considérait jusque-là comme secondaire - devient son champ d’expérimentation afin de représenter des formes architecturales (hall, esplanade, porte et fenêtre) dans des perspectives partiellement abstraites où le motif demeure plus ou moins identifiable. Existe une tension permanente en un processus dynamique au sein des traversées qui proposent un dépassement de la pure contemplation. L’image s’ouvre par des « abandons » successifs que Hauri fomente par sa méthode de création.  L’image est donc soumise à divers systèmes de variations. Elle nous fait face sans qu’il faille chercher forcément à collecter l’authentification de ce qui est présenté.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/03/2021

Charles Weber : insurrection des fantômes

Weber 1.jpgCharles Weber, "Lassithi Drive", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 5 mai 2021.
 
 
Dehors la lumière claque. Mais les arbres n'ont pas du plomb dans l'aile. Les ombres rebondissent. Les fantômes ne changent pas. Ils se chargent. Ils ne prétendent à rien. Ils disent à peine - puisque en les photographiant Charles Weber les invite - :  « Venez par là ».  Que faisons-nous alors ? Reste une immatérielle lenteur de  lunaisons pour attendre une légende. L'arbre est dedans. Il est  dans ce vaste monde.
 
Weber 2.jpgIl y a des arêtes, des traversées  d’un Eden dont on ne finira de descendre les volets. Il y a aussi une sur-vivance, une langue obscure. Saveur d’empreinte, de poivre vert en la cendre des jours. Mouvement de repli. Sutures pour la Belle au Bois Dormant en hiver gris.
 
Weber 3.jpgLa photographie saisit parfois des  silhouettes presque disparues. Tout rappelle parfois certains paysages d'Antonioni (L'Eclipse, Blow Up, Le Désert rouge). Ce qui fascine c'est  l'horizon défait, l’ultime tissu du monde . Mais aussi l’inverse de sa ténèbre, l’extase troublante, la rencontre impossible d'un seuil infranchissable.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

21/03/2021

Reto Boller : autonomie de la "peinture"

Boller.jpgReto Boller, «bereit zu tragen», Kunsthalle Arbon (CH), du 28 mars au 16 mais 2021.
 
Le Zurichois Reto Boller explore les possibilités de la peinture en repoussant de plus en plus les frontières de ses deux dimensions dans le tridimensionnel. Il quitte la peinture traditionnelle à mesure que son intérêt pour les objets trouvés et les installations grandit.
 
Boller 2.jpgC'est une manière de sortir de l'espace illusoire du tableau. Dans ce dernier, à partir des années 1990, il mélange toujours de la colle et de la résine synthétique à la peinture et, en la déversant sur le sol ou le mur pour obtenir des effets de relief. Parfois il réinterprète ses espaces  en recouvrant les surfaces de films adhésifs colorés. Mais depuis les années 2000, ses recherches de matières le font recourir à des objets du quotidien :  tuyaux, sièges, sangles de transport ou casques de moto, qu'il intègre dans des compositions plastiques.
 
Boller 3.jpgL'artiste s'intéresse à la transition entre l’image et l’espace, la peinture et l’objet, la matérialité de la peinture et son apparence. Cela fait naître des associations avec la tradition  où le tableau représente la fenêtre et le symbole d'un regard porté sur le monde imaginaire ou réel. Reto Boller ne s'intéresse qu'à la matérialité de la surface, là où le tableau ne fait référence qu’à lui-même en devenant un objet autonome.
 
Jean-Paul Gavard-Perret