gruyeresuisse

20/01/2022

Les zones crépusculaires de Bertrand Planes

Planes.jpgBertrand Planes, "Poème en morse", Galerie Laurence Bernard, Genève 2021, 27 janvier au 25 février 2022.
 
Bertrand Planes invente pour cette série un dispositif particulier : il a créé une balise autonome et pilotable à distance. Elle est visible la nuit de très loin. Parfois après une ascension en montagne, il la pose dans le paysage et à l'aide d'un interupteur cette source de lumière transmet un poème en morse qui peut se voir depuis les vallées adjacentes.
 
Planes 2.jpgIl travaille actuellement à un montage de plusieurs balises. Il utilise dans ce but la technique du "light painting" et le message produit demande l’usage d’un appareil photographique pour être décodée. Ces sources en synchronie sont alignées et lors des captations -  à longue pause et en mouvement - les flashes lumineux laissent des traces sur la photo et y dessinent des mots.
 
Planes 3.jpgUne nouvelle fois Bertrand Planes puise dans les sciences et les outils numériques ses mises en scène. Le pixel, le traitement de données et les sources lumineuses utilisés dans ses installations créent un univers parallèle et poétique qui deviennent une sorte de critique diffracté de notre monde.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Philippe Litzer : Chine nouvelle mais aussi démons et merveilles

Litz 2.jpgPhilippe Litzer (rédacteur en chef de OpenEye)  sauvegarde le monde de ses sursauts nocturnes ici ou ailleurs. Dans ce second cas il ne traite pas lieux en une vision touristique ou  exotique. Les guipures de ses images de fine et impertinente dentelle recouvrent de funestes destins du monde pour une harmonie provisoire. Le photographe jadis chimiste se fait alchimiste en  se rapprochant des êtres au sein de leurs paysages quotidiens. Point important :  Il refuse toujours de sacrifier à la caricature. La tendresse, la beauté et l'humour. caractérisent son regard qui fait feu des jeux de lignes et les couleurs. 
 
litz.jpgExit la nostalgie ou la mélancolie. Les vies se croisent telles qu'elles avancent au fil des saisons. Celles et ceux qui traversent les images vaquent à leurs occupations. Litzer sait les attendre comme il patiente pour que la lumière soit intense. Le photographe se laisse guider par ce qu'il ressent. Jouant sur des formes aussi complexes que simples, il propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre et il  prouve que le diable et le bon dieu sont autant dans les détails que dans les plans d'ensemble.
 
ltz 3.jpgLe photographe semble la plupart de temps s'amuser à casser les souverains poncifs du portrait, du paysage et rentre en empathie avec ceux qu'il rencontre.  Chaque cliché est touchant et drôle. Litzer a compris que la déconstruction n'a plus rien à déconstruire et que le conceptuel a touché ses limites.  Il est donc passé à quelque chose de plus consistant : le jeu des espaces et des temps dans le trajet de vie infime.  La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Et ce en une volonté d'approcher,  au plus près et avec humour le flot des existences entre autres à Venise, en Chine. Et ce loin de la vieille tristesse pour offrir en otage un supplément de plaisir.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Voire Site OPENEYE

18/01/2022

Marie Chapuisat Archinard : Emergences en vibrations

Chapuisat.jpgMarie Chapuisat Archinard, "De pierre et de bois", Galerie Marianne Brand, Carouge, Genève, du 20 janvier au 4 février 2022.
 
Marie Chapuisat Archinard envisage et dévisage le monde au-delà d’une linéarité et par effet de matière. Et ce de manière parfois drôle, parfois minimaliste. Chaque œuvre se décline selon sa masse et le miroitement de la lumière sur ses formes dont ne demeurent parfois que des traces indicibles.  
 
Chapuisat 2.jpgSont présents des états premiers. Ils ne cessent d'élever des visions du bord de l'abîme. Elles deviennent le moyen de subvertir le réel par sa propre représentation. Dès lors, si le réel semble avoir le dernier mot, l’art le dissocie de ses mises en volumes.
 
Refusant narrations et anecdotes ce travail se caractérise par la production d’images aux puissances mentales et émotives. Elles deviennent  des espaces poétiques par excellence. Cette poésie plastique parfois presque fripouille ne cherche pas la séduction : elle veut avant tout suggérer le champ magnétique - aux diverses polarisations - induit par la notion de globalité de chaque pièce et ce, non sans une sensualité aussi aérienne que tellurique.
 

Jean-Paul Gavard-Perret