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01/03/2022

Ebru Duruman : joie et douleur

Duruman 3.jpgEbru Duruman, "Breasts and Breaths - Solo show", Bloom Galerie,  Genève, du 2 mars au 23 avril 2022.
 
Ebru Duruman présente sa première exposition personnelle. Elle  est née et a grandi à Istanbul dans un milieu socialement conservateur et hétéronormatif. Elle a travaillé pendant plusieurs années au Pei Cobb Freed & Partners avant de se tourner vers la peinture à temps plein. On lui avait en effet conseillé de poursuivre une carrière conventionnelle.
 
 Duruman 2.jpgSon intérêt sexuel pour les femmes n’était pas  dans le goût de l'establishment. Mais désormais elle est passée outre : "En tant que femme artiste, j’ai trouvé ma voix dans la sexualité et j’en suis venue à une compréhension et à une acceptation des parties du corps." écrit-elle. Et son  oeuvre scénarise entre fiction et abstraction la lutte intérieure des femmes mais plus généralement des êtres humains habités   plaisir et de douleur.
 
Duruman.jpgSomptueuses ses peintures embrassent en totalité la sexualité de l’esprit féminin. Ses premières œuvres représentaient des femmes mortes, sans bras, les jambes fermées. Désormais jaillissent  des personnages qui se consument mutuellement. Joie et souffrance sont toujours en interaction dans ce travail chargé de sexualité et d'émotion.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2022

Sarah Fisthole et la question de l'être

Fisthole 2.jpgPour Sarah Fisthole saisir la ressemblance ne consiste en rien à reproduire  du semblable - du moins tel qu'il est. L'artiste complète  la horde des catcheurs ivres, victimes et bourreaux  de William Blake. Le ciel qui s'ouvre ne semble pas le bon puisqu'il s'agit de gouffres et de bains de sang. La monstruosité se condense où s'ouvre de façon d'être ardente. 
 
 
 
Fisthole 3.jpgTorches mouvantes les astres deviennent les suppléments à certains désastres. Chaque dessin souligne la douleur d’un cœur, la vivacité meurtrie d’un corps.  Sarah Fisthole mêle la vue et le toucher là où tout est empreint de risques violents et d’équilibres subtils.  C'est comme si la mort n’était que l’angoisse et la peur de la vérité. 
 
Fisthole.jpgRestent le bal ou les bondissements des maudit(e)s. Sarah Fisthole nous réduit à l'état somnambulique face à nos  semblables et monstres sacrificateurs au sein de leurs alliances. L’amour est coupé de lui-même par la lumière qui le brûle là où les hommes  "monstres" sont le dévers et non le centre des femmes dont ils labourent le ventre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Sarah Fisthole, "Elégie organique (Alchimie corpsmique), Fanzinothèque de Poitiers, du 1er avril au 31 mai 2022.
 

07/02/2022

Abdul Rahman Katanani, Maryam Ashrafi : les glorieuses

Abdul bonbon.jpgAbdul Rahman Katanani, "La Vie", Maryam Ashrafi, "Femmes Kurdes",  Analix Forever, Genève,12-14 février 2022.
 
Abdul bon.jpgDans "La Vie", l’artiste franco-palestinien Abdul Rahman Katanani revendique la liberté des femmes. Il les présente dans la somptuosité de leur intimité suprême en sculptant avec des bidons de pétrole coupés, pliés, froissés, écrasés, soudés, rehaussés, multicolores, avec tous les plis que la nature a inventés pour la vulve, ce mystère des mystères pour lui ôter l'opprobre que bien des cultures lui accordent et offrir à contrario l'idée de la femme globale.
 
Abdul.jpgA cette gloire centrale et totale répondent les photographies de  Maryam Ashrafi. Les combattantes kurdes en Syrie et au Kurdistan d’Irak s'élèvent au delà des ruines, dansent en dépit des projectiles. L’émancipation des femmes jouxte ici le militantisme du mouvement d’indépendance kurde. Les femmes deviennent les porteuses d’un projet révolutionnaire politique et social. Maryam Ashrafi offre un témoignage sur la façon dont un peuple tente de bâtir un futur en soulignant le rôle des femmes dans l’équilibre social d'aujourd'hui et dans l'espoir de lendemain plus ouvert.
 
Abdul t.jpgLa simple courbe d’un visage féminin ou d'une vulve  souligne ce qui revient à identifier par la prise plastique quelque chose de subtil qu’il ne convient pas de détruire mais d’isoler, de retenir en une sorte  d’état pur entre du désir face à la capacité de destruction du quotidien. L’ombre se distingue du référent par ce qu’elle le fait jouer.  Par ces effets surgit une ostentation subtile, elle participe à la présence du corps érotisé. Elle s’y dépose sans le recouvrir. Du moins pas en totalité. En chaque corps ou vulve, son épaisseur, sa tactilité et dans cette double vision, la monstration prend tout son sens et sa radicalité.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret