gruyeresuisse

09/06/2021

Valentin Magaro : prostitutions

Mag 3.jpgValentin Magaro, "Théâtre du Complot", du 12 juin au 18 juin 2021, Sam Scherrer Contemporary, Zurich
 
 
Valentin Magaro traite des structures narratives fictionnelles dans le dessin et la peinture. Il propose des transpositions visuelles sur le phénomène des théories du complot. L’œuvre rappelle tout un univers baroque fait d'objet cachés mais en saillies. Bonnes soeurs, terres retournées, alunissages, moutons dormeurs deviennent  des stimuli visuels créateurs de nouveaux contextes et de motifs inédits où le monde devient   théâtre mondial absurde avec ses messages cachés.
 
Mag.jpgDes bâtiments bizarres semblent avoir surgi de la croissance auto-organisatrice alors que l’être humain émerge toujours sous une forme fortement schématique. Et tout résulte de  stratégies médiales et structurelles d’invention picturale. Ce qui est montré et ce qui est évoqué n'est pas forcément adéquat pour mieux souligner un univers de plus en plus douteux quant à ses structures "mentales".
 
 
Mag 2.jpgDans la combinaison d’un processus pictural d’invention de forme qui dérive en fait d’un support numérique, le   dessin artisanal et  scientifique - est transformé par la façon dont il est traité en quelque chose de totalement absurde et, en cela, il suit la logique de la génération d’images numériques où le réel devient une sorte d'intrigue virtuelle dont l'artiste se sert pour dénoncer un monde eu sens de plus en plus douteux.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2021

Walter Schmid l'indigné

Schmidt.jpgWalter Schmid, "Alerte rouge", Andata Ritorno, Genève,  jusqu'au 05 juin 2021.

 
Scmid 3.jpgNé en 1936 dans une famille d’artisans, d’agriculteurs et de vignerons, Walter Schmid passa sa jeunesse dans la Région des Trois Lacs. Il vit à Genève depuis plus de soixante ans. Enfant déjà il était fasciné par le dessin puis, à l’adolescence il fit ses premières expériences en peinture. Il découvrait alors les oeuvres d’artistes tels que Piranèse, Giorgio Morandi, Goya, Giacometti, Léger, Picasso, Hartung.  Graphiste publicitaire et designer trop accaparé par les exigences de ces activités il renonça à la peinture pendant plus de trente ans. Depuis de nombreuses années il y consacre tout son temps. Le choix de ses thèmes constitue un témoignage critique et angoissé de l’univers qui nous entoure et auquel nous participons.
 
Scmid 5.jpgWalter Schmid a représenté successivement le monde de la boxe, des engins mécaniques,  des insectes géants et des chauves-souris. Il traita également de l’univers carcéral, des conflits armés, des menaces sur l’environnement, des espèces menacées et des catastrophes humanitaires. Une impression de violence se dégage de ses oeuvres qu'elles soient gigantesques ou délicats dessins. L'artiste étudie ici les mammifères pour souligner une obsolescence en cours dont nous sommes de près ou de loin responsables.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/06/2021

Orlan : se dépouiller

Orlan.jpgOrlan ne cesse d’ordonner le désordre et de désordonner l’ordre du monde, des choses, des genres, des images, de l’art et donc d’elle-même par le regard que l’artiste porte sur eux et sur elle.  Cela revient à créer et recréer sans cesse une sorte de méthode non-méthode qui rappelle la façon de ramasser les haricots : il y a de belles rangées, l’ordre semble évident mais il faut aller d’un pied à l’autre, d’un pays à l’autre : des lignes imaginaires se croisent et se recroisent mais de la cueillette surgit déjà une possibilité de cuisine particulière.
 
Orlan 2.jpgCela permet d’envisager l’oeuvre dans une perspective de continuité sans insister sur sa fragmentation. A chacun de ses temps  se développent un conflit, des tensions entre plusieurs modalités temporelles et géographiques que l'artiste  rappelle.  Mais le fil de l’oeuvre se déroule paradoxalement sur le fond de permanence d’une image intérieure et en marque les strates. Les diverses surfaces changeantes de l’artiste en leurs modifications et mises en scènes ne font pas regretter au regardeur de s'apercevoir qu’il demeure encore et encore de l’inexprimable et de l’invisible. Mais à lui ensuite, comme la créatrice, de trouver un chemin.  
 
Orlan 3.jpgTout est physique, terrestre, visuel. Pas la peine de chercher plus loin. Même si parfois  du symbole ironique montre le nez. Mais l'éphémère est tout ce qu'on possède. Orlan imagine encore des ruelles bardées d’enseignes de la Toison d’or, du Rat Botté, des Lacs d’amour, du Renard Bardé, de la Harpe, du Bout du Monde. Elle reste liée par un signe qui ne trompe pas, la présence d’un globe aphrodisiaque qui est une sorte de réplique d’une poupée gigogne interne comme si elle était nommée  la reine de Saba. La sphère pour elle est la forme parfaite :  féminine mappemonde d’un désir particulier. Il la fait renouer les fils ésotériques qui relient l’enseignement de la cabale à l’enseignement des sciences occultes au christianisme, au judaïsme et aux croyances primitives à travers cette forme parfaite et terrestre - même s'il est vrai que des sphères il y en a aussi dans le ciel.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Orlan, "Strip-tease. Tout sur ma vie, tout sur mon art, Collection Témoins de l'art, Gallimard, 3 juin 2021, 352 p.