gruyeresuisse

16/08/2021

Mali Lazell et Julia Haenni : du reportage à la poésie activiste du réel

All.jpgMali Lazell est photographe. Elle a développé une curiosité insatiable pour le portrait d’art contemporain à la fois visuellement et théoriquement, examinant ses sujets avec une précision intemporelle unique, alors qu’elle communique les paysages émotionnels et psychologiques complexes de chacun de ses sujets.
 
All 2.jpgElle aborde également notre apparence, les personnes que nous admirons et les secrets que nous essayons de garder, jusqu’à ce qu’elle les saisisse doucement avec son appareil photo et les transforme en art. Et dans ce livre (avec  Julia Haenni réalisatrice, écrivain et interprète) elle documente - et bien plus - la grève féministe du 14 juin 2019 en Suisse. Cette grève fut  historique. Plus d’un demi-million de personnes ont manifesté dans les rues et ont uni leurs appels à l’égalité entre les sexes.
 
All 3.jpgMali Lazell et Julia Haenni, étaient présentes et ont dépeint plus de 90 femmes en mots et en images le jour de la grève à Zurich. Le livre parle de ces grévistes. De leur force, de leur diversité, de leur solidarité. Et de leur courage de défendre leurs droits, de se mettre au centre de l’image. Elles font entendre leur voix, les femmes disent  sommes nombreuses et veulent plus, veulent tout. Et ce livre devient leur chant qui transforme leurs cris.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

12/08/2021

Al Varlez, Collages / Mont(r)ages : tout ce qui reste

Varlez 2.jpg

 

De plus en plus Al (Robert) Varlez (créateur dans les années 70 d'un des derniers bastions de ce qui se nommait encore l'avant garde : la revue 25)  s’oriente de plus en plus vers une scénographie où se mêlent autant le frisson que l'humour. Existe en un transfert poétique tout ce que l'avenir de la planète lui inspire d'inquiétude

 

Varlez 4.jpgL'émotion passe par un tel filtre pour paraître encore plus incisive. La retenue esthétique et celle du jeu deviennent de rigueur. D’où l’apparition d’un lyrisme étrange, qu'on pourrait nommer  wagnérien. Mais ici  la pompe des images est toujours cassée car les circonstances de s'y prêtent plus. Le fantasme sexuel y est associé parfois selon une artificialité ludique liée à la représentation du corps. Son  démontage ou dépeçage accentue la puissance critique d'un tel travail.

Varlez 3.jpgLes éléments rapportés sont donc moins là pour dissocier le fantasme érotique du réel que pour permettre une oscillation entre réel et imaginaire. L'esthétique du collage décalant tout point d'appui, les montages permettent d'entrevoir l'essentiel sans que Varlez se transforme en père la morale. Néanmoins ce qui paraît roc se creuse, se volatilise pour laisser place à un fleuve intempestif dont le créateur voudrait ralentir le courant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le facebook de l'artiste

07/08/2021

Jacques Cauda : Greco et la vie à mort.

Cauda.jpgUne nouvelle fois Cauda ramène à l'irruption du corps dans un des assemblages dont il a le secret. Ici par l'intermédiaire de la peinture et du cinéma, du pinceau et de la caméra. Entre Greco et Cézanne défile une scène expérimentale de ceux qui de près ou de loin ont abordé le sourire qui verticalement mord.
 
 
 
Cauda 3.jpgGriffith, Ridley Scott, Chéreau, Sutter, Bunuel, Dali, Aragon, Bataille, Sade, Cézanne, Hitchcock, Derrida, Céline, Claude Lorrain et bien d'autres deviennent les héritiers du Greco et les vecteurs pour proposer une équivalence entre l'écriture et le monde visible. Tous deux sont les vêtements d'un Christ qui ne se serait pas arrêté à Eboli pour ceux qui désignent de manière métaphorique ou non la présence insubmersible d'un point de capiton capiteux. Il est le signe aveugle assigné à la création des hommes une fois qu'un dieu inventé par eux ait achevé celui du monde.
 
Cauda3.jpgL'ecce homo de Cauda passe donc par des "paysages" souvent cachés mais qu'il ne faut jamais renoncer à voir en dépit de l'aporie de certaines descriptions frileuses. Cauda ne manque pas de toupet pour désigner le plus secret d'entre eux. Preuve que la métaphysique oblige à des coulées et des chemins parfois aqueux où le "bigger splash" de Hockney prend tout son sens. Et nous voici à l'image de Cauda "ensevelis au ciel" et pris entre le haut et le bas au milieu des images auxquelles Greco donna l'inondation générique et la puissance générale. Là aussi où la transsubstantiation ou la renaissance fit de cadavres verts des amoureux transis. La peinture du Grec en devint l'emblème.
 
Cauda4.jpgIl est donc l'olympique olympien. Son oeil et son geste créateur formèrent la pensée en mouvement et en lucidité. Tous les grands créateurs l'ont compris. Nietzsche lui-même estima que dans ce qu'on nomme nuit luit le soleil.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Jacques Cauda, "Camera Greco", Marest Editeur, en librairie le 23 septembre 2021, Paris, 104 p..