gruyeresuisse

11/06/2022

Rafael Lozano-Hemmer : informations / déformations

Lozano Bon.jpegRafael Lozano-Hemmer, "Excuse You !", Wilde, Bâle, du 13 juin au 20 aout 2022.
 
Le travail de Rafael Lozano-Hemmer est toujours étroitement lié à l’endroit où il est présenté. Et la phrase de Duchamp "c’est le spectateur qui fait l’œuvre" s'applique aux installations de l'artiste dont "Bilateral Time Slicer" (Trancheur de temps bilatéral) (2016) qui n’existerait pas sans lui, mais, paradoxalement, sans avoir de contrôle sur elle. L'artiste veut montrer notre incapacité à agir pour sur le monde comme sur nous.
 
Lozano 2.jpgEt ce, au moment où l’impact de l’espèce humaine sur son environnement, est désormais quantifiable grâce à des instruments de plus en plus précis pour le mesurer et visualiser les données. Ces technologies ont donc été au cœur de la pratique artistique de Rafael Lozano-Hemmer. Il les utilise et les détourne pour révéler leur potentiel esthétique et sa signification symbolique et politique.
 
Lozano.jpgEntre autres, "Performance Review" recueille les empreintes digitales de plusieurs centaines de personnes capturées par de l’équipement de surveillance. Autrefois réservée aux zones nécessitant un degré élevé de protection cette technologie est devenue si banale qu’elle est associée même aux smartphones. Si bien que la protection  et  confidentialité de ces informations ne sont  jamais garanties. L’artiste montre ainsi l’existence d'une puissance technologique asymétrique qu’il est urgent de se réapproprier même s'il est peut-être déjà trop tard....
 
Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2022

Jean-Jacques Gonzales : le temps et son au-delà

Gonzales.jpgConstitué de plus de 200 photographies ayant appartenu et prises par son père et le texte qui les commente en une "conversation tardive", ce livre permet la synthèse de scènes de la vie inconnue pour une grande part puisqu'elle date d'un temps que l'auteur n'a pas connu dans un pays (l'Algérie) qu'il a dû quitter à l'âge de 11 ans.
 
Le tout non sans un certain humour et une distance suffisante pour extraire tout ce qui s'écrit de la simple anecdote. Gonzales qui se dispense de toute nostalgie tout en étant capable de véritables élans du cœur envers les siens comme envers des personnes qu'il ne connaissait pas, avec lesquelles il vit encore dans une authentique fraternité.
 
Gonzales 2.jpgSans débordements l'auteur propose à sa manière un récit d'initiation et de mémoire perdue au sein d'une telle rêverie autobiographique. Elle sert de ferment à une composition où l'immixtion de la part d'interprétation de ce qui fut n'entrave en rien une sorte de vérité d'authentification. Ce dialogue est muet mais paradoxalement s’élève contre le silence de mort et d'exil. La photographie paternelle est pour lui un masque tranquille, muet, qu’il oppose à la mort. Du coup, c’est comme si la photo tout entière était un leurre en même temps qu’un ex-voto : un leurre pour déranger la mort, un ex-voto en guise de salut au temps qui passe.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Jean-Jacques Gonzales, "Conversation tardive", L'Atelier Contemporain, Strasbourg, 2022, 206 p., 25 E..

31/05/2022

Marisa et Mario Merz rebelles de l'art

Merz.jpgMarisa et Mario Merz, M.A.H., Musée Rath,  Genève, juin 2022.

Couple emblématique de l'Arte Povera Marisa et Mario Merz sont présentés au musée Rath. Pour la première l'art a été un moyen de faire sauter le verrou entre le réel et notre imaginaire de l’intime. Quant au second il n’a eu de cesse de rappeler la fragilité de notre inscription dans la nature. 

Merz 2.jpgAvec eux l'art a pris une nouvelle tournure et ils ont "encouragé à imaginer que l’art fait percevoir les contours des miroirs que nous posons trop souvent entre nous et le monde." D'où divers systèmes de jonctions mais aussi de renversements de valeurs.

Merz 3.jpg

 

Rien n'est superflu et à l'inverse tout est tendu  chez de tels rebelles qui vont à l'essentiel en leur voyage au long cours qui peu à peu donne forme à l'informe tant que faire se peut par ce qu'ils ajustent et rassemblent. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret