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14/10/2013

Lausanne - « Making Space » - l’autre image

Making Space 2.jpg

« Making Space », 40 ans d’art vidéo, du 18 octobre 20123 au 5 janvier 2014, Musée Cantonal des Beaux Arts de Lausanne.

 

 L’art vidéo est né en 1963 de manière plus ou moins confuse  en reprenant au départ les recherches du cinéma expérimental tentées dès les années 20 par  Dada. Hans Richter, Viking Eggeling, René Clair, Fernand Léger, Man Ray furent ainsi les précurseurs de Nam June Paik, Bill Viola, Richard Serra et tous les pionniers du genre.

 

Dès 1973 le Musée Cantonal des Beaux Arts de Lausanne est une des premières institutions à créer une collection de vidéos. Elle s’ouvre dans ses murs avec  « Limite E »  de Jean Otth. Depuis et à partir de différents vecteurs - poste de télévision, projection, installation, etc. - l’art vidéo s’y décline depuis 40 ans selon diverses approches toujours expérimentales.

 

Le genre a complètement transformé l’image en mouvement traditionnelle : à savoir l’image cinématographique ou télévisuelle. Certains créateurs se sont d’ailleurs servis de celles-ci afin de proposer un art vidéo qui ne porte pas encore ce nom. On pense particulièrement à Beckett : son « Film » pousse le cinéma, « Quad 1 et 2 » entraîne la télévision loin de leurs narrations. Plus généralement Otth et les autres ont modifié les concepts de récit afin d’extraire de l’image en mouvement sa nature intrinsèque. Elle vise à faire de l’image elle-même son propos : « Making Space » de Lausanne par son titre même souligne cette transfiguration.

 

L’art vidéo ne raconte plus des histoires d’autant qu’elles sont le plus souvent vite oubliées nonobstant l’émotion qu’elles peuvent suggérer. L’image cinématographique ou télévisuelle bavardent, banalisent le réel même si bien sûr tout n’est pas à jeter. Mais avec l’art vidéo l’image invente sa propre histoire.

 

Making Space.jpgCertes il existe ici comme ailleurs le meilleur et le pire.  L’exposition de Lausanne ne retient que le premier. Elle montre comment un tel art façonne, donne chair et sens à des durées jusqu’alors impossibles ou impensables. Le temps s’y tord selon des variables qui  prennent parfois le nom  d’apories, de fables. Les créateurs ne cherchent plus à « commémorer sur le fil » (Didi Huberman), ils exhaussent des paradoxes et casse le temps scellé par l’image classique.

 

Une telle exposition est donc  indispensable : elle permet de s’interroger sur l’autorité de l’art vidéo. Certaines œuvres se veulent encore des archives, mais d’autres plus intéressantes (comme celle de Steve Mac Queen) : se refusant à être des stèles elles transforment  le calme bloc de cristal cinématographique. Il se brise et migre vers des considérations critiques. Le regard est entraîné vers des perceptions inédites. Une telle exposition reste donc incontournable à qui s’intéresse à l’art en mouvement.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:05 Publié dans Images, Monde, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

12/10/2013

Balthus, le chat et les souris

 

 

balthus 2.jpgBalthus :  «  Cats and Girls - Paintings and Provocations », Metropolitan Museum of Art, New York,  du 25 septembre 2013 au 12 janvier 2014. Sabine Rewald, "Balthus, jeunes filles aux chats", catalogue de l'exposition.

 

 

 

 

 

Entre 1936 et 1939, Balthus réalisa les célèbres séries de portraits de Thérèse Blanchard, sa jeune voisine à Paris. Elle y posait souvent seule ou avec son chat. En  Suisse il substitua l'austère décor par des intérieurs colorés dans lesquels des nymphettes s'adonnaient à leur rêverie. D’autant que Balthus est un maitre dans l'art de saisir toute l'ambivalence contenue dans l’être et plus particulièrement de la femme encore adolescente ou enfant. Pensives ses jeunes filles à peine écloses ont souvent comme seul compagnon de jeu le chat. Il peut au besoin rameuter une présence « adulte ».

 

Dans un travail riche plastiquement riche et ténébreux Balthus s’est amusé à transformer le fier étalon mâle en chat.  Cette métamorphose accentue la fiction narrative des toiles. Le chat démultiplie le masculin dans un fantastique jeu de miroir « félinien ». Il introduit aussi un rire alimenté par la transgression et une imagerie de contes enfantins. La nudité féminine offerte à ceux qui ne pense qu’à « chat »  ne s'oppose pas à leur volonté affichée mais la double d'un "malin" plaisir et en  le démultipliant pour ironiser le statut de personnage et le sens de scènes. Celles qui s'y abandonnent  provoquent à la fois le trouble et le sourire.

Balthus 3.jpgL'exhibition féline et la mise à nu ouvrent à des rackets figuratifs loin de l’érotisme de façade. Il en modifie la nature. En insufflant le pouvoir magique de simulacre Balthus prouve que se satisfaire de la présence du mâle est de piètre consolation pour des jeunes filles en pousses tendres. Balthus par la présence fortuite de l’animal nocturne touche à une lumière obscure de l’être. Sa peinture va du connu à l'inconnu et pervertit le réel par le conte. Du premier il ne montre que l'ombre en la théâtralisation du second. C’est pourquoi l’œuvre demeure si captivante dans ses déviations de figurations et de sens. En particulier dans son approche de la « félixité ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

03/09/2013

Design Days 2013 de Genève : Claudio Colucci et le retour en Suisse

Design days.png"Design days", Manifestation romande de design et de création contemporaine, 5ème édition, 26-29 sepetembre 2013.

 

 

Plateforme internationale du design et de la création contemporaine, les Design Days présentent leur 5e édition au pavillon Sicli de Genève du 26 au 29 septembre 2013. Ils permettent de faire découvrir aux professionnels mais aussi au grand public les nouvelles formes du design suisse. Pour la première fois la manifestation est présentée sous la coque de béton de l’architecte Heinz Isler au cœur du quartier industriel des Acacias. Mobilier,  accessoires, prototypes, éditions limitées, pièces uniques et design industriel, jeunes labels, designers et marques internationales seront présents.  Parmi eux Piet Hein Eek, pionnier du recyclage propose «To Sit» qui retrace son parcours.  Le « Design Studio Renens » offre une série de nouveaux projets de jeunes diplômés d’écoles de design de la HEAD – Genève. Le label genevois « Teo Jakob » propose le travail  des frères Bouroullec. Le studio « El Ultime Grito » présentera son design allégorique. Quant au créateur suisse Claudio Colucci il reviendra du Japon où il est installé pour présenter son monde d’épures.

 

 

 

Sachant se déplacer continuellement afin de découvrir  un regard différent sur les choses qui nous entourent et que nous ne regardons plus, Claudio Colucci considère le design comme un art de la découverte, la recherche de territoires inconnus. C’est donc pour lui et comme il l’écrit « une forme de liberté, un style de vie ». Il a découvert cet esprit lors de ses  études de graphisme à l'école des Arts Déco de Genève. Quittant le Suisse pour ouvrir son champ culturel il est passé par l'ENSI-les Ateliers à Paris. Jeune diplômé il a créé  les « RADI Designers » avec des anciens élèves de son école.

 

 

 

Colucci.pngLibre, Claudio Colucci n’est pas sans attaches ou maîtres. Deux sont essentiels. Ron Arad avec lequel il a travaillé à Londres lui appris le respect pour le côté « artisanal » du design tout en le poussant dans l'innovation la plus extrême. Philippe Starck lui  montra comment travailler vite et comment insérer de l’humour dans toute création. Parti à la découverte des diverses culture du design, de l'architecture, de la mode  il a traversé le monde. Ayant rejoint l'équipe japonaise de Starck il décida de se mettre à mon compte et de monter deux agences, l'une à Paris et l'autre à Tokyo. Partageant son temps entre les deux villes l’artiste y trouve un moyen de solliciter sa créativité et celle de ses collaborateurs. Son style est toujours à cheval entre les deux cultures. Colucci se définit lui-même et non sans raison comme « méditerranéen par l'humour et les couleurs, japonais par mon côté rigoureux et minimaliste ». Toujours capable de suivre la simplicité de ses intuitions et ses désirs, la complexité de ses réalisations la traduise parfaitement. Ses œuvres  se situent de manière poétique et pratique sur la tranche entre la mesure du possible et de l’impossible.

 

Jean-Paul Gavard-Perret