gruyeresuisse

27/12/2018

L'éternité et le moment - David Kutz

Kutz 3.jpgLes photographies (surtout les panoptiques) de David Kutz créent des mises en scènes non seulement de ce qui est regardé mais des regardeurs eux-mêmes, comme de ce qui est et tout autant de ce qui va devenir. Existe en conséquence tout un jeu de circulation à la fois ludique et cruel. Le monde se transforme en des narrations qui ignorent des bruissements d'elfes.

 

Kutz.jpgL'oeuvre est entremêlée d'actions et de repos, de scènes et de paysages. La longueur des panoptiques étire le temps lui-même afin qu'ils englobent le présent et le futur. Les actualisations sont évidemment innombrables mais ne sauraient limiter l'ambition d'une telle oeuvre où le réel à la fois paraît et disparaît dans une anthroposcène inquiétante même si tout paraît encore calme.

 

Kutz 2.jpgDavid Kutz présente une interperpration du réel autant par les scènes, que les séries de façades et leurs couleurs. Un éloignement du point de contact possible avec un réel "donné" pour tel est toujours créé volontairement. L'horizon de l'image et son tissage semblent au delà de ce qui est donné à voir.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

David Kutz, "culural Landscapes", Soho Photo Gallery, New-York, janvier 2019.

17/12/2018

Rem Koolhaas : la révolution architecturale

Koolhaas.jpgRem Koolhaas commença ses recherches et créations architecturales par un livre culte "New York Delire" . Manhattan était déconstruit puis remonté selon les perspectives du parc d’attraction qui jouxta  New York dès le XIXème siècle à Cosney Island. L'architecte le plus vivifiant de notre époque recomposa la Grosse Pomme sous forme de collages où la poésie, la technologie, la politique, le fantasme se télescopaient au sein d'une fête littéraire et iconographique.

 

Koolhaas 3.jpgAvec "Elements of Architecture" il récidive. Mais à New-York fait place le monde. Le créateur propose, entre autre et pour sa réflexion, un retour sur son passé le plus reculé. Il démontre comment toute son originalité futuriste part de l'appartement mansardé familial dont le sol vibrait sous ses pas : ce lieu premier a façonné sa vision du monde. Celle-ci est présentée ici de manière apparemment chaotique mais selon un ordre moins énigmatique qu'il n'y paraît.

 

Koolhass 2.jpgEn quinze éléments Koolhaas crée une nouvelle perspective. Celui qui s'est intéressé à la décontextualisation des mégalopoles et au décloisonnement de certains bâtiments (gare, prison, etc.) offre des éléments capitaux afin de comprendre l’architecture du monde selon divers paramètres transdisciplinaires (peinture et littérature comprises et quelles que soient les cultures qui les nourrissent). L'auteur n'ignore rien de l'Europe comme du Japon ou du Moyen-Orient arabe. Se découvrent plusieurs plans directeurs, des clichés intimes des Métabolistes, des maquettes d’architecture bien sûr mais aussi d’incroyables visions urbaines de science-fiction. Ce livre est un fondement à qui veut comprendre les enjeux de l'architecture d'aujourd'hui et de demain le tout avec - lorsqu'il le faut - humour et poésie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rem Koolhass, "Elements of Architecture", Taschen, Londres, 2334 p., 100 E., 2018.

28/11/2018

Miles Aldridge et Todd Hido : Paradise Now – ou presque

aldridge 2.jpgEn vingt photographies grand format Miles Aldridge et Todd Hido explorent le concept de banlieue. Le premier la « traverse » au sein d’intérieurs criards fondés sur la vie imaginaire des femmes qui les habitent. Hido présente en nocturne des maisons de banlieue isolées des USA en suggérant des possibilités de narration que le voyeur peut imaginer.

Aldridge bon.jpgMaîtres de l’éclairage et de la composition, les artistes évoquent deux types de fermetures : des vies et des maisons. L’un est centré sur la présence humaine, l’autre l’exclut. Peut s’y inscrire d’un côté comme de l’autre des drames ou des étouffements domestiques. Les approches sont chargées de tensions sous-jacentes et jouent de l’ambiguïté dans le jeux de tons souvent saturés. David Lynch n’est jamais loin là où le suspens visuel crée des abîmes de perplexité.

Aldridge 3.jpgChaque photographe propose titre un cérémonial délétère, fascinant. Eros prend chez l’un des poses plus ou moins voluptueuses pour tenter de tenir face à ce qui veut écraser la femme. Chez l’autre les maisons deviennent des gouffres dont il faut se garder.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The Side of Paradise - Narrative, Cinema and Suburbia in the Work of Miles Aldridge et Todd Hido », Galerie Huxley-Parlour, Londres, du 15 novembre au 15 décembre 2018.