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06/03/2021

Le spatialisme de Josef Albers

Alberts 3.jpegJosef Albers (1888 -1976) est un peintre, enseignant, écrivain et théoricien de la couleur aujourd’hui surtout connu pour ses séries "Hommage au carré", peintes entre 1950 et 1976 et pour son ouvrage novateur "L’Interaction des couleurs" (1963). Il s’inscrit à l’école du Bauhaus en 1920. Après la fermeture de l’école par les nazis en 1933, il émigre aux États-Unis avec son épouse, Anni, elle-même artiste innovante dans la création textile. Albers fait de l’art la base de tout le cursus au Black Mountain College et ouvre de nouvelles perspectives à l’abstraction. De 1950 à 1958, il dirige le département de design à l’école d’art de l’université de Yale et forme une nouvelle génération de professeurs d’art tout en continuant à peindre, à écrire et à produire des estampes.
 
Alberts 2.jpegDurant cette période, il publie également ses deux autres ouvrages, Poèmes et Dessins (1958) et Search Versus Re-Search (1969).  Le premier est le livre secret où alterne des poèmes sensibles, introspectifs avec les dessins en noir et blanc des Constellations structurelles dans lesquels les lignes obliques font bouger l'espace.
 
Albers 4.jpgConçu avec  Norman Ives comme designer graphique ce livre est l’une des premières tentatives de création d’un objet où textes, dessins, graphismes et fabrication sont entièrement maîtrisés par l’auteur/artiste avec des moyens pauvres. L'auteur et le concepteur ont voulu exploiter les nouveaux moyens industriels pour  démocratiser l’accès à l’œuvre, et ce avant les premiers livres d’artiste d’Ed Rusha, avec lesquels il partage aussi l’aspect sériel et plus tard Warhol.
 

 Josef Albers, "Poèmes et Dessins, Editions Unes, Traduction de Pierre Mabille et Andrew Seguin, Editions Unes, Nice, 2021, 128 p, 25 E.

07/01/2021

Denis Piel : avec une pognée de terre

Piel.jpgDenis Piel  occupe une place à part dans la photographie. Né a Brisbane en Australie, il migre dans un petit studio à Londres en 1966 avant de s’installer enfin à New York où il devient l’un des photographes de mode les plus demandés des années 70 et 80. Dans son dernier livre, le photographe prouve comment pour comprendre le monde il faut rejoindre la femme. Se retrouvent ici leur solitude nécessaire, leur longue respiration où l'esprit se rassemble à travers leur corps.

Piel 2.jpgDans des approches cinématographiques, ses images couleur ou en noir et blanc touchent par leur sensualité et leur humour discret. Elles sont pleines des rumeurs. S'y retrouvent toujours derrière la beauté plastique les  palpitations du coeur. Les femmes semblent vamper les hommes tout en sachant qu'ils ne tiennent pas forcément leurs promesses.
 
Piel 3.jpgMais pour autant elles ne se perdent pas dans des illusions. Et ce, même si ce n'est pas le désert affectif qui justifie leur présence.  L'artiste les consacre dans une grandeur sobre et mouvante. Elle se prête à l'élévation comme au déluge quand le corps en écrin quitte l'obscur à  travers les clichés que le photographe a pris tout au long de sa carrière, en hommage à la puissance, la beauté, la force d'égéries qui ne sont jamais de simples prétextes. Leur feu d'étoupe brûle encore de manière incandescente.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Denis Piel, "Exposed",  Éditeur dpi, 250 p., 2020.

04/01/2021

Nadia Lee Cohen : pourquoi cacher ce qu'on ne saurait voir ?

Lee Cohen Bon.jpg

 

"Women" - premier livre de la photographe britannique installée à Los Angeles Nadia Lee Cohen -  est  une iconographie pop hyper-surréaliste où la nudité est centrale. Mais s'y cache  une vision  émouvante qui échappe au voyeurisme basique là où le silence semble être l'unique liturgie. 

 

 

Lee Cohen bon 2.jpgLes femmes réunies ici ne résident pas vraiment au sein du monde dans lequel nous vivons, et ne partagent pas ses normes "politiques" ou les valeurs de la beauté.  La nudité commune à toutes les images est reprise pour montrer que son niveau n'est pas absolu mais est déterminé par ce que l’individu pense être personnellement le déshabillé.  

Lee Cohen bon 3.jpgLes femmes montrées dans ce livre remarquable ne sont  pas faibles. Elles se sentent autonomes en conséquence autonomisent le regard.  Preuve que la nudité possède d'autres ingrédients que la culture des fantasmes. Elle  peut devenir une revendication féministe. Particulière certes mais féministe tout de même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nadia Lee Cohen, "Women", Préface d’Ellen von Unwerth, Vogue, 216 p., 2021.