gruyeresuisse

01/08/2018

Michel Onfray saigneur des ânes hauts

Onfray.jpgLe fromage de tête concocté par Michel Onfray est constitué d’une part non négligeable d’andouille de Vire et d’un peu de cervelle. C’est d’ailleurs le meilleur moyen de proposer un menu idéal – avec trou normand eu égard à l’origine du prince des nuées – pour l’édification du plus grand nombre. Afin d’inventer ses mixtures le philosophe histrion pratique une formule qu’il reproche à tous ses détracteurs : il utilise l’art des citations sorties de son contexte – aidé en cela par tous ses dévots qui sacrifient à son apostolat et assurent le travail préparatoire de tels montages.

Onfray 2.jpgAvançant sous la paternité du philosophe Gerfagnon – son père putatif – le penseur sachant penser garde pour ennemi premier Bernard Henri Lévy. C’est dire le niveau où il place son combat philosophique. Se cache simplement un désir d’être calife à la place du calife pour celui qui trouve en un «Conforama» pseudo matérialisme l’abstraction spéculative idéale : se voulant d’un genre nouveau, elle fait du faux paradoxe une petite musique des ténèbres ou de chambre. Flattant tous ceux qui l’écoutent – ils sont nombreux et lui procurent une adoration sans borne - Onfray reste le plus racoleur de démagogues. Il jette aux orties tous ceux qui hier comme aujourd’hui pourraient lui faire de l’ombre. De la philosophie ne demeure qu’un brouet : acide il n’est que sirupeux. En feignant de parler au nom des « sans grades » il ne représente que le démiurge des gogos qui prennent pour argent comptent son brillant inox.

Ses pseudo combats de refondation se réduisent à une panacée quasiment "people" eu égard à la qualité d'arguments qui tiennent plus de l’alcôve que du débat d’idées. Pour Freud, Sartre, Beauvoir, Sade hier ou pour la Bible et de ses anonymes, le traitement est toujours pratiqué par le petit bout de la lorgnette - ce qui épargne tout débats d’idées. Mais force est de constater qu’entre Calvin ou Luther et notre ravi il y a loin de la coupe aux lèvres. Celui qui se dit un nouveau Job n’est qu’un jobard.

Onfray 3.jpgCe qui n’empêche pas France Culture de faire le lit du médiatique rançonneur des idées dont la gloire médiatique rejaillit sur la chaîne du savoir... Qu’importe si l’occident chrétien est remisé à une supercherie au profit d’un filage aussi douteux que spécieux et par lequel l’auteur pave de bonnes intentions les voies des Marine Le Pen et Mélenchon adoubés au rang d’une bande de révoltés dont le Robin des Bois normands devient le chef. Tout cela reste un peu mince mais néanmoins une telle logorrhée devient le grand œuvre ou la clé multiple du bricoleur de l’absolu comme de la réalité, de l’exterminateur des rats de la philosophie (Platon et Kant ne sont pas épargné) sous couvert d’une pensée de rupture. Elle n’instruit rien d’autres qu’une clôture : preuve que les « fake news » ne sont pas le privilège de Trump. Le nouveau Saint Michel terrasse ses dragons par une idéologie de la déblatération.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Brève encyclopédie du monde", (3 tomes, Flammarion). Le tome 3 de cette Trilogie : « Décadence » est en écoute France Culture, été 2018.

24/07/2018

Giorgio Palmas : femme au bord de la crise de nerf

Palmas 3.jpgEn noir et blanc, sous la dureté lumineuse des spotlights, Giorgio Palmas retrace la tension des scènes de shooting. Les prises « in progress » mêlent divers types de saisies mais toutes troublent l’idée du portrait et le tiennent à distance. Au sein de la figuration la série pousse une porte non seulement sur l'onirisme mais vers une vision "lynchéeene" des êtres.

Palmas 2.jpgEt si la figuration fait loi, nous sommes loin du réalisme. C'est bien là le piège nécessaire choisi par l'artiste pour confondre et confronter ce qu'il en est du travail d’un modèle et de son photographe dans leur rapport au réel et à leur propre image. Le diable du réel est à leurs trousses mais il est pris dans un univers formel aux images algorithmes.

Palmas.jpgLa série illustre comment les techniques créent une dialectique subtile : l’artiste impose une iconographie paradoxale de la photographie « de mode ». L’oeuvre joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Le studio - comme dans « Blow-up » d’Antonioni - est mis à nu mais sous un autre registre. La pulsion d’éros demeure aux limites de la jouissance ou de l’abattement. L’usage de la surexposition ou à l’inverse de la sous exposition altère parfois et volontairement la perception des êtres comme il brouille les voiles qui les recouvrent - par pudeur ou pour signaler une forme de chosification. La photographie reste l’observatoire d’un monde énigmatique et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

23/06/2018

Ryan Mc Ginley : miroirs, (beaux ?) miroirs

Mc Ginley 3.jpgDepuis trois ans Ryan MGinley travaille avec des miroirs en s’inspirant de d’instructions proposées par Miranda July, Sol Lewitt, Rob Pruitt et Yoko Ono. Mais il prolonge ce travail, avec sa série « Mirror, Mirror », en donnant accès aux regardeurs à des espaces privés qu’il avait déjà explorés au début des années 2000 avec des déclassés ethniques de New York.

Mc Ginley.jpgPour ce nouveau projet il a donné à chaque participant un appareil photo, un ensemble d’instructions, cinq rouleaux de film 35 mn. et vingt miroirs à installer dans leur propre maison. Les rouleaux devaient être renvoyés à l’artiste qui a choisi une seule image pour chaque volontaire. Le résultat prouve qu’un appareil photo fonctionne comme un objet intrusif de médiation. Les self portraits offrent non seulement des informations sur l’intimité des « actants » mais sur leur état émotionnel et d’esprit lorsqu’ils présentent leur propre « idéalisation» physique.

Mc Ginley 2.jpgSe distinguent les choix de la partie du corps qu’ils mettent en exergue mais aussi quelle idée d’eux-mêmes chaque agencement traduit. Beaucoup (surtout parmi les plus jeunes d’un panel qui traverse les âges de 19 à 87 ans) ont travaillé de manière instinctive et ludique. D’autres ont beaucoup plus réfléchi à leur mise en scène. Certains se prennent pour des stars, d’autres s’amusent. Mais la galerie est plus signifiante qu’il n’y paraît. Et non seulement sur l’auto-représentation de soi. Les postulants tendent un miroir dans lequel chacun peut se retrouver – et le plus souvent comme nous n’oserions jamais nous montrer.

Jean-Paul Gavard-Perret