gruyeresuisse

07/11/2017

Richard Meier : un Prince

Meier Bon 2.jpgGrâce à Richard Meier Don Juan trouve à dire à Juliette que la femme est le plus bel Alpha de Roméo : celui qui couronne le mémoire de Dieu par l’esthétique selon - et entre autres - un « rond dans l’eau – fleur sage et bouton d’or ». Il est vrai que l’auteur sait parler aux femmes et à ceux qui les accompagnent.

Et lorsqu’il n’est pas compris il joint l’image à la parole en « danse typogramme » quite a faire un scénario en carton grossier mais sans besoin de souffleur. Pour l’auteur, même compromis par Judas, le baiser n’en constitue pas moins un pont sûr. Et Meier en appelle aux corps des amoureux qu’il évoque en des flèches. Elles ne gardent de la lascivité que la sueur et le chant des lettres.

Meier.pngChez lui tout est incisif en petits méandres et lignes discontinues au milieu des sémaphores féminins. D’un rond dans l’eau du livre l’artiste puise pour rappeler que l’amour est tout ce que l’humain a pu tirer d’un péché originel. Afin de le prouver il transforme une nuit d’encre en une constellation de lumières.

Nul ne sait chez lui – lorsqu’une femme affirme n’avoir jamais trompé son mari - si elle le dit en toute fierté ou à regret. Ne serait-ce pas la preuve que, si la femme n’existait pas, la rose serait la plus belle fleur ? En tout état de cause il ne discrimine l’époux. Ni ses parasites. Dans leurs veines court du sang humain et qu’importe si dans de tels livres »l’œil ne suit plus la conversation ». Il a d’autres chas où entrer.


Jean-Paul Gavard-Perret

Richard Meier, « Un œil pour les yeux », et « Dynamo des Tropismes », Voix éditions, 2017.

 

05/11/2017

Blaise Cendrars tel quel

Cendrars lettres.jpgBlaise Cendrars, Jacques-Henry Lévesque, « 1922-11959 – Et maintenant veillez au grain », Editions Zoé, Genève, 2017.

Jacques-Henry Lévesque était le fils d'un couple d'amis proches de Cendrars. Il fut éditeur, amateur éclairé de jazz, fondateur de la revue "Orbes". Installé aux États-Unis à partir de 1946, il est à l'origine de multiples enregistrements de poésie française, d'anthologies et de traductions. Il doit beaucoup à Cendrars. La réciproque est vraie. Passant du jeune éperdu d'admiration devant le poète bourlingueur il en devint le disciple; le secrétaire d'édition, homme de confiance, le fils d'élection, lecteur, puis le régulateur et le juge de l'œuvre de Cendrars. Et celui-ci se fia lui.

Cendrars lettres bon 4.jpgLeur correspondance considérable est une suite de confidences intimes. Mais c’est aussi une vue précise sur l'élaboration des œuvres de Cendrars. Entièrement revue, cette nouvelle édition s'enrichit des lettres retrouvées et des apports du fonds Cendrars. S'y dévoilent - par delà les récits autobiographiques de l’auteur et ses fictions - le mal de vivre et les vertiges d’abîme, l’attraction mystique, la rage et la désespérance (lors de la Seconde Guerre mondiale qui rappelle à l’auteur de vieilles terreurs), l’exaltation de la création et la réaffirmation de la vie qui font la puissance de l’œuvre de Cendrars.

Cendras lettresbon 3.jpgExceptionnelle, du fait du lien capital qui unit ses deux protagonistes, cette correspondance noue les liens entre l’Histoire, l’amour et l’écriture. La destinée singulière de Cendrars se mêle à la rumeur du monde, sa vie au jour le jour aux affres de la création. Les lettres en offrent, sur le mode intimiste, quelques clés essentielles.

Jean-Paul Gavard-Perret
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02/11/2017

Entre l’avant et l’après : Mathis Gasser

Gasser3.pngMathis Gasser, Le musée et la planète », Centre Culturel Suisse de Paris, 28 octobre-17décembre2017.

Mathis Gasser collectionne, agence, colle ou reproduit des images de toutes sortes et de tous genres, provenant des sources les plus diverses dont celles du web. Mixant dans une dé-hiérarchisation, art, architecture, musée ; cinéma, séries télévisées, jeux vidéo, BD, il mélange et superpose des images. D’une part celles de vieux navires, de vaisseaux spatiaux ou des motifs issus de l’univers SF et de l’autre, des salles du siège des Nations Unies à New York et des musées d’art à travers le monde.

Gasser.jpgCes percussions nourrissent des réflexions sur les inspirations réciproques entre la science-fiction, le design « spéculatif » et l’architecture des institutions. La fiction alimente la réalité autant que la réalité alimente la fiction. Le tout dans une pratique de l’écho qui tient du cut-up et du sampling, de la citation par un point de vue critique sur les dérives du monde contemporain.

Gasser2.jpgLa science-fiction tient un rôle clé par son ironie et sa froideur mais annonce aussi la folie des avancées technologiques qui remettent en question la destinée de l'humanité là où les vaisseaux et les structures architecturales SF et celles qui incarnent le pouvoir (politique et artistique) sont récurrents en un jeu de l'avant et de l'après. Là où tout compte fait ne reste qu’un chaos.

Jean-Paul Gavard-Perret