gruyeresuisse

14/11/2016

Le gai savoir de Barbara Polla


Polla érect..pngBarbara Polla propose à travers l’œuvre de Dimitris Dimitriadis une apologie d’un gai savoir. Il tourne autour de la figure du phallus moins totem que source de vie et initiateur de toutes les créations : artistiques et littéraires bien sûr mais, par delà, tout autant politiques, écologiques, architecturales bien sûr en des reprises des et du sens au sein d’une Grèce qui n’est plus seulement antique. L’objectif est aussi (sinon surtout) précise la Genevoise « de faire bander un pays ».

Polla 4.JPGCe qui évite d’emblée bien des équivoques…Et Dimitris Dimitriadis de lui emboîter le pas : « Pour moi l’érection est le contraire de la dépression. L’érection est un état intérieur général où l’on se trouve en position debout. Mais en même temps on est plein. C’est un hymne acathiste, l’érection. On n’est pas assis, on n’est pas à l’aise, on est tout en haut. Et l’image de l’érection donne cette dimension : on est prêt à éjaculer. Donc à créer ». En une telle posture non seulement l’être mais une société abattue se relèvent et s’érigent. Dont acte.

Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Polla, “Éloge de l’érection suivi de Lycaon, apologie du désir” de Dimitris Dimitriadis (traduction Michel Volkovitch), Editions Le Bord de l’Eau – Collection La Muette, 2016, Bruxelles.

11/11/2016

De la poésie francophone



Poésie.jpgCommentateurs intermittents de leurs propres penchants poétiques 17 écrivains francophones ont respecté une règle simple émise par Guy Roquet : proposer en quelques pages leur expérience de lecteur de poésie et présenter la liste de leurs dix poèmes préférés. Le livre est continuellement riche et sans la moindre langue de bois ou postures. Vénus Khoury-Ghata, Chislain Ripault, Salah Stérié et les autres sont des lecteurs qui refusent le désenchantement de l’époque.

Ils prouvent que la poésie possède non seulement une âme mais un coffre qu’on appelle corps. Rencontrée chez certains par hasard (qui dans ce cas fait bien les choses même s’il n’existe pas) la poésie n’est pas pour eux une simple promenade. Il ne s’agit pas à travers elle d’aller sur les bords de la Loire un matin d’automne. Elle n’est pas non plus un miroir des ressemblances : elle brûle ou n’est pas. Car en construisant la langue elle dépèce les mots comme le rappelle Vénus Khoury-Ghata au sujet du « Dépeupleur » de Beckett (preuve que la poésie n’est pas forcément une histoire de genre).

Poésie 2.pngLes 17 auteurs voguent dans un fleuve qui n’a rien de tranquille. Il les emmène en territoire inconnu. Peu à peu, ce fleuve prend feu comme une botte de paille, il embrase le ciel. Plus question alors de se cacher, plus question non plus de croire que la poésie s’arrime au romantisme. Elle touche à l’origine comme au futur dans un saut dans le présent que seuls de grands auteurs apprennent à lire au delà des idées reçues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, « Lignes de cœur - 17 écrivains disent leur rapport à la poésie », L’Atelier Imaginaire, Le Castor Astral, 2016, 240 p., 15 E.

28/10/2016

Jacques Henric : exercices de transgression

 

Henric 3.pngJacques Henric sait glisser la lumière d’abîme de son enfance dans les imageries héroïques de la boxe. Cela renverse les mièvreries, transcende les poncifs pour donner à la vie de l’auteur comme à l’histoire de la boxe une autre dimension. La transgression de la narration au profit de l’évocation permet au corps lui-même de devenir langage. A coups d’uppercuts, de directs au foie. Henric 2.pngAu passage Henric raconte des vies aussi héroïques que rocambolesques. Pour autant exit les « biopics ». En ce qui est peut-être son meilleur livre, Henric crée un saut vers ce qui échappa à l’enfance de Jacques comme à un sport si particulier et qui faisait dire au champion Larry Holmes « C’est dur d’être noir. Vous n’avez jamais été noir ? J’étais noir autrefois, quand j’étais pauvre ».

Henric.jpgLe récit jette le narrateur et ses héros hors d’eux-mêmes tout en faisant pénétrer ce qui secoue leur buste par fougue doublée parfois d’un désarroi étrange. Il faut donc lire aussi « Boxe» comme un conte « moral » tant il éloigne d’une stratégie narrative ordinaire. A la transgression de l’écriture répond celle d’un tel sport. Le corps devient lui-même langage. Et Henric grave ce qui est rarement émis par la littérature : l’apprentissage de la liberté d’être passe souvent pour les déclassés - faute de pouvoir s’imposer autrement sous la contrainte de la pression sociale - par le physique. Le boxeur Jean-Marc Mormek, « instigateur » et protagoniste de livre le prouve. N’était-ce pas aussi et à son degré celui du futur auteur lorsqu’il était gamin ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacques Henric, « Boxe », coll. Fiction et Cie, Le Seuil, 2016, 240 p.