gruyeresuisse

05/07/2018

Ondine aux chandelles – Lucile Littot

Littot bon 2.jpgBoudeuses ou rieuses les femmes de Lucile Littot sont les héroïnes de fables ou de films pas forcément muet dont le temps trouble est fabuleux. Existe a priori de fabuleuses légendes mais néanmoins elles se retrouvent décaties et en loques. L’artiste a fomenté son univers du côté d’Hollywood et son imagerie s’en ressent. Il existe du Sofia Coppola ("Marie-Antoinette") dans ses excès et débordements de vicissitudes décadentes.

Littot bon.jpgLes mythes féminins qui surgissent sortent de tous les étages de l’histoire de l’art - de la Renaissance à l’âge d’or du Technicolor façon Nathalie Kalmus. Sous couleurs pastel et enchevêtrements baroques des céramiques,  jaillissent l’excentricité d’installations et l’étrangeté des performances. Les décors kitsch cachent - enfin presque - des craquellements sourds er des fêlures profondes.

 

 

littot bon 3.pngDans les peintures comme dans les scénographies de la plasticienne des amazones jaillissent de la cour des Médicis ou d’une boîte des Années Folles. Il y a là des femmes haves et blêmes, un âne étonné au milieu de mobiliers impérieux dont  l'état est douteux sous leurs éléments architecturaux. Un lit est peut-être nuptial mais un doute subsiste même si à ses pieds trône une robe abandonnée. Dans tous les cas la fête est finie ou presque. Et quelle qu'en fût l’issue les yeux sont las. Et le corps fatigué. Il y aura personne aux messes du matin ou sur Sunset Boulevard.

Jean-Paul Gavard-Perret

a voir site : lucilelittot.com.

 

29/06/2018

Pierre TalCoat : un feu en noir et blanc

Tal Coat bon.pngTal Coat (1905 - 1985) rappelle que pour une œuvre fasse irruption dans le monde il faut d’une part être poussé par une insatisfaction profonde autant dans l’art que l’univers tel qu’ils existent et d’autre part ne pas chercher la beauté pour la beauté ou le matériau pour le matériau.

Tal Coat 3.pngUn bloc de graphite suffit parfois afin de recommencer l’histoire de la peinture sas renier pour autant Matisse, Zubaran, Mondrian, Fayoûm et quelques autres, bref ceux qui comme Tal Coat savent jouer du calme comme de l’agitation. C’est pourquoi une telle œuvre en dépit de son minimalisme n’est jamais âpre : elle bouge, échappe au cadre comme les mots du poète (l’artiste l’est aussi) échappe au logos. C’est un feu en noir et blanc. C’est chaud et froid et se situe « derrière » l’image.

Tal Coat 2.jpgDans ses années d’envol l’artiste se trouvait encore attiré par la représentation mais très vite il passe à la matière, la griffure, le trait. Il sent que le monde est moins catégoriel qu’on le croit et que l’image si elle n’échappe pas à elle-même n’est rien qu’un mirage d’un mirage. En cela même à travers ce qui peut sembler abstrait (et en conséquence quelque peu métaphysique) le travail plastique une histoire de corps, de gestes. Ce sont eux qui poussent le trait dans l’espace pour vaincre toute inertie.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Tal Coat (1905-1985), Les années d'envol », Musée Hébert, Grenoble (La Tronche), 24 juin – 28 octobre. De l’artiste, « L’Immobilité battante », L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 20 E., 2017.

27/06/2018

Que la guerre est jolie - Leonard Wibberley

wibberley.jpgLeonard Wibberley, « Feu l’Indien de Madame », Héros Limite, Genève, 2018, 224 p..

Dans ce livre et une nouvelle fois Leonard Wibberley traite l’Histoire par dessus la jambe et ses jarretières – fussent-elles celle d’une veuve anglaise. Il était coutumier du fait. Moins connu que « La souris qui rugissait», son texte reste tout aussi drôle par ses situations absurdes et la critique acerbe de la Deuxième guerre mondiale et de ses histrions maîtres du jeu de l’Oie.

 

Wibberley 2.pngLe regard ironique que porte l’auteur sur la politique menée par les grandes puissances économiques reste plus que jamais d’actualité. Le monde est un champ de bataille grouillant de mirages et de feu Mais cette fable permet pour autant d’autres éclats de lumière par effets de farce.

 

 

Wibberley 3.jpgL’auteur à travers ses deux personnages clés et les situations tout aussi improbables que les deux héros semble boire les océans et déplacer les montagnes. Reste à se demander à quelle porte le monde doit frapper pour tenter de sortir des errances programmées. L’auteur ne répond pas : il se contente de créer le rire... Du moins a priori.

Jean-Paul Gavard-Perret