gruyeresuisse

13/04/2019

Joseph-Charles Farine : hommage à Bill Culbert

Culbert.jpgJoseph-Charles Farine, "Bill Culbert - Last Station", Genève le 3 avril 2019.

Toute l'oeuvre de Bill Culbert (décédé le 28 mars 2019) est une constante recherche de lumière. Charles Farine qui a travaillé longtemps avec lui vient de lui rendre un vibrant hommage : "Il vient de fermer ses yeux et les miens sont embués de larmes aux souvenirs si intenses de vie et d’émotion, de création que nous avons partagés ensemble, dans l’amitié toujours et l’exigence du travail."

Culbert 3.jpgCulbert a toujours cherché des manières de perforer le monde des ombres avec sa propension à créer des émerveillements autant par la lumière céleste que celle des moyens de la remplacer en divers agencements drôles, surprenants, fantaisistes, fantastiques. Le tout avec humilité et prégnance pour illuminer le monde de signaux poétiques.

Culbert 2.jpgRemettant en question l'approche de la sculpture Culbert en a multiplé les approches en une liberté d'interprétation passant à l'abstraction comme à la symbolique minimaliste. Et c’est sans doute parce qu'il ne peut pas accéder à tous les secrets qu'il a créé une telle œuvre. Elle devient un moyen d'offrir une émotion qui n'a rien de façade mais de profondeur d'âme dans l'esprit duTao. Existe toujours un travail rigoriste en des évocations proches du silence où la vie demeure présente même si se sentent des gouffres sous l'apparence. Mais contre le désastre croissant de l'imaginaire l’artiste provoque une présence qui donne toute la clarté à l'existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/04/2019

Vivre avec - ou les artistes de la galerie Dubner Moderne

Bubner bon.jpg"Vivre avec art", Artistes de la galerie", Dubner Moderne, Lausanne, printemps 2019.

Le "vivre avec" implique ici  forcément comme corollaire le mot "art". D'autant que la galerie ne cesse de proposer des oeuvres rares, toujours élégantes voir précieuses (on pense par exemple à Li Jin et ses aquariums). Dubner Moderne cherche toujours des créateurs qui cultivent une culture de la beauté sans se proccuper de la simple idée ou uniquement du parti-pris des choses.

Dubner 2.jpgL'art possède en effet un autre voyage. Matt Mignanelli, Manuel Müller, Guilio Lucarini, Xue Jiye, etc. : l'eventail est large. Mais jamais rien de dérisoire ou de pompeux dans les choix de tels artistes. L'exigence est le maître mot de la galerie : si bien que "sacrifier" quelques économies à un coup de coeur peut représenter un placement même si ce qui compte avant tout demeure la plus-value d'émotion et de réflexion que permet un tel achat.

Dubner 3.jpgEntre les impasses de l'abstraction et de la mimesis, les oeuvres retenues offrent toujours un point de vue qui interroge et propose une résurrection de l'image. Il existe à tout amateur la possibilité de constituer ici une véritable collection vivante, verticale et qui se refuse à toute passivité commémorative. L'éloge du goût et un appel à une modification du regard sont engagés. Et sans, bien sûr, oublier le plaisir qui ici et contrairement à ce que disait Baudelaire ne "tue" pas mais ravit.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/04/2019

Barbara Polla et les femmes en mouvement

Polla shaun_gladwell.jpgLa galeriste française Magda Danysz et la Suissesse Barbara Polla (Analix Forever, Genève) sont complices depuis longtemps. La seconde est  curatrice de la nouvelle exposition de la galerie Danysz où est présentée une série de vidéos en hommage - et quel hommage ! - aux femmes. Avec « Fucking Beautiful » (2017) la galerie réunissait six artistes femmes vidéastes. "Moving Women" élargit le propos : 4 femmes (Dana Hoey, Clare Langan, Yapci Ramos et Lee Yanor), et 4 hommes (Laurent Fiévet, Shaun Gladwell, Erwin Olaf, Mario Rizzi) créent des visions de femmes en mouvements : parfois sûres d'elles parfois soumises au doute eu égard à leur position en divers eaux troubles ou tours  d'écrou.

Polla Dana_hoey_danysz.jpgL'ensemble crée beaucoup d'émotions de nombreux registres. Dans la vidéo de Shaun Gladwell, de l'océan dépasse un visage de femme casquée en aviatrice. Il s'agit de celui d'une célèbre pilote ("double psychique" du vidéaste) partie à la recherche de son mentor disparu en mer. Le même esprit préside à la vidéo de Clare Langan où une mère et sa fille s’embrassent, nagent, fusionnent à la surface de l’eau. Parfois néanmoins le portrait de la femme est plus violent ou douloureux mais toujours nourri de réel : aux boxeuses, fières, invincibles de Dana Hoey font place des femmes hantées ou engluées en des situations plus difficiles (camp de réfugiés, en Jordanie chez Mario Rizzi).

Polla lee_yanor_.jpgChaque film est d'une beauté perturbante et ouvre bien des portes. La convergence de diverses luttes passe par la poésie visuelle où s'inscrivent divers parcours et un appel à l'amour loin des tartes à la crème des leçons de conduite. Le féminisme devient un humanisme au sens profond du terme ; il est à la fois existentiel et politique, le tout avec élégance et loin des enfumoirs brumeux. L'engagement n'a rien de claironnant : il passe par le corps des femmes et les droits qui leur reviennent  au sein de diverses situations. Celles-ci produisent des chroniques vertigineuses mais tout autant accessibles là où les "embarquements" intensifient l'espace et élargissent l'aura des femmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collectif, "Moving Women", Galerie Danysz, Paris, du 13 avril au 16 mai 2019.