gruyeresuisse

27/01/2019

En avoir ou pas - Sarah Fisthole

Fishole bon.jpgCe n'est pas par simple trait d'humour que l'auteure et dessinatrice a choisi comme nom de guerre Sarah Fisthole. Le jeu de mots en  dit beaucoup et sur divers plans : il suggère une mission de réparation mais rappelle tout autant la condition d'objet sexuel à laquelle la femme est soumise. Elle reste encore un "ça" : un "ça qui ne doit pas" - sinon fermer sa gueule, ouvrir les cuisses pour le repos du guerrier et éventuellement se faire trouer la peau "sinon son corps ne sera plus assez pur pour le paradis."

 

Fishole 2.jpgLa plasticienne et auteure n'est pas dupe des impostures. Les ségrégations ont la vie dure. Pour les combattre, elle vise juste : "prendre la virilité par les couilles" serait vain. Elle lutte en solo et dans la démesure verbale et visuelle pour éloigner des femmes ce qui reste le plus obscène  pour elle : la douleur ou la souffrance que la société leur fait apprécier au nom du syndrome de Cendrillon.

Fishole.jpgIl arrive en effet qu'en son nom les femmes trouvent leur corps et leur libre arbitre trop grands pour elles-mêmes si bien qu'elles  sont prêtes à n'être qu'un fond de vase propre à faire patauger les monstres qui la visitent. Ceux-là ne résistent qu'à celles qui le deviennent.  Et afin que les négresses blanches de l'occident sortent du mépris et que ceux qui le font subir en paient le prix Sarah Fisthole fait le job. Elle répond aux mâles par le mal nécessaire. Qu'importe celles et ceux qui la rejettent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sarah Fisthole, "Rage against the machine", Editions Furtives, Besançon.Dessins : entre autre in "Gonzine la revue oestrogénique". Et voir le site de l'artiste.

 

25/01/2019

Fabienne Martin et l'image des femmes

Fabienne marrtin Audrey-Matson-.jpgFabienne Martin a créé l’agence « FAM » en 1977 afin d'offrir une "alternative à l’image du modèle classique" des femmes. Son projet fut inspiré au départ par la Nouvelle Vague et le cinéma russe. Elle s'est fixée sur "la mise en scène sous forme d’images ou de scénarios fictifs" et retient des photographes (femmes et hommes) qui cultivent une singularité ou une sophistication baroque.

Fabienne Marin William Klein.jpgL'instigatrice a transformé la présence des mannequins à travers des références (pleines d'humour) littéraires, cinématographiques, picturales éloignées des représentations stéréotypées en diverses scénographies transgressives, vives, ironiquement romantiques.

Fabienne Martin Martine-Barrat.jpgC'est une manière de glisser dans l'obscur, d'en exhausser la lumière noire pour permettre de lever le voile sur ce qui ne se montre pas ailleurs. Le tout dans la contingence du grain et de l’écume pour rendre familier le secret que tout être cache dans les arènes de l’obscur. Sous feinte de légèreté un flux se libère.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Fabienne Martin, "FAM – CHAPITRE II", Galerie Agathe Gaillard, Paris du 11 janvier au 9 février 2019.

 

(Photos d'Audrey Matson, William Klein, Martine Barat).

22/01/2019

Les incorporations de Gisèle Didi

Didi.jpgLa vraisemblance, la ressemblance pour Gisèle Didi ne doivent pas avoir forcément le dernier mot. Faire l’inventaire des images - principalement de la féminité -  n’est pas ajouter des images les unes aux autres. Il faut à travers elles fabriquer un monde "juste" et habité. L'artiste fait preuve des dispositions interprétatives même au sein de ce qu'elle nomme - à tord - son narcissisme. Dans chaque série et au fil du temps elle prouve comment existe  une multitude de moments imbriqués dont la photographe déplace certains lignes en une esthétique qui cherche bien plus la vérité que l'effet.

 

Didi 3.jpgL'oeuvre reste réaliste et drôle. Par la juxtaposition de prises en diverses séries Gisèle Didi présente un parcours de 20 ans en une sorte de journal intime. La question qui ressort reste la suivante : comment les image et leurs assemblages ("Femmes à nattes" par exemple) créent un savoir. Chacune crée une vérité d'appartenance là où une certaine impudeur se transforme en fantaisie singulière.

 

Didi 2.jpgSans forcément avoir comme but la considération d’une beauté formelle, la créatrice étend le champ des images en faisant abstraction ou en modifiant le concept du beau. Les gestes, poses, narrations (comme celle du "pigeon") créent des points de bifurcation. L'image reste dialectique. Elle met en scène différents plans de présences intempestives ou non. Jaillit moins un désordre qu'un morcellement. Il fait le jeu d'une unité et ce à travers le corps où tout passe loin du pathos, du romantisme ou de la parade. L'artiste prouve que sans imagination il n'existe pas de vérité d'incorporation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gisèle Didi, "Le catalogue 1988 - 2018", voir le site de l'artiste.