gruyeresuisse

11/11/2013

Sérenpidité des flaques de Fabienne Radi

 

 Radi 1.jpgChroniques de Fabienne Radi au Mamco

(www.mamco.ch/CHRONIQUE/Fabienne_Radi/RADI9.html)

 

 

Méfions nous des femmes savantes : elles ne méritent pas toutes le mépris que leur accorde Molière. Pour preuve Fabienne Radi. Lorsqu’on évoque Brian de Palma devant elle la seule image qui lui revient est « quelque chose qui tiendrait de la choucroute télescopée avec un banana split ». C’est peu diront certains, d’autres trouvent que c’est déjà bien trop : Scarface, Obsessions ou Pulsions ne sont que des avatars de maigre pitance. Partager son avis ne pousse pas à partager l’apostolat de son jusqu’auboutisme. Seule l’idée de voir ces films  « lui donne instantanément envie de regarder l’intégrale d’Eric Rohmer»...

 

De telles chroniques sont des flaques d’humour et de connaissance. Si profondes qu’elles soient elles laissent poindre une transparence subtile. Seul le hasard objectif ou la réalité factice les fait prendre pour un songe. Elles débordent de vie écloses et témoignent d'une fraternité mystérieuse entre les temps. Renvoyant à tout un corpus d’images et de références à leurs histoires (dans cette dernière chronique elle est hollywoodienne donc colorisée par Nathalie Kalmus)  l’analyste ne résiste pas à des psychanalyses sauvages qui font se dresser Jung dans sa tombe. Fabienne Radi désarticule les images féminines fomentées par de fieffés machos tout en soulignant les astuces d’un plus fin que les autres : Man Ray en l’occurrence. L’auteure reprend à son sujet les intuitions d’une autre Suisse - Meret Oppenheim : « pour les fétichistes il n’y a que dans le détail qu’on puisse atteindre l’absolu ».  

 

Radi 2.jpgQuand Fabienne Radi jette à l'eau de telles flaques cela revient  à lancer de l'huile sur le feu sacré.  Pour comprendre leur nappe il convient de deviner les hôtes  de ces jets d'eau tué. Parfois - romantique à ses heures - l’auteure rêve d'une flaque à l'eau de rose et ses déserts en deviennent de sables émouvants. Ce qui ne veut pas dire pour autant que qui voyage sur une  telle flaque ne risque pas le mal de mère. Son eau tarit jamais.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

10/11/2013

Manuel Perrin, masques et visages

PERRIN.jpgManuel Perrin, « In Petto », coll. RE-PACIFIC, Editions art&fiction, Lausanne, 60 p., 2013, 24 chf, 17 E.

 

 

De tout ce qui reste du temps Manuel Perrin en dépit (ou à cause ?) de sa jeunesse peut en rire. C'est d'ailleurs le rire qui le sauve. Pour autant ses dessins et leur récit restent pudiques. Pudiques et minimalistes. L’artiste de Neuchâtel (il vit désormais entre Bienne et Berlin) a compris que ça ne sert à rien de presser le réel pour voir s’il en sort des images. La littérature est toujours l’assassin  de l'écrivain, l’image celle de l’artiste. Dès lors il cherche les signes qui lui importent loin de tout dandysme dans l’ombre et les dagues de son histoire. Son « In Petto » en ordonne le désordre et désordonne l’ordre au sein de ses planches et leurs vignettes. Le livre est magistral de radicalité rupestre mais peut-être trop intelligent pour laisser espérer le moindre succès commercial réservé parfois à ce qu’on nomme bandes dessinées mais qui est ici plus ambitieux que le tout venant du genre. Le « discours » et la  méthode de « In Petto »  mettent à mal la narration traditionnelle et illusionniste. Surgit un soliloque claustrophobe comme si toute l’œuvre n'était constituée que d'une seule et immense phrase à la recherche de l'image qui revient ou de ce que Ferderman appela « la voix dans le débarras ». Dans une graphie  qui évite généralement la localisation spatiale Manuel Perrin évite  d’ériger des limites à l’art. Ses formes sèches rejoignent ici le cadavre exquis de la vie.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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09/11/2013

Christian Gonzenbach : l’envers et l’endroit

 

 

Gonzenbach 3.jpgChritian Gonzenbach, « Icon Idols », Galerie Saks, Genève, du 8 novembre au  27 décembre 2013.

 

 

Christian Gonzenbach  après Le Corbusier, Blaise Cendrars, et bien sûr Louis Chevrolet (on y reviendra), fait honneur à la Chaux de Fonds dont il est originaire même s’il vit désormais à Genève. Pour sa deuxième exposition personnelle chez Saks il présente « La Pietà ». Il s’agit de la  première sculpture en fonte d'aluminium de sa série intitulée « Hcabneznog ». Son nom à l’envers illustre de facto les représentations que cette série propose.  A partir du modèle de la sculpture de Michel-Ange, l'artiste crée une vision dont les contours semblent a priori échapper à toute logique. De fait l’imaginaire repose ici sur le réel par modification de point de vue et de prise.  L’artiste l’inverse le relief de l’original de Michel Ange. Les creux deviennent volumes et vice-versa. C’est par ce jeu sur les vides et les pleins qu’apparaissent une nouvelle plastique, une vision d’une inquiétante étrangeté.

 

Gonzenbach2013PietaStudio_615.jpgL’artiste n’en est pas à son coup d’essai. Spécialiste des détournements et autres vacations a priori farcesque son travail reste des plus sérieux qui soient. Pour preuve sa sculpture a été retenue à l'occasion du 100ème anniversaire de la marque automobile américaine. « Louis Chevrolet a conçu des voitures et des moteurs innovants et remporté de nombreuses courses. Soudain, l'impossible devient possible. Et avec ce projet, c'est exactement ce que j'ai réalisé » précisa l’artiste lors de l’inauguration de sa statue à la surface métallique brillante et lisse. Quoique massive cette oeuvre semble légère d’autant que sa surface polie comme un miroir fait oublier son générique. En de telles œuvres la matière approuve le mystère et les possibilités du temps sont digérées. L’espace, l’étendue, la masse se refont avec le sourire de l’artiste. L’excès bondit hors de tout. La vérité dégénère de manière ludique en délice oxalique.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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