gruyeresuisse

18/01/2021

Feux secrets de Maud Chablais - du visage au portrait

Chablais.jpgSpécialisée dans la photographie documentaire et d'événements culturels, Maud Chablais  travaille pour des entreprises privées, des médias et poursuit en parallèle des travaux personnels. Elle donne à ses portraits photographiques une puissance particulière. Ils permettent d’atteindre une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation temporelle. 

Chablais 2.jpgDans leur diversité ils proposent par effet de série un déplacement de la fonction d’instantané, d’encoche figurative, de marque fixe pour retenir le temps en dépassant l’ordre de la mélancolie. L'artiste cristallise des instants tout en ne cessant d'en déplacer la tonalité physiologique et phénoménologique.

Chablais 3.jpgLe portrait n'engendre pas le monde de l'hypnose mais de la gestation. La féminité semble s’appuyer sur l’éclat du noir et blanc ou de la couleur.  Peu à peu le visage transforme les épreuves en "tableaux".  Amasseuse de visages, l’artiste est capable de souligner les gouffres sous la présence et de faire surgir des abîmes en lieu au sein de féeries. Mais l'inverse est vrai aussi. Et le voyeur passe de l'endroit où  tout (croit-il) se laisse voir vers un espace où tout se perd. Soudain est offert un profil particulier au temps. Un temps pulsé  et étanche qui se dégage du temps non pulsé.  

Jean-Paul Gavard-Perret
https://maud-chablais.com/

15/01/2021

Renée Levi : sororité en "ée"

Levi 2.jpgRenée Levi, "Aimée", Villa du Parc, Annemasse, du 23 janvier au 2 mai 2021


La Villa du Parc retrouve Renée Levi. Le centre d’art contemporain à Annemasse avait en effet accueilli une proposition  de l’artiste installée à Bâle dans l’exposition "Le syndrome de Bonnard" en 2014, dans laquelle elle avait repris une installation murale fluorescente de la collection du MAMCO (Genève). Le tout en sculpture et palissades qui traversaient l’espace domestique de la Villa du Parc. Son nouveau projet "Aimée", débute  par une exposition à l’intérieur du centre d’art contemporain et se poursuivra à l’extérieur au printemps avec la réalisation d’un mural sur la façade nord du bâtiment. Vont se découvrir une fois de plus  la radicalité picturale et l’acuité de la perception architecturale. Cette exposition est un hommage à la genevoise franco-suisse, qui, dès 1942, à l’âge de 17 ans, a aidé des enfants juifs et des résistant·e·s à passer illégalement la frontière depuis Annemasse pour se réfugier en Suisse. 

Levi.jpgElle conçoit donc un projet sur mesure. Il s'appuie sur les variations de lumière naturelle et artificielle du lieu qui éclairent, suivant les heures, les murs et un ensemble de peintures existantes et nouvelles.  Dans l’œuvre de Renée Levi, comme le précisait Christian Bernard ancien directeur du MAMCO, "le lieu concret, contingeant, y est tangentiellement mis à contribution". Renée Levi intègre les spécificités de l’espace pour renforcer les conditions de visibilité de son oeuvre. Les toiles exposées seront prolongées et relancées dans des muraux in situ plus ou moins perceptibles.

Levi 3.jpgParmi celles  qui sont exposées, certaines ont été produites pour des situations spécifiques et sont remises en jeu à la Villa du Parc, tandis que d’autres, nouvelles, ont été pensées cette année à l’atelier par Renée Levi, qui met en tension et bouscule la ligne intuitive et fluo au spray qui par reprises et répéttitons en aplats segmentés, épais et géométriques, "contraignant le dessin initial et permettant de nouvelles compositions hybrides et dynamiques". La répétition du motif fait partie du processus pictural, physiquement de l’artiste et le déplacement de son geste premier vers l’abstraction géométrique est inédit et expérimental.  Entre la toile et le mur, la compression et l’expansion, la ligne qui se fait lettre ("e")  celle-ci devient surface qui subvertit la contrainte par le débordement. Toute une dialectique de jeu et d’introspection de sa peinture se déploie à la Villa du Parc au nom de la sororité.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/01/2021

Nouveaux enjeux de l'image : Blanca Blarer et Andri Stadler,

Stadler.jpgBlanca Barer, «Quiet Noise», Andri Stadler, «2+2=5», Galerie Mark Müller, Zurich, 15-16 janvuer2021.

 
Les deux artistes suisses Blanca Blarer et Andri Stadler provoquent, dans une approche conceptuelle et abstraite de leurs travaux,  un glissement du réel dans le symbolique.  Les images se transforment subrepticement selon une radicalité contre toute instrumentalisation de l'image.
 
Barer2.jpgCes modalités ouvrent à une nouvelle perception. L'image se diffracte en parcelles et une sorte de dénudation et une neutralité expressionniste pour  tenter de trouver l’essence du langage. Le tout en supprimant des constructions sociales des images et leurs codes. L'image échappe au stéréotype et n'agit plus comme un outil de régulation.
 
01_der_doppelte_blick-1023x804.jpgSe produit une forme de souplesse qui fait bouger le connu et de stable moins pour émouvoir qu'inquiéter, pour accueillir la nouveauté et l’adapter. Si bien que les modèles d'identification sont modifiés par la sphère d'action des deux artistes. Ils intègrent de nouveaux enjeux tant par le "dessin" que ses matières. De telles oeuvres deviennent des carrefours de signification singulières et contiguës où tout se construit et déconstruit.
 
Jean-Paul Gavard-Perret