gruyeresuisse

03/08/2019

Melanie Manchot : une aussi longue attente

Manchot.jpgChez Melanie Manchot le temps ne se perd pas dans les corps d'âge. Mûres ou non les femmes restent des si reines et beaucoup plus romantiques qu'il n'y paraît dans un travail où l'artiste ne cesse de faire comprendre les liens qui unissent ou défont le corps intime et social, l'espace privé et publique.

 

 

Manchot 3.jpgExistent parfois dans ses portraits des hommes qui quoique d'apparence virile semblent quelque peu des épaves impavides. Et se découvrent au fil des séries autant des montagnes suisses et des autochtones en costume folklorique que des couples danseurs en des bastringues de fête nationale quel que soit le pays.

Manchot 2.jpgVidéos et photographies suggèrent souvent des êtres en attente ou en absence. Ils marchent, s’agitent ou restent passifs. C'est comme si des cauchemars leur lançaient des boulons ou des boules de neige en pleine figure. Typhon d’images, oscillations, sauts grenus. Mais ce sont là moins des drôleries que des énigmes. L’inverse est parfois vrai aussi. Au regardeur de se faire son avis.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

02/08/2019

Le bûcher des vanités de Pierre Aghaikian

Aghaikian.jpgLa Galerie Isabelle Gounod va consacrer une troisième exposition personnelle au peintre Pierre Aghaikian. Son exploration des grands mythes populaires et des icônes contemporaines passent ici par de grands formats. Les compositions deviennent plus explosives en une sorte de lyrisme où se mélange l'abstraction et les références à divers champs : Walt Disney ou les jeux vidéos mais aussi appels à la grande peinture d’Histoire.

Aghaikian 2.pngLes calembredaines des icones commerciales deviennent des démarreurs afin de recréer au moyen de la peinture une histoire fictive et critique du monde et de ses images. Les supposés invariants des mythes populaires mixés se retrouvent hors de leurs gonds par un vocabulaire plastique chatoyant qui n'efface pas pour autant la noirceur des images de consommation.

Aghaikian 3.pngPierre Aghaikian nous dégage de leur ombre tutélaire. Dans cette fête des formes et couleurs d'autres possibles se manifestent. C’est la victoire de l'art "artisan" face aux mythes industriels et l'Histoire qui les nourrit. La peinture devient la présence d'une rédemption à la fois drôle, tragique, superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Aghaikian, "Burn The Witch", Galerie Isabelle Gounod", du 31 aout au 24 septembre 2019.

01/08/2019

Les fables de Jasmin Joseph

Jasmin Joseph.pngPas très loin de la frontière (à Aix les Bains) sont présentées des oeuvres parfois inédites du céramiste et peintre haïtien Jasmin Joseph (1924-2005). A mi chemin entre sa culture première animiste et chamanique puis chrétienne à la suite de sa conversion au protestantisme, l'artiste offre une interprétation du conte haïtien du Hibou. Jaillissent - à travers un bestiaire poétique - l'amour et l'effacement des différences physiques et sociales.

Jasmin 2.jpgUn chant s'élève dans le jeu des formes et des couleurs tendres là où Jasmin Joseph repasse les jupons des non-dits irremplaçables que les mots ne peuvent atteindre mais que la peinture émet par les vibrations douces des présences animalières. Artiste conquérant le peintre rappelle à un devoir non seulement de solidarité mais de partage au service de l'esprit.

Jasmin 3.jpgC'est aussi une manière de récrire la philosophie de l'Histoire de l'esclavagisme, de la pauvreté, du racisme et ce de manière poétique. Les destins qui jusque là n'ont pu être surmontés, l'artiste leur offre une issue. Les dualités "officielles" se réduisent pour apaiser l'angoisse infinie des vies spoliées et des âmes méprisées. L'artiste produit du mouvement et de la pensée libre. Elle dépasse les cartographies du tragique et offre des possibles immédiatement applicables à qui veut s'y engager.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jasmin Joseph, "Le conte du hibou", Editions de la FACIM (Chambéry) et exposition "Jasmin Joseph, le conte du hibou", Musée Faure, Aix les Bains du 15 juin 2019 au 5 janvier 2020.