gruyeresuisse

22/09/2019

Jochen Raiss : peau de l'ours et chimères

Raiss.jpgCollectionneur de photographies Jochen Raiss plonge dans la crevasse des souvenirs collectifs. Sous les flocons du temps, ici, certains ours - ou leurs ersatzs - vont et posent afin de donner des frissons aux belles du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

Reiss 4.jpgAutres et lointains, différents mais voisins ces ours deviennent les témoins d'un temps et d'une fantaisie perdus en laissant leurs traces dans les congères de la mémoire. Dressés sur leurs deux pattes postérieures ils deviennent des prétextes ludiques. Eloignés de leurs forêts ils sont entourés de femmes à croquer.

 

 

 

 

 

 

Raiss 2.jpgChacun laisse son empreinte sur leurs épaules. Ils peuvent être pris comme métaphores et miroirs de la nature humaine comme de celles qui se laissent docilement alpaguées. Ils mettent de la sauvagerie comique dans la civilisation policée et sont les pléonasmes de son évolution. Ces ours bonhomme font remonter sans risques des peurs ancestrales.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jochen Raiss, "Polar Bears", Hatje Cantz, Berlin, 2019, 112 p., 16 E..

21/09/2019

Transports de Fanny Gagliardini

Gagliardini bon.jpgFanny Gagliardini, "Dedans Dehors Dehors Dedans", Orangerie du Chateau de Voltaire, Ferney-Voltaire, du 26 au 28 septembre 2019.

 

N'ayant pas - et à juste titre - décroché de certaines avancées du siècle dernier (comme celle de "support/surface"), Fanny Gagliardini crée  des féeries impressionnantes selon une forme d'abstraction qui n'est pas forcément au service d'une métaphysique mais à la recherche de formes géométriques.

Fanny Gagliardini 2.pngL’anonymat est décliné sous aspects de structures en pans, fragments voire parfois coupures.  Les oeuvres créent une énergie paradoxalement festive à la fois dans ce que l'artiste nomme "un opéra de lumière" ce qui n'empêche en rien à cet art de "penser".

 

 

Gagliardini 3.jpgLa puissance immobile, épurée est chargée de silence. Tout suggère un équilibre où le jeu du lointain fait celui de la proximité. L'oeuvre est dégagée de facticité aguicheuse ou de pure « façade ». L’imaginaire graphique permet de franchir des seuils et reste au service de rapports complexes. Masses et ruptures de plans font que les structures et leur contexte se regardent et se complètent. L’espace y devient temps. Temps non pulsé mais à l’indéniable force suggestive.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/09/2019

Mahtola Wittmer : le distinct et de l'oscillant.

Wittmer.jpg"Caravan 3/2019 ; Mahtola Wittmer", Aargauer Kunsthaus, Aarau du 1er septembre au 27 octobre 2019.

Après avoir fêté son 10e anniversaire, la série d’expositions de jeunes artistes suisses se poursuit. CARAVAN offre au public l’occasion de faire des rencontres surprenantes dans les murs de l’Aargauer Kunsthaus. Entre autre avec une des artistes suisses les plus originales : Mahtola Wittmer.

Wittmer 3.jpgDotée d'une curiosité, d'une activité intellectuelle et d'une énergie hors du commun, libre dans sa tête donc dans ses choix la créatrice le cherche jamais des passages en force. Sa stratégie est plus subtile et par une sorte de discrétion, d'humour, de persuasion incisives contre tous types de trucages souvent commis au nom de l'art.

Wittmer 2.jpgSachant que celui-ci engage dans un plus juste regard, sa façon d'aborder les images se distinguent des mots d'ordre basiques et fragmentaires. La créatrice crée divers types de rappels pour souligner que le monde crève à la fois du manque d'amour, d'humour, d'attention. Chacune de ses approche joue à la fois du distinct et de l'oscillant. Implicitement existe un renversement du pouvoir masculin abusif et la superficialité des représentations dites de charme. A ce titre Mahtola Wittmer est une artiste engagée mais non de manière idéoliquement étriquée par des interventions qui n'ont rien de passives et gardent le mérite d'être toujours constructive.

Jean-Paul Gavard-Perret