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10/07/2020

Édouard Taufenbach et Régis Campo vainqueur du PrixSwiss Life 2020

Siss 3.pngReprenant un titre de Bataille , Édouard Taufenbach et Régis Campo s'en éloignent aussitôt. Leur projet autour du vol de l’hirondelle est la narration d’un voyage venu d’un souvenir d’enfance classique: celui du chant de ces oiseaux dans le ciel et leur rassemblement sur les fils électriques avant leur grand départ pour l’Afrique, annonçant la fin de l’été. Ce projet répond parfaitement à l'ambition de la Fondation Swiss Life qui œuvre pour une société guidée par des valeurs d’accomplissement, de confiance, de proximité et de solidarité.

 

siss.pngA partir du sujet de l’hirondelle, Édouard Taufenbach et Régis Campo proposent la représentation sensible du passage du temps, du mouvement, et des échanges et circulations au sein d’un espace intercontinental. Le mouvement des hirondelles dans le ciel devient l'objetd'une rêverie propre à embrayer l'imaginaire. Les oiseaux semblent suivre une partition faite de ruptures, d’accélérations et de silences. Ils dessinent aussi des formes abstraites qui deviennent un mystérieux langage.

siss 2.pngA la jonction des usages artistiques et scientifiques des médiums photographique et musical, les deux créateurs avec autant de formalisme précis qu'une subjectivitéde narration donnent corps au désir de liberté avec le ciel pour perspective. Images et musique dans leur dialogue crée un exercice de voltige où la répétition de rythmes et de motifs. D’une case à l’autre, d’une mesure à l’autre, d’une hirondelle à l’autre, Le Bleu du Ciel évoque un génial mouvement de vitesse et de rupture pour un envoutement visuel et auditif.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Édouard Taufenbach et Régis Campo, "Le Bleu du ciel", PrixSwiss Life 2020

08/07/2020

Lars Tunbjörk : l'ennui

Lars.jpgDans le monde occidental (mais pas seulement) le bureau est synonyme de gris, de décor impersonnel fait de petites pièces, de couloirs, de chaises, de bureaux et d'une horloge qui égraine trop lentement heures et minutes jusqu'au moment de la libération.

Lars 2.jpgLars Tunbjörk capte cet espace vidé de toute présence humaine et crée un humour au second degré à travers les mobiliers d'une banalité crasse qui souligne une atmosphère d'ennui, de solitude, d'isolation et de résignation. Rien n'a lieu que ce lieu.

Depuis le début de son oeuvre Mack accompagne les projets de Lars Tunbjörk. Et ce dernier fait suite à ceux de Ron Jude ("Lick Creek Line") et de Paul Graham ("The Present"). Cette série de "portraits" pris à Los Angeles a mis du temps à se réaliser. Il voit enfin le jour sous les yeux perçants du maître du design suédois Greger Nilson.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lars Tunbjörk, "L. A. offices", Mack, Londres, 2020.

07/07/2020

Daniela Edburg : Frankestein, Mer de Glace et autres monstres.

Edburg.pngDaniela Edburg, "Topographies of Transformation", Galerie Fabienne Lévy, du 9 juin au 4 septembre 2020

Daniela Edburg est une artiste mexicaine d'audience internationale. La galerie Fabienne Lévy propose sa première exposition solo en Suisse. Atteinte d'une maladie rare en 2016 qui fit de son corps un immense hématome, l'artiste a lu à cette époque  "Frankenstein" que Mary Shelley écrivit au bord du lac Léman. Ce livre a chamboulé sa sensibilité, son sentiment esthétique et son sens du spirituel. L'auteure romantique est devenue celle dont la créatrice peut se réclamer tant Frankestein pose une question essentielle : Quels sont les responsabilités d'un créateur envers sa création ?

Edburg 3.pngA mesure que Daniela Edburg apprit à vivre dans un corps "nouveau" qui avait subi de nombreux changements, elle continua ses recherches. Elle planifia même un voyage sur la Mer de Glace que la romancière évoque dans son roman. Elle la découvrit considérablement amoindrie. Elle n'est plus qu'un simple fantôme de ce glacier qui, autrefois, « montait comme les vagues d’une mer agitée, descendait bas, entrecoupée de fissures profondes ». Ce fut le premier de nombreux autres voyages à visiter les glaciers alpins, et le début de mois de travail pour capturer leur image en décomposition en écho à son propre corps.

Edburg 2.jpgL'exposition présente deux ensembles des oeuvres récentes de l'artiste. "The glaciers" ont été conçus spécialement pour Lausanne. Le plus grand des glaciers dans la première salle présente "l'infâme Mer de Glace" décrit pas Mary Shelley comme un monde qui tue sourdement. Les autres glaciers sont ceux que l'artiste a découvert en Suisse et, dans leur état présent,  ils évoquent les derniers souvenirs avant leurs disparitions.

Edburg 4.jpgDes monstres sont aussi créés à partir de l’expérience personnelle de Daniela dans une tentative de cartographier le corps. Examinant les symptômes physiques et mentaux elle représente la maladie comme "de" l'information qui résiste à ses propres conditions. De cette façon, elle ramène tout à Frankenstein, à la recherche de connexions qui embrassent le monstre, que ce soit dans un paysage désolé ou dans le cadre domestique de sa propre cuisine. Des oeuvres antérieures et d'abord inoffensives se chargent ici d’absurdité et de peur. Manière pour l'artiste de brouiller les cartes entre fantasmes et réalités afin de créer une réflexion surprenante, belle et profonde sur la façon de percevoir le corps comme le monde et ce qu'ils deviennent. Mary Shelley n'a qu'à bien se tenir.

Jean-Paul Gavard-Perret