gruyeresuisse

28/04/2022

Faire l'image

Lucie.jpgL'image s'inscrit dans le miroir de nos troubles pour une insensée correspondance. Tout vrai peintre chasseur de tête en fait sa muse ou courtise la proie. Son visage fait la roue. Y compris la bouche qui croasse. Beaucoup de bruit pour rien diraient certains. Mais l'artiste cinéma, peintre géographique d'espèces d’espaces se dit ami de son modèle. Tangages roulis et autres reflets (à l’humour du ressac ), et un oeil pour les yeux, un autre pour les border jusqu'à la porte des mots et pour que le papillon offre sa nuit au jour. Des mots pour un image juste. Juste un image pour les mots et ajuster leurs bâtons entre verticalité et horizontalité. L'oeil s'y pose avec une inquiétante familiarité entre formes non contraintes et formes étreintes en la surabondance d’être où se paillardent les ombres. Mais comment peindre celle qui demande d’être vue avec les mains de l’artiste ? Jusqu’où aller ? Peut-être juste soulever la voix en ce qu’elle tente en ce qui demeure encore entre une errance. L'image est abyssale. Son miroir est brise-glace, mise à nue du dire, ouverture jusqu'à - qui sait ? -: la scène primitive et sa minérale fellation annonciatrice d’une perte mélancolique et une éclaboussure, la main dans la bouche, vomir la flèche, distendue, recroquevillée. Laisser l'égérie vierge - nulle enclume à frapper, nul étrier. Image à cru pour ne plus avoir à parler. L’image reste la seule peau de la pensée. Elle part en exil dans le silence - il est son lieu, son instrument, son concept référent. Car loin d'être la négation de la langue le silence est son double secret, son germe intime. De là naît la mise en scène que la peinture ensemence. Par lui le peintre ne s'efface pas même si celui-là le dépasse. Mais il rentre en sa duplicité et son incertitude pour savoir de quoi elle retourne exactement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Oeuvres de Lucie Geffré

27/04/2022

Mol os

Boudin.jpgUn sérieux tour de reins dans la luxure n'y fait rien. Qu'importent les contractures quand le jeu à quatre mains créent des poses à  la Eugène Boudin bat son plein. Blanc ou antillais n'y change rien car tout est bon dans le cochon et la charcutière. Rien de mieux contre la sagesse. Usons simplement d'un peu de lenteur pour donner de l'allure au sénile - séant tenant - montant sa vieille douairière. Voyez alors cette princesse héritière des chapeaux de la Reine d'Angleterre et jadis maîtresse de James Bondissant. "Marions nous, marrons nous, dit-elle, avant mon anniversaire car tout passe à une sacrée vitesse. Tu auras bientôt pour toi seul ma médaille jadis vermeil. Maître ! écarte mes cuisses moins vétustes et croulantes que l'on pense. Devient un pépé moko car je reste l'amateuse de petits gâteux. Même si un jour ou l'autre, tout le monde est hors jeu, vite descends ta braguette.  Prends au besoin une tasse de cacao, une tartine et puis hop ! Et ne t'avise pas de baver sur ma robe avant que je grimpe au rideau. Que ta carotte n'aille pas trop vite et ne sois pas cuite  en me secouant comme une mule. Brosse moi au passage le dos, les fessess et ma crinière. Tire sur la reine,  pétris ma pâte et ma couenne et rue comme une bête en mes brancards dont du deviens le tiers. Ta vieille amazone à des désirs pêle-mêles. Fais la chose comme tu dois l'affaire. C'est à prendre ou à aimer quitte à en être souillé jusqu'à en devenir soi-même sans cette envie folle et délétère de tout bousiller. Tâche de dénouer ce rébus et de soigner ton os par qui l'osmose a lieu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

26/04/2022

Eva von Rohr chercheuse d'infini

brand 2.jpgEva von Rohr, "Sculpture - Mouvance infinie", Galerie Marianne Brand, Carouge Genève, du 30 avril au 22 mai.
 
Eva von Rohr accorde à la sculpture toute sa légèreté. La fixité se déplace vers d'autres possibilités. L’image en 3 D gagne de nouvelles dimensions. Elle échafaude une esthétique et une dynamique nouvelle tant la créatrice déborde d’invention et d’énergie même si son approche reste souvent minimaliste.
 
Brand.jpgLes formes se font plus graves et hantées par les dilemmes de leurs propres possibilités. Toutes sont animées d’un profond mouvement intérieur. S’y mêlent librement les signes d'une mémoire imaginaire et poétique. L'art quoique austère reste chaleureux, fertile et cherche à toucher  des éléments fondamentaux que l’on peut partager afin d’entrer en contact avec ce que nous avons tous en commun. Entre autres l'aspiration à ce qui nous dépasse.
 
Brand 3.jpgL'albâtre dans des anneaux de Moebius permet de toucher à l'infini et à l'ineffable par le travail de la matière. Se voulant simples et épurées de telles oeuvres questionnent l'évidence de notre perception. Le tout dans des jeux d'ombres et de lumière. Ils donnent une vision rêvée de l'âme et de ce qu'elle espère.
 
Jean-Paul Gavard-Perret