gruyeresuisse

28/06/2019

Les ateliers de Catherine Bolle

Bolle.pngCatherine Bolle reste une des artistes majeures de l'art helvétique. Moins reconnue - sans doute à tord - qu'un John Armleder par exemple et ne bénéficiant pas toujours de mêmes soutiens des institutions, elle poursuit une oeuvre audacieuse tant en architecture, sculpture, peinture, édition. Après un premier ouvrage de référence sur ses oeuvres "achevées et réussies" elle offre dans "La chose perdue" les projets qui n'ont pas vu le jour dans des coucours (où paradoxalement elle reçut parfois un prix !) et des oeuvres qui n'ont de ratés que ce qu'en estime l'artiste.

Bolle 2.pngNéanmoins par cet ouvrage Catherine Bolle veut montrer combien le travail d'un(e) artiste est loin d'être la traversée d'un jardin d'Eden. Il s'agit en filigrane d'apprendre aux plasticiens en devenir que leur métier réclame non seulement une part de créativité mais aussi de travail et de chance. Il faut - surtout lorsqu'on est femme - avaler des couleuvres. Mais néanmoins poètes et créateurs ont reconnu plus que son talent : un génie qui fait les artistes d'exception. Salah Stétié, Henri Meschonnic, Maria Gioia Tavoni Ignacio Dahl ha, Rocha, Michelle Bolli (pour ne citer que quelques noms) l'entérinent. Et certains accompagnent ce superbe livre.

Bolle 3.jpgA toutes celles et ceux qui veulent comprendre comment se fomente le déplacement des formes et des couleurs, existe là bien plus qu'une initiation : le travail d'une vie et celui d'une oeuvre en cours. Le tout au sein d'une iconographie parfaite et une suite de documents qui font de l'ouvrage un livre rare d'art, d'apprentissage et d'accomplissement où  "la chose perdue" est retrouvée d'emblée. Nous ne pouvons que regretter que certains projets soient restés dans des cartons. Tout reste ici des "objets de désir". Ils permettent non seulement sa traversée mais son emprise. La beauté  reprend ici une valeur qui n'est pas seulement affaire d'un goût mais d'un regard inédit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Catherine Bolle, "La chose perdue", Till Schaap Editions, Berne, 2019.

 

27/06/2019

Guy Bourdin : les renversantes

Bourdin.jpgAvec Guy Bourdin la femme est - quoique décadrée - présente dans tous ses détails. Elle devient veilleuse des songes dont la recherche photographique est là pour célébrer la sensualité et la beauté entre ombre et lumière d'où elle émerge en féeries inspirées et ironiques.

Bourdin 2.jpgChaque mise en scène devient une « invitation au voyage » baudelairienne. Le photographe crée des pièges moins pour égarer les modèles que le voyeur. La femme est un diamant serti dans un écrin de paysages ou dans un décor sophistiqué, autel érigé par l’artiste afin de célébrer sa beauté.

Bourdin 3.jpgL’harmonie érotisante est incluse dans le faisceau des forces contraires de montré et du caché. Elles fusent et infusent en une acuité sensorielle accrue, une montée de température, l’assouplissement des articulations et l’apparition des égéries qui s’abandonnent, conquises et délivrées de leur rôle dont elles jouent néanmoins. Et Guy Bourdin idem.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Bourdin : L’Image dans l’Image, Campreron centre d’art; L’Isle-sur-la-Sorgue – France. Du 6 juillet au 6 octobre 2019

24/06/2019

Les bas-fonds de Rong-Rong

Rong Rong.jpgRongRong est né en 1968 dans la province du Fujian en Chine. Membre majeur du Groupe "Beijing East Village", il a expérimenté la photographie pour documenter les performances des autres artistes du clan au début des années 1990. Ses œuvres sont devenues mythiques dans l’art expérimental chinois contemporain. Elles sont exposées dans le monde entier et figurent dans les collections du Moma de New York, du Getty Museum de Los Angeles par exemple.

Rong Rong 2.jpgParmi les œuvres les plus connues de RongRong figurent bien sur les séries "Ruin" et "East Village". Avec plus de 120 images celle-ci est accompagnée du journal de Rong Rong. L'artiste met en valeur la vie quotidienne dans le village de Beijing et attire l’attention  sur les performances. L’interaction du livre entre les images et les textes  crée une narration personnelle et captivante. 

Rong Rong 3.jpgLe créateur explore avec sa compagne Inri artiste elle-même la beauté du corps humain et l’environnement urbain. Les écrits fournissent des informations essentielles sur les performances lors de leur conceptualisation et de leur réalisation. " Je suis le seul photographe. Tout le monde a quitté sa ville natale et cherche des rêves ici de loin. Nous sommes tous des enfants qui avons quitté la maison, ce qui nous donne constamment faim" écrit RongRong et ses oeuvres ouvrent l'appétit d'images neuves.

 

"RongRong and the Beijing East Village",The Walther Collection Project Space, New York, du14 juin – 12 octobre 2019