gruyeresuisse

29/03/2015

Fluctuat nec mergitur : Violetta Gejno

 

 

Violetta Gejno :  Aperti 2015, Lausanne.

 

 

gejno 3.jpgGejno.jpgL’œuvre de Violetta Gejno engage un dialogue mystérieux avec le regard. Difficile pour lui de s’y reposer comme de la comprendre. Il doit se laisser emporter, dériver.  Avec des processus virtuels ou manuels l’artiste propose une métamorphose poétique d’un monde qui devient un jardin de possibilités pas forcément rationnelles ou réalistes. Un tel univers semble nous regarder autant que nous le regardons puisqu’il échappe à la prise. Il s’agit de dissiper la raison et d’y renoncer. La confiance est remise à l’émotion par l’irruption de formes fugitives ou brisées, des couleurs fluides comme la sève ou denses comme celui d’un fleuve sourd.  L’œuvre répond à une pulsion dont l’origine resterait cachée. Néanmoins dans l’alliance subtile des formes et des effets de matière l’artiste oblige à un consentement vers l’inconnu.

 

 

 

gejno 2.pngLa sensation majeure de l’œuvre devient affaire de sentiments. Ils délient l’être du néant comme de l’apparence. Chaque paysage est une parcelle secrète d’un monde des limbes ou de l’errance.  Il appelle une démesure vitale en créant un pont entre ce qu’on voit et ce qui demeure enfoui au plus profond. Le travail de Violetta Gejno s’écarte à la fois de toutes « ostentiones » et de toutes « phantasiae ». Avec la Lausannoise le monde n’est plus  en un état statique. Il tourne autour du pot à la merci d’un peu de vent battu comme une vieille horloge.  Restent divers types de gradations et d’écoulements. Des lieux naissent ou se perdre tout autant au sein de textures étranges. Tout est en jeux : la couleur, le trait, le pan, leurs rythmes.  Une image boit l’océan une autre déplace les montagnes.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:48 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

28/03/2015

Seline Baugmarter à la charnière des temps

 

 

 

Seline.jpgSeline Baugmarter,  « Nothing Else », Installation-vidéos, Centre Culturel Suisse,  Paris. du 17 avril au 25 mai 2015.

 

 

 

Pour « Nothing Else » - installation et projection vidéo -, la Zurichoise Seline Baugmarter installée à New-York collabore avec des danseurs professionnels âgés de 40 à 70 ans (Meg Harper, Jon Kinzel, Vicky Shick, Keith Sabado). Elle analyse de manière pragmatique le fonctionnement de la danse en tant que culte de l’éternelle jeunesse. L’artiste y explore la mémoire du corps et illustre comment le mouvement et le style d’un danseur évoluent avec le temps. Seline 2.jpgAux intuitions de la créatrice se superposent ses connaissances intellectuelles. Si Seline Baugmarter refuse dans son œuvre toute emphase lyrique, l’ascèse crée une magie des formes, un toucher particulier qui s’approchent des corps mais sans les abîmer et pour les soulever. Surgit quelque chose de l’ordre du désir. Il s’engouffre en une sorte d’absolu mais tout en rigueur et non sans froideur. Tout le mystère et la force de l’œuvre tient à cette approche. L’image n’est pas du corps mais naît de lui afin qu’en surgisse  une forme de jeunesse qui n’a rien à voir avec la pur « segmentation » du temps que ce terme suppose. Moins « instantanée » qu’instant d’années la photographie implique soudain  un temps plus long. Elle conjugue passé et présent mais sans forcément illusions d’optique : il ne s’agit pas de faire croire à une « éternelle jeunesse » mais à une forme de liberté.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/03/2015

Fatum et fantômes de Laurent Faulon

 

 

 

 

Faulon.jpgLaurent Faulon, Les produits fatals, 31 janvier - 28 mars 2015, TM Projects, Genève

 

 

 

Laurant Faulon est un iconoclaste mêlant body art, performance, recup-art en action, photographie et sculpture.  Son exposition genevoise tire son titre de l’industrie. Un « produit fatal » est un sous-produit qui apparaît « fatalement » lors de la fabrication d’un produit principal. L’artiste propose une extension de ce terme en divers « voyages » et délocalisations. Chaque objet  manufacturé devient le vecteur d’une remise en cause  esthétique et politique de l’oeuvre d’art à travers plusieurs approches. Par exemple d’une ville arménienne détruite l’artiste exhume, des villas des apparatchiks du pouvoir postsoviétique, des « trophées » extirpés aux décombres en contrepoint aux prédations des maîtres du passé. Quand à « Monument » - réalisé lors d’une résidence de l’artiste dans l’atelier de Gosha Ostretsov - il singe ironiquement l’omniprésente statue de Lénine qui présidait à la vie en URSS. Photographiant l’une d’entre elle Faulon montre comment elle représente un chancre dans une société devenue capitalistique. La  Russie contemporaine annexe les comportements, aspirations et frustrations occidentaux. Toute l’exposition se met donc au service de fantômes au sein des accidents de parcours de l’histoire. Est-ce le début du jour ou de la nuit ?  La lumière n'a-t-elle pas sommeil ?  La question reste ouverte…

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret