gruyeresuisse

10/04/2015

Urs Lüthi : grain et graine

 

 

 

 

luthi 2.jpgLa manifestation de la nudité prend chez Urs Lüthi un grain particulier : celui qui perdure sur le papier et qui prend plus d’importance que le grain de la peau elle-même. L’impression de la nudité et ses graines de sensualité reçoivent un aspect sinon plus intime du moins plus profond. La photographie dans sa manière ne se cache plus derrière un sujet qui par excellence la vampirise. Le photographe maintient une certaine vibration du regard dans lequel la peau acquiert une autre densité.

 

 

 

Luthi.jpgLes techniques de prise mais aussi de tirage gardent une part spécifique dans l’aventure plastique du photographe de Lucerne. Aux effets de lumière s’ajoute cette qualité particulière du grain. L’image tend à se libérer des formes même si ces dernières gardent leur audace. L’épaisseur granuleuse de l’image apporte un autre frémissement à celle plus pesante des représentations de la nudité.  Le photographe la dégage du temps par cette étrange matérialité de l’impression : il s’agit de faire remonter le noir comme à travers un feuillage selon un dispositif qui permet d’englober autant le motif que le travail. Le lieu offert devenant « sourd » au simple fantasme ménage donc un rôle à la nature même de l’image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

14:40 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Marie-Laure Dagoit : passé empiété sur marinière J-P Gaultier

 

 

 

Dagoit.jpgL’écriture de Marie-Laure Dagoit s’engendre souvent au seuil de l’absence. Chaque mot semble échouer à dire, feint de passer à côté mais c’est le moyen d’éviter la parodie de croire trouver  un sens à la vie qui n’en a guère. L’auteure fait de chacun de ses textes un arceau ou une île (l’il y est jamais loin mais pas si près qu’il pourrait le penser). En chaque livre surgissent des caresses mais aussi des grondements sourds, des ricochets, des déchirures. Beaucoup d’humour aussi - toujours au second degré.

 

 

 

Dagoit 2.jpgMarie-Laure Dagoit vagabonde, s'ennuie (parfois), erre, hume, goûte. Elle est gourmande, curieuse. Et intrépide. Elle quitte des paysages familiers pour aller explorer des grottes, des récifs. Ici même, ici bas. Elle semble parfois pouvoir être retenue prisonnière mais reste fugueuse même lorsqu’elle s'enlace à des déferlantes. Serpentine dans ses affolements, tentatrice entre dérision et tentation, elle se propulse vers une de ses obsessions littéraires ou artistiques : dada, surréalisme, Beat Generation, éros énergumène. Puis elle reprend à la fois son travail d’éditrice et son chant de Sirène pour entendre gémir des marins animaux plus que des animaux marins. Néanmoins la Méduse se veut rétive à la confusion des affects et à la communion des seins.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Marie-Laure Dagoit, Soins d’une poupée, 8 E.., A Cœur ouvert, 25 E., Ce que je ne dis à personne, 6 E., Editions Derrière la Salle de bains, Rouen.

 

 

 

 

 

09/04/2015

Cyril Torrent : Eve et les nigauds

 

torrent 2.jpg

 

 

 

Dans les célébrations du nu selon Cyril Torrent la femme devient un  bateau ivre larguant ses amarres. Le photographe répond aux injonctions implicites de ses égéries :  «  J'aimerai  qu'on m'apprenne  à me servir de moi-même, jusque là on m'a appris des choses qui ne correspondaient à rien en moi. Je voudrais sentir une inexorable rupture ».  Afin de les satisfaire l’artiste les transforme en miroirs d'un même gouffre. Il les guide pour les faire  emprunter un chemin d'effraction, d’abandon.Torrent.png Le Genevois les met en mouvement dans des prises qui les arrachent à la fixation du portrait de nu classique. A corps découvert une chorégraphie gagne en charme. La femme ne possède plus rien  qu’elle  : elle a ce qu’elle est et trouve une poésie faite de la tension de ses lignes et formes. En noir et blanc chaque tirage est à brûle-pourpoint. Il fait du corps une grande ourse comme la petite : les deux restent  insensibles au passage du temps, elles le piègent, mais ce sont bien les voyeurs qui subissent leur fonction d’attrapes nigauds. Vues sans nous voir elles gardent l’indifférence splendide des statues.

 

Jean-Paul Gavard-Perret