gruyeresuisse

08/09/2019

Mathieu Dafflon : l'"objet" de la peinture

Daflon 2.jpgMathieu Dafflon, "Colmar", Wilde, Genève, du 13 septembre au 7 novembre 2019.

Avec son noveau cycle de peinture intitulé "Colmar," Mathieu Dafflon prend ses distances avec la peinture qui ne parle que d'elle-même. Il l'ancre dans le réel. Tout peut  devenir sujet. Le créateur entrelace dans ce nouvel univers tragédie et comédie, banalité du quotidien, sexualité, présence des corps tout en continuant à explorer les relations entre représentation et peinture et à interroger le statut des objets qu'elle crée et ce que le regardeur en fait.

Daflon.jpgLa puissance de l'oeuvre permet paradoxalement d’entrer dans l'apesanteur et se laisser aller au charme de l'abandon. Cet apparent laisser-faire n'a rien de convulsif même si certaines frontières sont habilement franchies. Tout devient  souffle sur une surface travaillée à dessein pour dégager des miasmes ou y entrer. Le regard est aimanté par de telles "narrations". Elles peuvent devenir des coups de marteau mais aussi des contre-feux aux accablements qui nous sont assénés. Respirer avec de telles "images" provoque une oxygénation bienfaitrice. Un gage d'espérance s'esquisse pour peu que les oeuvres soient regardées avec l'humour que la distance émise par Dafflon induit.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/09/2019

Hugo Schüwer Boss : théâtre/roman

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Hugo Schüwer Boss, "Roman", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 13 septembre au 2 novembre 2019.

 

Hugo Schüwer Boss transforme l'art et ses histoires en créant des liens entre son aventure intemporelle et les nouvelles technologies. Au fil des monstrations du créateur le paysage devient étrange. Il en va de même de ses narrations : d'où le titre ironique de cette exposition puisqu'existe là un lâcher-prise par rapport à ce que la peinture "dit". "L'abstraction" ouvre les aventures picturales à d'immenses vides colorés. Ils donnent à réfléchir sur la conceptualisation de l’art.

 

Schuwer 2.pngLe créateur permet sans cesse de passer du plus petit au plus grand, de l'architecture au décor dans divers jeux d'échelle et de mises en abîmes. Par son expérimentation, l'oeuvre est une subversion des codes selon une dimension dialogique et polyphonique. Et l'exposition permet d'entrer dans ce processus de création unique. Le créateur fait preuve d'un sens de l'espace et de la narration inédit.

 

Schuwer 3.jpgNéanmoins Hugo Schüwer Boss n'a rien d'un artiste pour les artistes : il ouvre une représentation existentielle qu'il a soin de ne jamais fermer. L'oeuvre dans la dureté et la solitude devient un évènement plastique d'une rare intensité. La question de la "re-présentation "y est centrale. Tout est séduisant dans ce théâtre qui dérange et où l'artiste fait implicitement de l'art un roman bien étrange.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

06/09/2019

Inez & Vinoodh : falballas, comédie et dépouillement

Ines bon.jpgSous un certain baroque ludique le duo d’artistes néerlandais, Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin (connu sous le nom Inez & Vinoodh) cherche l'extrême simplicité sous la sophistication. De même que la volonté presque enfantine de casser les codes et de les confondre. Avec ce duo l’oeil devient veuf de ce qu’il espère mais de cette désillusion, naît autre chose qui nous interroge ou rien du tout sinon le déphasage amusé.

Ines 3.jpgLes deux artistes restent sur le fil du rasoir et ne sont pas loin d’une certaine plénitude dans le domaine de l’expression. Galopant sur la croupe de la fantaisie ils créent des images déterminées par celles ceux qui se trouvent devant leurs appareils. En perpétuelle transformation leurs images cherchent "une tension entre le beau et le grotesque, le spirituel et le mondain, la haute couture et la mode basse" (Vinoodh). Elégance et réalisme, fashion et monstruosité proposent une esthétisation particulière dont des grandes marques ou des stars profitent (Christian Dior, Yves Saint Laurent, Chanel, Kate Moss, Lady Gaga, Rihanna, Paul McCartney entre autres).

Ines 2.jpgMais leurs travaux dépassent largement la mode. Ils sont présents dans les galeries et musées importants du monde : Stedelijk d'Amsterdam, Whitney à New York,  Fotografiska à Stockholm, etc.. Les  deux créateurs projettent des visions d'universalité ancrées dans un territoire parfois ouvert, parfois fermé. Elles marquent une obsession, une hantise de la lumière et de ses effets sur la matière en des configurations narratives particulière aussi drôles qu'étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret

Inez & Vinoodh, "I See You in Everything", galerie Ravestijn, Amstrerdam, du 7 septembre au 19 octobre 2019.