gruyeresuisse

06/06/2020

Selina Baumann et l'ironie du réel

Baumann.jpgSelina Baumann, "Variété", Galerie Laurence Bernard, Genève du 11 juin au 25 juillet 2020.

 

La galerie Laurence Bernard présente la première exposition personnelle à Genève de l’artiste Bâloise. Double lauréate du prix Kiefer Hablitzel elle propose ses sculptures de céramique aux formes très différentes les une des autres - ce qui n'enlève en rien la cohérence de son travail à la fois figuratif, abstrait, ornemental même si l'oeuvre garde une propension expérimentale.

Baumznn bon.pngSous l'aspect "artisanal" de son travail, l'artiste joue néanmoins dans la cour de grands artistes car elle est  à la recherche de formes inédites. Elle appuie sur le registre de la jubilation dans ce qui tient néanmoins d'un parcours initiatique qui provoque un ravissement et la surprise.

Baumann2.pngEn dépit de la multiplicité des formes Selina Baumann retourne  vers un certain dépouillement même lorsque la surcharge semble s'imposer. Des structures fondamentales et premières résistent là où le fantastique pointe son nez mais reste néanmoins bridé. La créatrice souffle le chaud et le froid, la légèreté et la profondeur, bref elle jette le trouble. Comment tant de possibles peuvent affleurer dans ses sulptures ? On ne peut le dire, mais un rayonnement perdure et efface les pensées de néant ou à l'inverse de Dieu en introduisant soudain non à l’origine mais de l’origine, à l’enfance du désir et au désir d’inventer. Surgissent à travers les sculptures des fantômes : ceux qui nous habitent et dont nous mêmes nous ne possédons pas forcément la clé tant l’inconscient nous trompe et nous domine.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/06/2020

Quand la préciosité n'a rien de ridicule - Patricia Glave

Glave.jpgPatricia Glave, "Les Gracieuses", Abstact - artcontemporain Lausanne, Exposition du 7 juin au 4 juillet 2020

Après un séjour de six mois de résidence en 2018 dans la capitale internationale de la porcelaine à Jingdezhen (Chine) puis un an plus tard au EKWC (Hollande), Patricia Glave propose une recherche des plus sophistiquées dans un dialogue entre matières (verre, céramique, bronze, etc.) et l’Occident et l’Orient.

Glave 2.pngPoursuivant une recherche esthétique et philosophique inspirée de diverses mystiques la Lausannoise développe sa réflexion sur le rapport au corps (et sa représentation symbolique) à travers des sortes de métaphores pour en souligner les forces et les faiblesses.

Glave 3.pngSon travail avec le temps s'éloigne d'une certaine crispation qui était là pour jouer parfois du grotesque, de l'humour et de la sensualité afin de souligner le cynisme d'un certain patriarcat. Désormais ses "Gracieuses", comme "Les Précieuses" ou "Les Délicieuses" deviennent comme elle le précise des " Memento Mori qui font prendre conscience qu’une « vanité est une catégorie particulière de nature morte dont la composition allégorique suggère l’évocation du caractère transitoire de la vie humaine". Mais parallèlement, ces visions offrent une présence du corps de la femme aussi charnelle, précieuse qu'envoutante.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/06/2020

"Que faites-vous quand vous ne faites rien ?" ou comment rester dans le bain

Bains.jpgCollectif, "Que faites-vous quand vous ne faites rien ?", Centre de la Photographie de Genève, juin 2020.

 

Comme une grande partie du monde, à partir de mi-mars 2020, Le Centre de la photographie Genève dut fermer ses portes, avec des décisions rapides et soudaines à prendre. En effet, le Centre n’a pas de raison d’être sans le public et les artistes et ses responsables ont navigué à vue pendant de nombreuses semaines, avec bien des doutes et des incertitudes.

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La sidération passée, il a invité des photographes de la région de l’arc lémanique qui se retrouvaient sans commandes et des artistes d’ailleurs à présenter leurs clichés pris durant le confinement. Ce projet a reçu un large écho et plus d'une quarantaine de créateurs ont répondu dont Jean-Daniel Meyer, Nicolas Haeni, Andrej Derkovic, Vincent Calmel, Pascal Kober, Christine Rambaud, Stéphanie Probst, Samir, Régis Golay, Jules Spinatsch, Jean-Jacques Kissling, Delphine Besse.

Bains 3.jpgChacun  a cultivé une théâtralité très particulière. Et les artistes ont prouvé qu'ils possédaient le sens à la fois de l’espace du dehors comme du dedans selon leurs sensations face au confinement au sein d’une "picturalité" campagnarde, urbaine ou plus allégorique et selon diverses traditions. La réalité se mêle souvent au rêve non sans humour en un éther nonsensique mais tout autant symbolique. Le spectateur est entraîné dans des univers où la chimère rôde encore même si parfois le doute est permis.

Jean-Paul Gavard-Perret