gruyeresuisse

27/01/2021

Son nom est personne - David Henry Nobody Jr.

noboy.jpgMélange d’art de performance et de photographie, l’œuvre de David Henry Nobody Jr. est aussi humoristique qu'horrifiante et toujours prémonitoire. L'artiste met a mal le jardin des délices mondialistes et une nouvelle réalité et miroir technologique de proportions apocalyptique.  L'univers kitsch et de science-fiction très particulière est là dans un but précis : "je porte les problèmes que je vois autour de moi" écrit l'artiste.  

 
Nonody 3.jpgDavid Henry Nobody Jr inspiré par Fluxus crée des personnages bizarres «auto-saboteurs involontaires», perdus dans les limbes d'un monde consumériste. Il utilise pour les construire des masques et des sculptures portables composées de détritus de la consommation.  Sa dernière série  «Resemblage» (assemblage et collage), explore avec humour et angoisse le côté sombre de la culture et de la politique , interroge l’humanité et le narcissisme contemporain.
 
Nobody 2.jpgSes personnages à la recherche de plaisir sont grotesques, incapables de reconnaître qui ils sont dans un monde de plus en plus difficile à déchiffrer entre réalité et fake news. Et l'artiste de résumer ainsi son travail  "Je montre simplement de manière ludique ce que je ressens et vois, un peu comme des artistes comme Otto Dix l’ont fait dans d’autres temps politiquement sombres. Comme un clown, je suis complice de l’auto-tromperie du maintenant."
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 
"Resemblage", jusqu'au 31 janvier sur le lien www.davidhenrybrownjr.com

25/01/2021

A l'épreuve du jour : Moritz Herzog

Herzog.jpgMoritz Herzog, "Chambre jaune", Gisèle Linder, Bâle, du 23 janvier au 3 mars 2021.

Qui n'est pas poursuivi par le fantôme d'un arbre ? Autour de lui louvoie  ici une forme de hantise de l'air dans des espaces en effacement. L’arbre n’est plus le totem phallique. Non qu'une végétation l’habille mais parce qu'il devient une présence au silence d'un  monde dont il devient le symbole. Nul besoin de le pénétrer pour comprendre sa présence à l’épreuve du temps.

 
Son existence trouve là un autre rôle. Quelque chose se conjugue entre lui et ce qui l'entoure en une lente infusion et un transfert propres à modifier nos axes de référence. La photo devient le corrigé du temps plus ou moins revenant au moment où l'arbre représente un manque et un accomplissement.  
 
Herzog 3.jpgMoritz Herzog trouve là un moyen de pousser plus avant sa recherche photographique. Il quitte un certain confort technique pour s'aventurer vers le rempart d'un monde premier au sein de silhouettes affolées de silence qui brisent le ciel lui-même brouillé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

 

23/01/2021

Romina De Novellis en haute basse-cour

De Novellis.jpgAu delà même de l’émergence de l'art du "Care", Romina de Novellis s'élève contre les formes d'expression des mâles où tel dieu le père ils exercent main mise et contrôle. Comme Marina Abramovic elle revendique par sa nouvelle performance un état d’anonymat,  d’effacement, de don, et d’abandon. Existe là  ce qu’on peut appeler  "le complexe de la Pythie" :  l’idée que l’oeuvre est plus importante que la personne qui existe derrière et qu’au fond avec ou sans signature elle demeure. Si bien qu'avec ou sans marqueur temporel, tout ce qui gomme les origines et l’appartenance amène à un regard autre sur le monde.
 
Romina DeNovellis.jpgL'artiste reprend un rituel intime de l'Italie du Sud, selon lesquels les femmes mettaient leurs poules sur leurs genoux pour leur boucher les oreilles afin qu'elles n'entendent pas leurs cris de colère et ce afin d'éviter la stérilité. Cette vision peut paraître très déstabilisante, mais c’est en acceptant d’affronter ce qui change nos repères que nous pouvons donner du jeu et du champ   à ce que nous faisons et à l'état d'une société qui méprises êtres humains et animaux.
 
Romina 3.jpgL’émergence de quelque chose de nouveau passe donc parfois par l'ancien. Cela ne diminue en rien la prédominance de l’invention sans éliminer certains rituels du passé. Une frange de la culture traditionnelle persiste  non par conservatisme ringard mais pour se dégager de certains rites de destruction contemporaines - celui où par exemple les poulets sont tués dans des bains d'eau électrifiée.
 
Jean-Paul Gavar(d-Perret
 
Romina De Novellis, "Si tu m'aimes, protège moi",  Performance et Video-Projection, Galerie Alberta Pane, 22 janvier au 6 février 2021.