gruyeresuisse

30/08/2020

Alain Huck et les chimères

Huck.jpgAlain Huck, "Under the Volcano", Skopia - P. H. Jaccaud, Genève, du 3 Septembre au 17 octobre 2020.

Cofondateur de l'espace M/2 à Vevey, Alain Huck est l'un des principaux animateurs de la scène artistique suisse depuis les années 1980. Il pratique principalement le dessin. au fusain. A partir de plusieurs images sources il propose des compositions envoûtantes dans lesquelles le regard voyage et se perd. Mais ses déconstructions ne s'arrêtent pas là. le créateur aborde aussi d'autres médiums : vidéo, peinture, sculpture, installation;

Huck 3.jpgCette exposition le prouve. l'artiste y scénarise les rapports de la pensée et du corps, l'incommunicabilité entre les êtres, le pouvoir des images ou des mots et ce que leur "chaos" induit. Tout s'organise afin que de l'inconnu rôde dans le réel et ses abîmes de manière incisive mais avec tout un jeu de discrétion. Huck multiplie des incidences dans un monde à la Nick Cave (époque "Stagger Lee"). Là ,tout semblait fait pour l'harmonie mais elle se déglingue.

Huck 2.jpgL'oeuvre devient une méditation par l'action poétique d'une esthétique dont la narration implique une suite de bascules. Pour raboter un introuvable temps, découdre les bourrelets de passages sanglés et veiller à la vie l'oeuvre reste une proue qui lacère de diverses manières les lèvres des marées du réel. c'est ce qui fait la séduction paradoxale d'une telle entreprise.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/08/2020

Alexandra Leykauf : la transformation du paysage

Leylaud 2.pngAlexandra Leykauf, "Both Sides Now", Villa du Parc, centre d'art contemporain, 12 rue de Genève, Annemasse, du 5 septembre au 20 décembre 2020 et La Nuit remue / La Bâtie - Festival de Genève

Pour son exposition de rentrée La Villa du Parc présente les travaux d'Alexandra Leykauf. Elle y monte un parcours de ses récents travaux autour du paysage. La créatrice dérange les conventions explicites ou implicites du regard masculin qui a toujours monté de tels paysages à travers divers médiums. Tout ici s'irrégularise dans des images autant en réfraction que réfractaires.

Leylaud.pngAlexandra Leykauf se répappropie de telles images "officielles" et redonne à l'œil une position critique pour offrir une esthétique inédite. Dans ce but elle manipule et approfondit les codes visuels et culturels en utilisant par exemple les peintures des plus grands musées (Corot, Crespy Le Prince, Hodler, etc.).. Ell s'y introduit à travers le prisme d’éléments tangibles de sa perception quotidienne : table de travail, atelier, smartphone....

Leylaud 3.pngSont présents des dispositifs de mixages, de trompe-l’œil, de kaléidoscopes et l’ensemble de ses Faces, "paréidolies photographiques d’une animalité cachée qui affleurerait inconsciemment à la surface des paysages harmonieux et canoniques de l’histoire de l’art". Si bien que le paysage comme objet d'émotion esthétique et de représentation philosophique du monde se transforme afin que nos propres interprétations - grâce aux "schèmes" de l'artiste - prennent le relais.

Jean-Paul Gavard-Perret

Giorgia Bellotti : du côté du mystère

Bellotti 2.jpgGiorgia Bellotti vit dans les hauteurs de l’Apennin toscan-émilien. Depuis son enfance elle travaillait le dessin et la peinture mais c'est en découvrant la photographie comme médium que sa création a trouvé son impulsion génératrice. Commence bien des enquêtes filées sur un passé en piété ou imprévisible. Centrée sur une recherce de sa propre indentité et de son univers intérieur, Giorgia Bellottit transforme l’autoportrait pour se voir, se chercher.

Bellotii 3.jpgMais son visage reste caché là où une suite de visions surréalistes rappellent les univers des photographes de Man Ray et de Claude Cahun mais selon un apport de couleurs et de mises en scène.Un tel partage touche en conséquence à la vie intérieure et à la pensée au sein d'une vision esthétique et intellectuelle.

Bellotti 4.jpgElle reste la plus sure volupté de perdre pied et de lâcher le possible pour l’impossible. Gardant caché son secret ou son énigme, par chacune de ses photos, passe  moins un "Regretio ad uterum" qu'un sens consumé de l'humour. Il aiguise  la beauté et le mystère. Un tel "propos" n'est jamais une mascarade mais une volonté de scénariser ce que les mots ne peuvent exprimer.

Jean-Paul Gavard-Perret

https: //opendoors.gallery/artists/giorgia-bellotti